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mercredi 4 novembre 2009

Surdoué, précoce, différent ... ou rien

J'ai eu l'occasion de m'entendre demander, il y a quelques mois, si j'avais pu être un enfant "surdoué". Drôle de question à vrai dire que je ne m'étais jamais vraiment posé. Certes, on avait proposé à mes parents de sauter des classes (ce qu'ils avaient refusé), j'ai suivi un scolarité sans faute jusqu'en 5ème (ennui en classe, 1er de la classe) puis en roue libre jusqu'en terminale (déconnade en classe, dans les 5/6 premiers). Arrivé en école d'ingénieur, j'ai découvert une autre réalité ... j'avais perdu (ou n'avais jamais eu) la capacité de l'effort, j'étais extrêmement mauvais dans les matières abstraites (maths mais aussi certains aspects de la physique). Je m'en suis tiré, sans plus. Je mène une vie professionnelle correcte, sans grands éclats. Bref, que pouvait-on bien me trouver de surdoué ?
Je me suis donc penché sur la question (au-delà des marronniers du JT nous présentant le petit génie qui passe le bac à 12 ans ...). Déjà, la novlangue a remplacé le terme de surdoué par précoce ... Précoce en quoi ? Précoce comment ? Je ne saurais pas le dire. Et je suis tombé sur l'excellent bouquin de Jeanne Siaud-Facchin, l'Enfant Surdoué (editions Odile Jacob).
Là, j'y ai trouvé des choses fondamentalement intéressante. Point de surdoué ou de précoce qui induisent des jugements de valeurs sans fondements aucun mais seulement de la différence. Une différence dans le mode de pensée, plus porté sur l'intuition. Des prédispositions dans certains apprentissages (maths) certes, mais pas une valeur plus élevée ... Un peu comme une voiture qui aurait une caractéristique forte (moteur puissant haut dans les tours) mais des faiblesses (faible couple, tenue de route pourrie, ...). C'est cette différence dans le mode de pensée qui explique le taux d'échec élevé de ce type d'enfant, pris dans l'étau normatif de l'école.
Mais elle apporte aussi un éclairage fort : les enfants de ce type (je ne peux leur trouver un qualificatif) sont sur-émotionnels, c'est-à-dire qu'ils réagissent plus forts que d'autres, leur carapace est plus fine. De plus, ils ont une très fort lucidité sur la vie et très tôt, ce qui n'est pas forcément un gage d'aptitude au bonheur (Ignorance is bliss, disent les américains).
Envisagé sous cet angle-là et fort des nombreux exemples cités dans le livre, alors oui, je me dis que j'ai peut-être été de ces enfants-là. Cela m'a-t-il amené le bonheur ? Je n'en suis pas certain. Est-ce que ça a été un fardeau à porter à l'âge ultra-normatif de la pré-adolescence ou à l'adolescence : raisonnablement. Je ne vais pas me faire passer pour un martyr non plus, je m'en suis bien tiré.
Reste l'héritage génétique. Je suis balancé entre l'envie de transmettre à ma fille une singularité et la hantise de lui léguer un fardeau à porter ... Je vais surement la regarder grandir avec une boule dans le ventre. A 2 ans 1/2, tout le monde dit déjà qu'elle est ultra-précoce, qu'elle est en avance sur les apprentissages, qu'elle parle extrêmement bien. Mais peut-être n'est qu'une petite fille un peu en avance ... Je l'espère.

15 commentaires:

  1. Est-ce que le qualificatif que tu cherches est lié au Quotient Emotionnel (QE) qui selon certain serait peut être meilleur prédicteur du succès dans la vie que ne le fait le quotient intellectuel (QI) ? http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_émotionnelle

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  2. Ayant eu ce livre et m'étant confronté personellement au problème, je pense en effet qu'il est important de ne plus parler de "surdouer", car ce terme renvoi une image "positive" de ce qui dans la vie de tous les jours constitue une anormalité (au sens litéralle), et donc une souffrance pour ceux qui la vive. Le "surdoué" n'attire en général que la jalousie des uns et des attentes exagérées des autres.

