BO du Blog

vendredi 27 novembre 2009

Free speech ou liberté encadrée ? Et les moches ?

La constitution américaine garantit dans l'article 1 du Bill of Rights la liberté de parole ("Le congrès ne fera aucune loi qui touche (...) la liberté de parole ou de presse"). Il semblerait que la France ait fait le choix inverse. Longtemps, la parole fut bridée par la sainte mère l'Eglise. Aujourd'hui, c'est la ROC (Religion Occidentale Contemporaine) comme dirait Régis Debray, qui vient encadrer la liberté d'expression.
Sont punies par la loi en France :
· la provocation aux crimes et délits
· l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité
· la provocation à la discrimination, à la haine et à la violence La loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 dite « loi Gayssot » (n° 90-615) introduit un droit de réponse pour toute personne qui aurait, dans un journal ou écrit périodique, été victime de propos portant atteinte à son honneur en raison de son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.
La loi Gayssot punit de 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende toute expression publique de thèses contestant l’existence des crimes contre l’humanité commis par l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale et définis en annexe de l’accord de Londres du 8 août 1945.
Depuis, le scope de cette loi a été élargi notamment depuis que la France a reconnu le génocide arménien en 2001.
En 2004, est adoptée une loi pour faire condamner les propos homophobes ou sexistes.
Rien en ce qui concerne la religion mais cela pourrait être le cas. Le Pakistan a fait une requête auprès de l'ONU pour faire introduire une notion de "diffamation des religions" après l'affaire des caricatures de Mahommet. On imagine sans peine qu'elle puisse être transposée en droit français tant il est difficile aujourd'hui de caricaturer les religions juives et musulmanes (catholiques par contre, on peut ... dire de l'ancien pape que c'était un vieux sénile ou le présent un psychorigide nazifiant n'étant pas condamnable/condamné voire de bon ton ..).
Les handicapés sont protégés aussi de plus longue date : la provocation à la haine ou à la violence à l’encontre d’une personne en raison de son handicap est punie d’un an d’emprisonnement et de 45.000 € d’amende (article 4 de la loi du 29 juillet 1881).
Moralité : on ne touche pas aux génocides, aux ethnies/races, aux femmes, aux homos, aux handicapés.
Et c'est là que le bât blesse : où arrête-t-on la liste ? Des voix se sont déjà élevées pour demander la même chose pour les obèses ("gros porc" serait alors condamnable). Pourquoi pas les petits ? On moque à longueur de temps notre président sur sa petite taille (alors qu'il y a tellement d'autres sujets à moquer !) ... on ne peut moquer un manchot mais un petit oui ? et les moches ? et ceux qui ont une gueule de con ?
C'est pour cela que je suis pour le "Free speech absolu" (à part l'appel au crime). Car sinon il n'y a pas de limites et on fait régner un ordre moral calé sur l'époque. Evidemment que je n'ai pas envie d'entendre de propos négationnistes ou homophobes. Mais je pense qu'autant laisser dire. Quant un Gollnisch tient des propos négationnistes, je ne pense pas qu'il convainc grand monde (pour ne pas dire personne) et se marginalise ...
Il en va de même pour la lutte contre la discrimination. Là, les US sont plus "en pointe". Là encore, on va lutter contre la discrimination contre la couleur de la peau, la préférence sexuelle, .. Intention louable. Mais là encore, où est la limite ? Pourquoi ne pas lutter contre la discrimination des moches ? Ca vous fait rire ? Et pourtant, des études très sérieuses ont montré que des gens considérés comme beaux par un panel, à étude & compétence égales, ont de meilleures carrières et de meilleurs salaires ..
Aux Etats-Unis et au Canada, les personnes peu gâtées par la nature gagnent moins que le revenu moyen, et les jolis minois, davantage. Les chiffres le confirment : 9 % de manque à gagner pour les laids, 5 % de prime pour les beaux ! Etonnamment, les résultats sont plus nuancés chez les femmes. A Shanghai, la laideur pénalise plus les femmes, et leur beauté est davantage récompensée : - 25 % pour les hommes « laids » et + 3 % pour les beaux ; - 31 % pour les femmes laides et + 10 % pour les belles. Au Royaume-Uni, les laids font pire que les laides, mais la prime de beauté est la même pour tous : 1 %, seulement...
Dès lors, que faire ? Peut-on encadrer la parole et les actes contre toutes les inégalités dont Dame Nature nous a affublés ?

