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dimanche 1 novembre 2009

Chronique d'un carnage annoncé

Avec toute la vague de suicides chez France Telecom a débarqué toute la clique des sociologues sur le mode de "Je vais vous expliquer le pourquoi du comment". Bon, j'ai l'air sarcastique mais certaines sont vraiment bons ... L'explication qui me semble la plus censée est qu'il y a eu une désagrégation complète des solidarités à l'intérieur de l'entreprise suite aux changements d'organisation du travail. Ceci a amené le fait que la violence (exercée ou subie) est devenue individuelle. J'en profite pour ouvrir une parenthèse car j'ai regardé sur F3 un documentaire sur la "destruction du travail" ou un titre comme ça. Bon, mon c... de scope a raté l'enregistrement de la première partie. Ceci dit, la première était édifiante en montrant des cas de souffrance au travail, de harcèlement, d'inhumanité. Mais ce qui est le plus terrible comme le résumait une psychologue du travail, c'est que les gens qui viennent la voir car ils ont été harcelés, si elle leur demande : "vous être la première ?". Réponse : "Non". "Qu'avez-vous fait pour les autres ?". Réponse : "Rien". Voir avoir crié avec la meute ... Le reportage montrait une chef caissière qui après avoir consenti, sur ordre, à pourrir la vie d'une caissière jusqu'à son départ, avait à son tour été foutue dehors ... perte de cheveux, maladie, travailleuse handicapée. Le bourreau est devenue la victime. D'autres exemple émaillaient le reportage, de la caissière au cadre sup'. Voir comment chacun de nous peut se transformer en bourreau pour l'autre par lâcheté, par soumission, par peur de perdre son travail, par ambition. Et le système se nourrit de tout cela. Bref, l'expérience de Milgram en live et à grande échelle. Ca ne vous rappelle rien ? Moi, perso, le IIIème Reich. Y-en-avait-il tant que ça des pur et dur idéologue de la cause aryenne ? Pas tant que ça je pense (tout comme des tenants du pur darwinisme d'entreprise il y a peu ...). Par contre, combien d'allemands ont-été passifs voir actifs par soumission, peur, lâcheté : beaucoup ! D'ailleurs, je me suis lancé dans "La mort est mon métier" de Robert Merle ... comme quoi tout a une logique.
Bref, pour revenir à mon cas initial ... vu que chacun est retranché dans l'individualisme, la violence devient individuelle. D'où les suicides. Un sociologue sur un plateau télé disait l'autre jour qu'il s'étonnait que la violence ne se soit pas retournée dans l'autre sens avec des employés abattant des patrons ou managers. Ca y est, vieux, on y est ! Cette semaine, un gars a abattu le patron de sa PME et son fils avant de gentilment se rendre. Il avait un job pourrave et avait décroché une place tranquille et stable mais le patron l'obligeait à faire sa période de préavis et cela allait faire foirer son plan. Bon bien sur, ça n'est pas le cas idéal : c'est une PME où le patron et son fils trimaient comme les employés, pas une multinationale désincarnée totalement dévouée au profit de l'actionnaire. Mais bon, cela pourrait bien marquer une inversion de la violence. Il ne va pas faire bon être PDG ou manager prochainement je pense. Heureusement que la vente d'armes est limitée en France ...

2 commentaires:

  1. Nous arrivons là aux limites du travail désincarné, qui n'est que la succession d'applications de "process" les uns à la suite des autres. A vouloir transformer les salariés en automates intelligents, on fait faire un pas de plus au travail à la chaine, où même l'esprit n'est plus libre comme dans les travaux manuels.

    Chez FT, Le statut "protégé" des agents fonctionnaires n'offre de solution pour s'en "débarasser" qu'une rupture, la démission étant difficile à vivre pour ceux qui ont choisi un emploi "à vie", la variable d'ajustement reste donc la santé (mentale ou physique ...)
    Pour l'histoire de ce salarié meurtrier, il semble qu'il soit aussi passé de patron à salarié, et qu'il l'est assez mal vécu, quand on sait que sa nouvelle société est sous traitant d'UPS ... les grands groupes ne sont pas loin !

    LP

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  2. ouais je suis d'accord avec toi, on touche le fond de l'aliénation totale ...
    Avant, il y avait les artisans. Le Fordisme a cassé l'artisanat pour le remplacer par des ouvriers interchangeables. Mais on ne demandait aux ouvriers que leur force de travail, par leur cerveau. Maintenant, il faut les deux ..
    Quant au cas cité ici, j'ai bien conscience qu'il n'est pas exemplaire ...

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