    Très rares sont les enfants "précoces en tout" (quelque % des cas). En général le développement est disharmonieux et certaines aptitudes sont sur-développés par rapport à d'autre. L'échec scolaire est alors très fréquent, car :
    - les enseignement ne sont pas au rythme de l'évève qui s'ennui (et parfois "décroche" en cours => il a de mauvais résultats).
    - les camarades de classes on du mal à lier avec cet élève "atypique"
    - le gout de l'effort ne se prend pas car l'élève "compense" grace à ses capacités, mais tôt ou tard il atteint sa limite (bon j'en ai connu un sa limite c'est normal sup', mais c'est pas donné à tout le monde).
    Bref ces personnes sont fondamentalement "inadaptées" au monde qui les entoure (tout simplement parce qu'elle diffère de la moyenne dans leurs capacités), et elles ont aussi conscience (ou conscience plus tôt dans leur croissance) des chosess, sans pour autant avoir les structures mentales pour "digérer" cette connaissance => en général un mal être conscient ou non.
    Par ailleurs, l'hypersensibilité amène toujours des mécanisme de protection en général "pénalisant" pour la vie en société.
    La transmission à la descendance de ces caractéristiques est assez fréquente (d'autant plus si les deux parents ont ces prédispositions). De plus "l'éducation silencieuse" est à l'oeuvre plus qu'on ne l'imagine et inconsciement on "renforce" certaines prédisposition (en étant content de voir ses enfants s'intéresser aux livres plus qu'à la télé par exemple, en stimulant créativité et expression langagière).
    Christophe mentionne le QE et c'est vrai que cela amène le "succès", car le QE mesure globalement la capacité à "comprendre les autres" (par opposition au QI qui est la capacité à comprendre les "choses" abstraitement). Un gros QE amène donc souvent une bonne compréhension de la société et une insertion aisée. Néanmoins une hypertrophie du QE induit souvent un fort égoïsme, des tentations de manipulation des interlocuteurs, et des difficultés à se remttre en cause....
    La voie est donc l'harmonie des capacités QI, QE, aptitudes psycho-motrice, très rarement présente "par défaut" dans le "logiciel" individuel (pour reprendre un terme à la mode ;))

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  3. @Christophe : ni QI, ni QE. Je pense que l'intelligence tout comme les capacités à interagir avec son prochain ne peuvent ni se modéliser ni se mettre en équation (bien que cela puisse être utile dans certains cas). Et pourtant, Dieu sait que je suis un fan des modélisations et équations.
    @Laurent : excellente analyse. Tu oublies un facteur cause d'échec scolaire : l'enfant différent a un raisonnement différent. Là ou l'école attend qu'il passe par A,B,C et D pour trouver le résultat, lui sera passé par B' et E ... pour un bon résultat ! Et quand l'école lui demande de démontrer son résultat (de façon demandée), il en est incapable. Ah combien de "Correct mais argumentez !" j'ai récoltés dans mes carnets de note ...
    Et effectivement, l'apprentissage n'est pas le même. J'ai toujours eu et ait encore un mode de calcul mental (et pas que mental) des divisions différents de ce que l'on apprend à l'école. En fait, je multiplie par itération jusqu'à trouver un résultat approchant ... pas vraiment ce que l'on enseigne à l'école mais tellement plus efficace (pour moi !).
    Quant à l'éducation, bien sur, on reproduit. J'explique des choses à ma fille surement au-delà de ce que son âge requerrait (tu vois la Lune ? ben ya des Monsieur qui ont marché dessus ...) et je suis bien plus heureux quand elle prend un livre que quand elle mate la TV. Et aussi, comme elle est dans l'imitation, elle se met dans son petit fauteuil club en cuir noir (trop adorable) et elle prend un livre ... comme papa !

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  4. Si je peux ajouter une chose : pense t-on à l'entourage de cet enfant précoce ???

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  5. @Cathy : bonne question, très peu abordée par la littérature ... tu peux développer ?

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  6. Résumons

    Selon les écrits, un enfant précoce est doté de capacités intellectuelles supérieures à la moyenne (du moins dans la compréhension). C'est aussi un enfant avec des difficultés émotionnelles et lucide sur la vie.

