BO du Blog

lundi 2 novembre 2009


La crise, la crise, la crise. Tout le monde parle de la crise, elle est partout, par la fenêtre, par la porte, la cheminée. Le capitalisme est malade, la crecelle retentit dans les rues.
Et les médias de passer en boucle les questions : la reprise c'est 2009 ou 2010 ? le plan de relance va-t-il suffire ou en faut-il un autre ? Bref, tout le monde se raccroche à l'espoir que la crise sera passagère et que l'on pourra bientôt reprendre le "business as usual". Cette fois-ci quand même, la secousse est forte et l'on entend quelques petites voix évoquer une crise morale, un manque de sens.
Et si on commencait à chercher plus loin, à creuser un peu plus ? A dezoomer pour sortir un peu du court-termisme et de l'amnésie historique ? Si nous stoppions le 'comment' (en sortir) pour aller vers le 'pourquoi' (est-ce arrivé). Si nous arretions le 'qui' (est fautif) pour tenter le 'quel' (avenir pour nous) ?
Les vraies questions sont de savoir si le capitalisme tel qu'il est actuellement est un horizon indépassable pour l'homme ? Est-ce que tout cela est d'ailleurs consubstantiel au capitalisme ou à l'homme ? Sommes-nous sur le chemin de notre ? Est-ce inéluctable ?
Telles sont les réflexions auxquelles nous convie cette ouvrage en mettant en relation le travail de deux contemporains de la crise de 29 et deux génies du XXème siècle : Keynes et Freud. Ce travail n'est pas une pure vue de l'esprit puisque chacun des deux a nourri la réflexion de l'autre. Si Keynes revient au gout du jour, on l'évoque principalement pour ses thèses sur la relance économique (le fameux multiple d'investissement). Mais c'est le thème de l'argent qui est abordé dans cet ouvrage et sur lequel Keynes a eu des idées révolutionnaires en postulant que l'argent n'était pas seulement un moyen de transaction neutre mais un enjeu en lui-même. Ainsi, l'humain est amené à désirer l'argent pour l'argent (et non l'argent comme vecteur de subsitance, confort ou liberté, ce qui est éminemment légitime), ce qui n'a pas de rationalité économique. C'est cette accumulation qui est au coeur de nombre de perversions du système capitaliste et qui sont plus que jamais d'actualité aujourd'hui (parachutes dorés, bonus énormes dans des entreprises renfloués par de l'argent public, néo-milliardaires russes ayant pillés les ex-compagnies publiques de l'empire, ...).
Là ou le lien entre Freud et Keynes est patent, c'est que ce besoin d'accumulation pour l'accumulation s'explique par la psychologie (à la fois indivuelle mais aussi par la psychologie des foules). Freud explique qu'il existe en l'homme, à côté de la pulsion vitale (libidinale) une pulsion de mort, issue de l'érotisme anal, qui pousse l'homme vers la destruction. Le génie de la culture ou encore de la société, notamment capitaliste, est de tourner cette pulsion de mort vers le travail, l'accumulation, le 'toujours plus', le progres technique. Ainsi, cette puissance malsaine s'accumule en même temps que la société croit. Sauf que cette croissance est vectrice d'une puissance rentrée qui s'abat à chaque rupture de croissance : guerres, violence, génocides. Ainsi, la crise de 29 a enfanté de la seconde guerre mondiale.
Keynes était optimiste quant à l'avenir. Il prédisait que d'ici 2030, les hommes seraient libérés des contingences productivistes et devraient tourner leur vie vers l'art, la beauté, bref que Eros triompherait de Thanatos. Mais peut-on faire confiance en cet indécrottable optimiste puisqu'il pensait que la guerre de 14 ne durerait pas et que la crise de 29 se terminerait en 30 ou 31. Freud était lui plus inquiet de la noirceur de l'homme et aurait volontiers placé quelques pièces sur Thanatos et avec lui la fin programmée du monde tel qu'on le connaît.

5 commentaires:

  1. L'argent peut constituer une fin en soi, mais comme bien d'autre choses, notamment le pouvoir, la célébrité.
    Le capitalisme est juste le cadre permettant "l'efficacité" des échanges au sens économique. Son grand avantage est d'utiliser comme moteur l'apat du gain, qui est relativement répendu dans la population, et qui permet de mobiliser les énergies dans des temps où religion et idéologie sont malmenées (encore qu'avec l'écologie on voit poindre un sérieux prétendant dans ce domaine). Le seul problème est que la "main invisible du marché" qui sous-tend le capitalisme, ne fonctionne que si les acteurs ont une apréhension correcte de ce qu'ils manipulent, c'est clairement ce que l'on a perdu avec les produits complexes à l'origine du mal.
    La crise aura au moins eu le mérite de renforcer un peu le crédit de l'Etat comme régulateur in fine, ce qui n'était pas si évident auparavant.

    Pour ce qui est de la lutte entre le yin et le yan, ou autres noms qu'on veut bien leur donner, la seule certitude semble l'absence d'une victoire massive et durable de l'un des deux. Donc pour l'apocalypse, je crains qu'il faille repasser, pour le paradis sur terre, aussi.
    Les machines n'ont pas tout résolu comme Keynes le pensait, et tous les hommes ne sont pas dénué d'humanité, nous évitant que ne durent trop longtemps les périodes sombres. Pour les civilisations aussi je crois à l'élan vital.

