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lundi 23 novembre 2009

L'impôthon

Les propos de Pierre Bergé sur le Téléthon ont choqué. On ne s'attaque pas à une institution aussi politiquement correcte sans provoquer des ondes de choc. Un tabou a été brisé. Personnellement, je ne donne ni au Téléthon, ni aux Restos du Coeur. Et je m'en explique.
En fait, je trouve déplorable que la recherche sur certaines maladies ou la charité (fraternité même) aient été privatisées. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. L'Etat a, dans ces domaines, abandonné son rôle régalien pour le laisser à des associations. Pourquoi c'est un mal ? Et bien, l'avantage de l'Etat, c'est qu'il dispose d'une source de collecte de fonds fiable et qui porte sur tous : l'Impôt. Et il est à même, quand cela fonctionne bien, de prendre la meilleure décision, la plus rationnelle pour le bien public, sur le 'comment dépenser cet argent'. Pourquoi pas des associations ? Parce que la décision du routage de la générosité du public ne se fait plus selon des critères rationnels mais selon des aspects de communication. Coluche, de par son charisme, a lancé les Restos du Coeur et ses suivants l'ont transformé en vraie entreprise à aider les démunis. L'association contre la myopathie a mis également sur pied une formidable machine de guerre médiatique qui lui permet de collecter des dons énormes. Et les autres ? Les mille-et-unes maladies plus ou moins orphelines qui, elles, n'ont pas réussi à percer médiatiquement, qui n'ont pas accès aux médias ? Quelles ressources leur restent-ils ? Rien ou pas grand chose. Ont-elles moins besoin d'argent que l'association contre la myopathie ? Je ne le pense pas ...
C'est pourquoi je ne donne pas, à part pour les petites causes qui ne peuvent être gérées par l'Etat (exemple : les petites cagnottes dans les boulangeries ou épiceries pour que les enfants malades puissent avoir des distractions). Je pense que l'Etat doit renationaliser ces causes car elles sont responsable de ces domaines au titre de la fraternité, une des trois valeurs cardinales de notre République.
Suis-je prêt à payer plus d'impôts pour ce faire ? OUI
Suis-je prêt à payer une nouvelle taxe affectée à cela ? OUI (ce qui est théorique, notre droit empêchant d'affecter le produit d'une taxe à un usage prédéfini).
Quel est ensuite le contrôle des citoyens là-dessus ? Rien n'empêche ceux-ci de faire pression pour que les fonds aillent bien où ils méritent d'aller ! Des millions de gens donnent au Téléthon. Pourquoi n'iraient-ils pas manifester dans la rue pour réclamer que les fonds de la Recherche soient affectés au bon endroit ? L'usage du droit de manifester n'est pas réservé à l'exercice politique et syndical ...

8 commentaires:

  1. Repost FB de David R :

    Vaste débat, pour ma part et bien que je ne sois pas un Reaganien pur jus, je pense que l'Etat en France a beaucoup trop investi une sphère qui ne le concerne pas. En ce sens, il me paraît plutôt sain que ce soit des associations privées, partiellement subventionnées, qui prennent en charge un certain nombre de problèmes sociétaux.
    Primo parce qu'elles sont bien souvent gérées par des gens confrontés directement aux difficultés (ADAPEI, AGHEFIP), voir les ayant eux-mêmes connu, et pas par des fonctionnaires en attente d'un meilleur poste.
    Secundo parce que les impôts prélevés au départ pour servir ces causes finirait à plus ou moins court terme dans le tonneau des danaides des dépenses publiques (cf la vignette).
    A mon sens, l'Etat est là pour assurer la sécurité intérieure et extérieure des citoyens, la partialité de la justice (il y a du boulot...), l'égalité de traitement sur le territoire pour ce qui est de l'accès au service public (encore qu'à l'ère du réseau, on pourrait dématérialiser bon nombre de choses...) et basta.
    Tout le reste peut être pris en charge par le secteur privé, avec un cahier des charges établi par la puissance publique dans certains domaines sensibles et un contrôle régulier et strict des moyens mis en oeuvre et des résultats obtenus.

    Tu comprendras que je ne suis pas pour un nouvel impôt ou une nouvelle taxe, chacun étant libre de contribuer ou pas à la cause qu'il souhaite.

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  2. Repost FB de Nicolas D :

    Tu oublies de prendre en compte le fait que l'état reverse les 2/3 des dons sous la forme d'abattement d'impôts, donc il finance en partie. C'est un point important, car il y a bien un lien direct entre dons, investissement public et associations caritatives.

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  3. @David : Dieu me soit témoin (oui Dieu carrément, non, pas la voisine) que je ne suis pas un tenant du tout-état ... mais assurer à bouffer aux concitoyens ... quand même !
    @Nicolas : tu as raison, j'avais oublié ça. Et je crois que ce n'est déductible que si l'Etat trouve que c'est d'intérêt public ce qui laisse une (trop petite à mon goût) marge de manoeuvre à l'état

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  4. Repost FB de JYR :

    "la partialité de la justice (il y a du boulot...)," ça on l'a de plus en plus... j'ose espéré que c'est l'impartialité de la dite justice qui est la cible....

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  5. Repost FB de David R :

    @ Jean-Yves : effectivement, ce fut un lapsus ;-D ! Mias l'actualité est tellement loin de ce concept que c'est sorti tout seul.
    @ Nico : En ce qui concerne la subsistance de nos concitoyens, je ne rappelle pas quel organisme d'Etat s'en charge, ce sont tous des bénévoles non ?

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  6. Repost FB de JYR :

    Cette précision me rassure :) tant qu'à causer taxe : http://energie.lexpansion.com/articles/energies-fossiles/2009/11/La-taxe-carbone-peut-rapatrier-la-rente-petroliere/

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  7. Le problème de l'action lié à la générosité des uns et des autres, c'est que le ressort du don reste essentiellement l'émotion sucité par la cause. Une porte grande ouverte à des dérives "marketing" à mon avis.
    De plus ce n'est pas parce que c'est une association qui gère que tout va bien, les querelles de personnes y sont au moins si ce n'est plus compliqués à gérer que lorsque c'est l'état qui s'en charge. C'est plutôt l'aspect "proximité" qui, comme dans la décentralisation, amène parfois un résultat plus efficece. Pour info l'agefiph c'est une organisation paritaire (syndicats+patronat), comme l'assedic ou la sécu, donc c'est encore autre chose.
    Le monde du charity business n'est pas plus beau ou plus pur que les autres...

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  8. Ouais Laurent je te rejoins sur la proximité. Je suis de plus en plus convaincu que la gestion (entreprise, association), la démocratie, ... ne peut marcher qu'en petit groupe. Le nombre tue le fonctionnement. Pb : on est 6 milliards ... Il faudrait revenir à une densité de chasseurs-cueilleurs ... (ou un peu plus, les formes de gouvernement sont nées de l'accroissement de la densité).
    Je proclame ici l'indépendance de la Principauté de Charbo !

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