    Selon moi, ça interroge plusieurs dimensions :
    - L'enfant face aux exigences parentales : comment les autres membres de la fratie peuvent-ils se positionner face à de exigences qui émanent en partie d'une voie tracée par un autre (si l'autre y arrive, pourquoi pas toi?)
    - L'enfant face à sa construction du monde : comment réagissent les autres membres d'une fratrie pour se positionner face à une lucidité extrème qu'eux-mêmes ne possèdent pas selon les stades et qui peuvent entraîner frustration et déception (le Père Noël, c'est de la connerie pour des gosses qui sont totalement naïfs, il n'ya que toi pour y croire ...)
    - L'enfant et la relation à sa fratrie : comment peut se construire la relation fraternelle sur une base qui oscille entre admiration (ce que j'aimerais avoir, critères de réussite ...) et jalousie (ce que je ne serais jamais et qui contraint une partie de mon mode de fonctionnement)

    En conclusion, je dirais que cela influence en grande partie la construction de l'estime de soi, les valeurs et les orientations des autres membres de la fratrie : comment atteindre des standards parentaux qui tiennent compte de l'enfant précoce et qui ne soient pas dissonants avec ses propres valeurs et schémas ? Comment les autres membres peuvent-ils arrver à se différencier en trouvant une voie de réussite qui permettent de satisfaire des exigences normatives demandées, contribuer également à l'estime de soi ...

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  7. @Cathy : très bon résumé et argumentation à laquelle je suis sensible. Mais qui part du postulat que l'enfant en question serait supérieur. Or, il ne l'est pas ... ou peut-être dans le regard des parents et de la société et c'est là que le bât blesse.
    Ce que tu dis est cependant vrai, j'en ai conscience et cela alimente une culpabilité latente que je ne peux nier ...

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  8. Clairement le problème ce n'est pas la fratrie mais les parents. De toute façon les parents "comparent" leurs enfants entre eux, quoi qu'ils arrivent. Après c'est souvent l'objectivité de la comparaison qui pêche. Si celui "qui réussit bien à l'école" est réduit à cela, c'est sûr cela va être difficile pour les autres frères et soeurs, et pour lui aussi à cause de la pression à assumer !
    Par contre si les parents arrivent à mettre au clair forces et faiblesses de chaque enfant, et incistent bien sur l'équilibre entre les deux, je pense que la fratrie au contraire est une aide. Elle permet des interactions et des influences croisées qui sont très bénéfiques.
    De toute façon un enfant doué pour une chose, le sera toujours moins dans une autre, où son frêre/soeur aura plus de prédisposition, si chaque enfant en a bien conscience, grâce aux adules, cela se passe bien.

    Il faut de toute façon éviter d'avoir un enfant "préféré", à tord ou à raison, car c'est de là que jaillissent bien des désordres familliaux.

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  9. Je ne saurai dire mieux ... si ce n'est que les parents sont des humains et attendre d'eux une objectivité totale, étant donné la pression sociale et normative ... c'est peut-être beaucoup attendre !

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  10. Cathy Votre premier paragraphe est mal formulé, et je ne crois pas que vous vous fassiez du souci à propos des bonnes questions. Ou alors je n'ai pas bien pigé à propos de quoi exactement vous vous faites du souci.

    Question accepter la voie tracée par des adultes, trois choses :
    - Tous les enfants remettent un jour ou l'autre l'autorité en question, les surdoués ne sont pas différents des autres sur ce point et les parents ne seront pas plus désarçonnés par leur surdoué que par ses frères et sœurs.
    - Tant que la "voie tracée" concerne la vie en communauté, la loi, la politesse, l'honnêteté, l'économie, l'organisation, ..., la seule difficulté qui se produira, c'est si les parents refusent de réfléchir et imposent à leur surdoué des trucs irrationnels, incohérents ou inefficaces. Déjà les autres gosses n'aiment pas ça, mais avec celui-là, ça pètera instantanément. En fait c'est une opportunité pour les parents de réfléchir à leur façon de vivre. Et il n'y a vraiment que les plus cons qui ne s'en tireront pas.
    - Par contre, la question de l'apprentissage scolaire, alors là... Il faut bien se représenter que la situation, c'est comme un gamin qui aurait deux yeux et deux oreilles mis au milieu de 30 borgnes sourds. L'école va passer son temps à lui interdire d'utiliser 75% de ses capacités sous prétexte de développer les 25% restants. C'est une abominable mutilation. Le surdoué en souffre, et c'est pas d'la blague. Et aussi bien les profs que les autres élèves sont jaloux de son deuxième œil qui fonctionne bien et de ses oreilles dont ils ne peuvent même pas s'imaginer ce que c'est que d'en avoir, et ils vont le lui faire payer - surtout s'il a sauté une classe et qu'il est un peu plus jeune et un peu moins grand que les autres.