    RépondreSupprimer
  2. Quand j'étais plus jeune, je pensais que le travail était une valeur sûre et digne (j'ai été élevé comme ça...), que réussir, c'était surtout réussir professionnellement et que pour réussir professionnellement, il fallait du courage, de la ténacité, de l'intelligence... Que l'argent était la juste reconnaissance de toutes ces qualités par la société.
    J'étais naif, hein?
    Ou alors mes parents m'ont menti?

    Aujourd'hui, je pense que tout ça était peut-être vrai de leur temps, que les joueurs de foot ne gagnaient pas les sommes faramineuses qu'ils gagnent aujourd'hui pour séduire un public de crétins avinés qui sont prêt à tout casser parce qu'un match est annulé (même ma fille de 5 ans ne fait pas ça dans ses pires caprices) et les patrons de l'époque et les spéculateurs de wall-street ne se payaient pas comme des joueurs de foot...

    Bref, n'importe quel système aussi malin soit-il peut dériver si on ne conserve pas un minimum de repère moraux (eh oui, il faut être malin pour s'appuyer sur l'appât du gain chez chaque individu pour faire avancer la société entière: quel paradoxe quand même!).

    Une dictature écologiste, c'est possible aussi...

    Bref, le même système 30-40 ans plus tôt, paraissait plus sain:
    Est-ce qu'à l'époque, le patron d'une boite de Yahourts aurait décidé de réduire la taille ou le contenu des yahourts pour truffer les consommateurs ? Auraient-ils pensés à vendre les boites familiales plus chères que les boites individuelles (en comptant que les gros crétins de consommateurs écologistes que nous sommes n'allons pas nous apercevoir de la supercherie)?
    Est-ce que le général De Gaulle ou Pompidou ou même Giscard auraient osés inviter tous leurs confrêres européens à un repas à 5000 € / personne ? Sans ressentir un minimum de honte ?
    Je ne sais pas, peut-être que j'hallucine ou que je me trompe et que j'embellis le passé (c'est un symptôme connu il paraît), mais il me semble que nos décideurs d'aujourd'hui sont davantage sans foi ni loi que ceux d'hier...

    N'importe quel système finit par dériver si on n'a pas de repères moraux...

    RépondreSupprimer
  3. Stéphane : je suis d'accord avec toi. Ca fait peut-etre vieux con réac mais je crois en la nécessité d'une MORALE (en économie, en politique, ...).
    Laurent : tu oublies un phénomène. Certes, tu peux imaginer que canaliser les pulsions libidinales de l'homme via le système capitaliste va faire en sorte de réduire le nombre de guerres et d'accroître l'accumulation de biens. Mais cela passe (dans le système capitaliste) par la compétition. Or (cf théorème du prisonnier), la compétition n'apporte pas toujours (loin de là), la solution la plus efficace

    RépondreSupprimer
  4. Certes la morale est indispensable, le problème est qu'elle est à géométrie variable, et qu'il est assez difficile de trouver une base commune à tous. C'est d'ailleurs pour cela que la Loi a remplacé la morale comme valeur de jugement.
    Il est clair que la réussite tiens autant à la chance qu'au travail, donc "en tant que tel" le ravail ne suffit pas. Ceci étant dit les joueurs de foot ne sont pas des fainéants, et leur carrières restent couretes (à comparer à un haut fonctionnaire ou à un cadre dirigeant). Les fortune qu'ils gagnent sont acceptés par beaucoup car leur "exploits" personnels sont bien appréhendé par le commun des mortels comme étant "exceptionnels" : tout le monde ne peux pas en faire autant. Le problème est que c'est moins évident aux yeux de beaucoup pour d'autres catégories de personnes (quel "exploit" chez les banquiers, patrons, ...).
    Nicolas : la "compétition" est clairement sub-optimal car elle suppose une certaine déperdition d'énergie de "fricion". Par contre elle colle très bien à la mentalité humaine qui a besoin souvent d'émulation pour avancer. La solution "la plus efficace" pour être trouver demande une meta-consience que nous n'avons pas (quelques illuminés, fanatiques ou autre idéologues prétendent régulièrement le contraire mais bon...).

    RépondreSupprimer
  5. Tu as raison, la Morale doit s'effacer derrière la loi. Pour ce qui est des joueurs de foot, la ritournelle qui consiste à dire "oui mais ma carrière" est courte est une fadaise. Quant un type gagne 25 SMIC annuels par mois, quand bien même sa carrière ne dure que 10 ans, c'est indécent. Pour ce qui est du mérite, le fait que le grand public n'ait pas de problème à reconnaître l'exploit chez un joueur de foot mais pas chez un patron (où il y a d'authentiques gens super talentueux), un politique, un chirurgien ou autre, c'est un vrai problème de valeurs de société.
    Pour ce qui est de la meta-conscience nécessaire pour remplacer la compétition, c'est une vraie question ... mais on peut quand même trouver des exemples de mix compétition/coopération efficace : recherche universitaire, logiciels libres, ... Ce n'est certes pas généralisable à tout mais c'est une piste sérieuse !

    RépondreSupprimer