6 commentaires:

  1. En dehors du droit, qui est un pouvoir formel, s'exerce un pouvoir informel qui est au coeur de la reproduction sociale. Ce pouvoir là ne s'encadre pas sans les aberrations que tu évoques : ce serait un travail infini, tendu vers un objectif ressemblant à celui de 1984, le livre de Orwell. Le droit est selon moi le signe d'une culture qui ne sait plus réguler ses énergies autour de la cohésion. Des cultures ont su le faire. Elles ont souvent disparu par le glaive de l'avidité occidentale, cet esprit guerrier se déclinant sous les formes de l'époque (empire, religion, économie aujourd'hui).

    Face à l'expression politique de cette culture, face aux problèmes que cette expression agite devant nous et qui nous obligent à prendre position, le plus dur à apprendre est peut-être la liberté, l'exigence qu'elle suppose, les conditions inégales auxquelles elle fait face. Une politique devrait certainement s'intéresser bien davantage à l'éducation, à la justice sociale, aux idées d'égalité. Idées qui sont les seules à pouvoir aborder le fait que les différences naturelles ne sont inégalités qu'à travers un prisme social et culturel.

    Mais c'est aussi un piège que de penser que la solution vient des structures d'un pays. Nous avons chacun une responsabilité à prendre. Déléguer cette responsabilité à l'encadrement, au droit ou à la politique est une façon de fuire. De faire porter le chapeau aux autres.

    Nous avons un problème avec la différence.

    RépondreSupprimer
  2. "les différences naturelles ne sont inégalités qu'à travers un prisme social et culturel" ==> Oui et non ... il est des différences naturelles qui sont quand même des inégalités de façon objective. La laideur est effectivement vue via le prisme social et culturel, les canons de beauté étant différents selon les cultures et les époques. Encore que les chercheurs semblent dire que certains traits sont considérés comme beaux par toutes les cultures et époques (car indiquant une plus grand fertilité).
    Oui, la liberté doit s'apprendre mais il me semble que nous somme quand même dans une démocratie avancée qui pourrait tolérer l'expression des sentiments mêmes les plus mauvais. Comme je l'ai dit, Gollnisch faisant du négationnisme tombe sous le coup de la loi et pourtant, il ne convainc personne AMHA (sauf ceux qui sont convaincus de la même chose que lui ...).. Bigard pensant que le 11/09 est une manip des américains ne tombe sous le coup de rien. Pas grave, il se ridiculise (sauf auprès de ceux qui sont convaincus de la même chose que lui ...).
    Ici, c'est le politique qui cède sous la pression de quelques lobbies (je n'emploie pas lobby dans un sens négatif) : juif, homo, anti-raciste, etc etc
    Ce qui laisse la porte ouverte à des lobbies qui peuvent se constituer : celui des obèse, des moches, des petits, des trop grands, des qui ressemblent à des méchants de la TV, des qui ont une gueule de con, des qui puent parce qu'ils transpirent trop, des qui ont un petit sexe et qui n'osent pas pisser dans les pissotières collectives, ...

    RépondreSupprimer
  3. Repost from Sarah V. from FB :

    « Là à chaud, juste après avoir lu ton message : moi d'abord je suis pas une moche, sauf qd on me pique trop fort ! La liberté de paroles s'arrête quand on ne respecte pas l'autre, quand on dit des choses mauvaises gratuitement, quand on fait du tord. La paroles et l'écriture sont la matérialisation de la pensée. Pour la troisième question : les discriminations, ça devrait faire l'objet d'un autre débat ! »

    RépondreSupprimer
  4. @Sarah : of course, je suis d'ac avec toi. Tout ce qui est diffamation, appel au crime ou même atteinte du droit à l'image / à la vie privée font l'objet d'une législation et je suis OK avec ça. Ecrire dans un grand quotidien "X mange des petits enfants. Il faudrait le tuer" n'est évidemment pas acceptable.
    Là, on parle d'attaques ad hominem. Mais qu'en est-il si on parle de groupes ? Je ne citerai pas ce qui sont interdits, ne tenant pas plus que ça à passer mon samedi soir en cabane.
    Mais si je dit/écrit/imprime "les petits sont tous des nazes avec aucun cerveau" : est-ce condamnable ? Moralement, surement. Est-ce que ça doit l'être pénalement ? Moi je pense que non ...

    RépondreSupprimer
  5. La seule vraie défense contre la connerie, c'est la parole libre et une réflexion éclairée qui permet de la mettre en lumière et de la voir nue et moche telle qu'elle est.

    RépondreSupprimer