    (À suivre)

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  11. Au total, les conseils aux parents de surdoués c'est :
    - Efforcez-vous d'être logiques, honnêtes et équitables. Mais ça c'est pas seulement pour les surdoués, ça concerne tous les parents.
    - Compensez la pauvreté de l'école en fournissant du grain à moudre à la mégacervelle de votre surdoué. En fait, d'ailleurs, ça n'est pas une mégacervelle, ce sont d'abord des mégazyeux, des maxizoreilles et une hypermémoire. Fournissez-lui un accès illimité à toutes les formes d'art et de science possibles et imaginables, débrouillez-vous pour dégotter un livre ou un site web sur n'importe quel sujet - N'IMPORTE LEQUEL, et vous n'imaginez pas combien de sujets un surdoué peut aborder à la minute, cultivez TOUTES les approches possibles de n'importe quel thème (le surdoué voit TOUS les angles d'un problème EN MÊME TEMPS), et soyez prêts à tous les coq-à-l'âne : si vous ne voyez pas le rapport, le surdoué, lui, le voit parfaitement. Allez-y en dessins, en textes, en musiques, en émissions, en pages web, en pièces de théâtre. Le surdoué a toujours besoin de plus d'informations.
    - N'oubliez pas que le développement moteur est moins rapide que le développement perceptif et cognitif : le surdoué voit bien plus de choses dans un dessin qu'il n'est capable d'en dessiner, et ça le fera pleurer de frustration et de rage. Par contre, si vous lui expliquez qu'il faut prendre le temps, cette frustration le motivera à s'entraîner, et ça deviendra un bon sportif, danseur, gymnaste, musicien, dessinateur, ... à condition que les profs de tous ces arts n'essaient pas de les lui enseigner comme à un borgne normal.
    - Tous les animaux y compris l'homme ont des neurones dits d'"empathie", en fait des neurones qui les poussent à imiter leurs voisins. C'est comme ça que les bancs de poissons et les vols d'oiseaux peuvent tourner tous en même temps : chacun imite son voisin de manière réflexe (et compense ensuite s'il y a un obstacle). Chez les êtres humains, ça ne pousse pas à imiter les *gestes* des voisins, mais à ressentir les même sentiments qu'eux, c'est ce qu'on appelle l'empathie. Comme les surdoués voient, entendent et sentent TOUT, ils perçoivent beacoup mieux que les normaux les sentiments de leurs voisins, et ils les ressentent avec énormément d'intensité. Donc ne vous étonnez pas que votre surdoué parle de bombarder l'école quand son voisin de table s'est pris une punition injuste, ni qu'il ait du mal à dormir après avoir regardé Sans Famille à la télé. Aidez-le à faire la différence entre ses sentiments à lui et ceux que ses yeux et ses oreilles importent sans lui demander la permission. Et réfléchissez-y à deux fois avant de l'emmener voir un drame ou un film d'horreur !
    - Le coup de "le surdoué n'a pas appris à apprendre", c'est de la foutaise. La vraie vérité, c'est : le surdoué ne voit pas pourquoi il devrait mettre en panne 75% de son cerveau pile à l'endroit où on prétend lui donner des trucs à apprendre. Vous vous en tirerez en lui expliquant que la communication avec les autres est aussi importante que le savoir lui-même (chose que l'école ignore, voire nie), et que ce qu'il apprend à l'école n'est pas tellement la règle de trois mais le fait d'expliquer aux autres comment ils peuvent arriver au même résultat que lui. Quand vous surveillez ses devoirs, ne vérifiez pas qu'il trouve la bonne réponse mais qu'il explique comment quelqu'un d'autre pourrait la trouver. Seulement il faut faire ça bien avant de savoir que le gamin est surdoué :-(

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  12. "Surdoué" ou "précoce", ces mots ne sont pas très habiles.

    La discussion ici confond un peu la maladie et les symptômes, j'ai l'impression... Hypersensible et bon à l'école sans faire d'efforts, c'est les symptômes ; la cause, c'est un fonctionnement cognitif radicalement différent.

    Tous les tests de diagnostic et toutes les explications qui décrivent le truc sont faits pour les gens qui "n'en sont pas". Quand "on en est", pour soi-même, dès qu'on lit deux pages de Siaud-Facchin, c'est évident. Et d'abord, les gens qui "en sont" ne répondent pas à une question du genre "est-ce que vous en êtes ?" en passant en revue une liste de critères : leur fonctionnement cognitif n'est pas séquenciel.

    Ce qui peut éventuellement se passer, c'est que l'école ait mutilé un surdoué au point qu'il ne fait plus confiance à sa façon naturelle de percevoir et de concevoir les choses. Dans ce cas, pas d'autre solution que d'utiliser les méthodes de détection développées par les normaux.

    Je ne sais pas si on peut perdre la "surdouance", et encore moins si on peut la retrouver. Par contre, on peut apprendre à ne pas croire ce que vous dit votre propre tête - c'est horrible, bien sûr. Et pas certain que ça se soigne :-(

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  13. (Les commentaires de ce post me font bondir.)

    « le gout de l'effort ne se prend pas car l'élève "compense" grace à ses capacités, mais tôt ou tard il atteint sa limite »

    C'est une vision fausse et archifausse de ce qui se passe.

    Les enfants surdoués sont capables d'efforts intellectuels bien plus poussés et de séances de réflexion bien plus longues que les autres. Ils sont curieux de tout, apprennent tout ce qu'on leur propose et comprennent tout ce qu'on leur démontre.

    Ce qu'ils ne trouvent pas longtemps, c'est le goût de faire des efforts inutiles avec des méthodes inefficaces sur des sujets insignifiants sans aucune promesse crédible d'utilité, comme on les y oblige à l'école.

    Quand vous êtes capable d'écrire une nouvelle de quatre pages sans faute et qu'on vous force à recopier laborieusement trois exercices de Bled, tôt ou tard vous décrochez de cette torture absurde. Quand votre papa vous a assis sur ses genoux à l'âge de 10 ans pour vous expliquer b²-4ac et à quoi ça sert, et qu'à 16 ans on vous fait pour la quatre-vingt-quatorzième fois parcourir cinq étapes et écrire dix lignes de calculs pour factoriser un polynôme du second degré, un jour où l'autre vous donnez la réponse et basta. Quand vous avez réussi à l'école primaire à tirer des explications confuses d'une maîtresse qui n'y comprenait rien une vision parfaitement correcte de ce que c'est que l'analyse aux dimensions (le fait qu'on n'additionne pas des km et des h mais qu'on peut les diviser, et comment ça marche), vous n'allez pas consacrer dix phrases à résoudre un problème où il y a une donnée en km et une donnée en h et où on vous demande une réponse en km/h ! Simplement, toutes ces choses que vous avez apprises par vous-même, l'école ne vous a pas donné les mots pour les nommer, c'est de sa faute si vous ne savez pas expliquer ce que vous faites, et elle vous sanctionne au lieu de vous récompenser quand vous êtes intelligent !

    Les surdoués réussiraient parfaitement à l'école si celle-ci arrêtait de considérer tous les enfants comme des idiots, et de leur interdire les outils puissants et les connaissances synthétiques ("vous verrez ça l'an prochain"), comme s'il n'y avait qu'un seul chemin d'accès vers le savoir.
    D'ailleurs elle ne nuit pas qu'aux surdoués avec cette absurdité, on le voit en cours particuliers : on arrive à remettre en selle n'importe quel élève qui ne s'y prend pas trop tard, simplement en lui donnant les tenants et les aboutissants de la leçon en cours, c'est-à-dire en lui racontant le programme de l'année suivante !
    La raison de tout ça, c'est que notre système scolaire n'était pas conçu à l'origine pour apporter du savoir à tous, mais pour sélectionner les "meilleurs" en fonction de critères purement objectifs (inhumains) comme le bac de maths et le concours de Polytechnique. Elle a gardé ses programmes et ses méthodes malgré la massification de l'enseignement, et résultat : au lieu de faire feu de tout bois pour que tous les élèves comprennent, chacun par son chemin et à son rythme, elle dispense l'information au compte-gouttes, tout en sanctionnant à tour de bras, de façon à ce que seuls les "meilleurs" (dans un sens bien particulier) s'en sortent.

    Dire que "les surdoués sont inadaptés à l'école" alors qu'elle marche visiblement sur la tête, c'est indéfendable. Les enfants sains d'esprit sont inadaptés à cette école tordue, ça d'accord, mais la solution ne consiste certainement pas à les rendre fous par brimade, en leur mettant sous le nez leurs prétendues limites.

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  14. Un petit exemple qui illustre bien ce qui arrive aux surdoués à l'école.

    Il arrive une année où on découvre les problèmes de maths. Un problème de maths, c'est une petite histoire dans laquelle on a semé deux ou trois nombres, et il faut les combiner entre eux en suivant un raisonnement pour obtenir le résultat.

    On en résout une poignée en classe, une poignée à la maison, et puis un le jour de l'interro. Là le surdoué donne le résultat, juste, mais sans le raisonnement.

    Ce qui s'est passé, c'est qu'il a reconnu que le problème de l'interro était identique à un de ceux faits en classe ou à la maison, et qu'il a simplement remplacé les chiffres pour obtenir le résultat, sans suivre le raisonnement. Si on lui demande une justification, dans le meilleur des cas il dira "j'ai déjà rencontré ce problème ailleurs", toujours sans suivre de raisonnement.

    Bien sûr, on peut décrire ça par la phrase "il n'a pas appris et compense par ses capacités".
    Alors comparons ce qui a été appris et quelles capacités ont été mises en jeu.

    Le surdoué a appris des problèmes entiers, pas forcément par coeur, mais d'une manière telle que, mis en face d'un nouveau problème, il est capable de reconnaître que "c'est la même chose" qu'un des précédents et d'adapter la solution aux changements de nombres.
    C'est un procédé tout-à-fait légal et autorisé par les maths : on parle de "classe de problèmes". Simplement, l'école part du principe que les normalos ne sont pas capables de procéder ainsi.

    (... à suivre ...)

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  15. Les normalos sont censés oublier les problèmes qu'ils ont déjà étudiés, être incapables de comparer deux problèmes entre eux pour dire si "c'est la même chose", et par contre, être capables de retenir les étapes d'un raisonnement et de les reproduire en changeant les nombres. La seule différence entre retenir des problèmes et retenir des raisonnements est que le raisonnement est divisé en petites étapes mises bout à bout, alors que "la forme d'un problème" (sa classe au sens mathématique) est un truc très abstrait, difficile à décrire linéairement.

    Le surdoué est évidemment capable de retenir aussi le raisonnement et de le suivre, seulement, il n'en voit pas l'utilité, parce que sa méthode à lui est mille fois plus puissante et plus rapide. Et il en voit d'autant moins l'utilité que l'école, qui se figure qu'il est absolument évident que le raisonnement est la seule chose à retenir d'un problème, ne le lui dit pas. Si on lui disait "il est interdit de retenir le problème, il faut retenir le raisonnement", il pourrait essayer. Mais le prof ne se rend même pas compte qu'il y a deux possibilités et qu'il veut absolument développer une seule d'entre elles, il croit qu'il n'y en a qu'une et que le surdoué ne l'apprend pas. Ensuite en voyant que le surdoué trouve quand même la réponse, il parle de "capacités", d'"intuition", bref de trucs magiques.

    Bien évidemment, aucun prof de collège n'a fait assez de maths pour savoir ce qu'est une classe de problèmes... Et bien évidemment, comme d'une part on ne développe pas cette méthode, mais qu'on l'ignore ou qu'on la méprise, et que d'autre part, on construit des problèmes de plus en plus adaptés à l'utilisation des raisonnements, un jour le surdoué n'y arrive plus, et c'est l'échec scolaire.

    C'est complètement salaud. C'est d'autant plus salaud qu'on ne lui dit même pas "ta méthode est moins bonne que l'autre" (ce qui serait un mensonge éhonté, mais qui aurait au moins le mérite de lui permettre de faire la comparaison et de choisir sciemment entre deux alternatives), on lui dit "tu n'as pas de méthode" - on lui fait croire que le truc qui fonctionne parfaitement dans sa tête n'existe pas. On lui dit "tu n'as pas appris" alors qu'en fait, il a appris plus et mieux que les autres.

    Évidemment, au bout d'un moment ça le rend fou et malheureux.

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