BO du Blog

samedi 19 décembre 2009

Copenhague révélé

Ahhhh ca y est, c'est la soupe à la grimace. Le bon peuple se désespère, les éditoriaux résonnent comme des oraisons funèbres, les ONG sont en deuil.
Copenhague est une foirade.
Personne ne comprend comment la fine fleur de l'élite mondiale n'a pas réussi à s'entendre et faire un beau sourire sur la photo. Même Obama avait oublié son "yes we can" dans le Bureau Ovale.
Et ben moi je ne suis pas surpris, je n'avais même pas vraiment suivi le sommet tellement je n'attendais pas autre chose. C'est l'avantage d'être pessimiste, on n'est pas déçu quand une merde tombe. D'ailleurs, on est rarement déçu tout court.

Mais, petits veinards que vous êtes, l'auteur de ces lignes vous livre, gratuitement, une enquête de première bourre sur les dessous de cet échec. Et ce, sans enquête en fait, sans déplacement jusqu'à Copenhague (économie de CO2), sans discussion avec chefs de l'Etat ou conseillers (moins de temps perdu), sans rencontre avec YAB ou Nicolas Hulot. Attention, l'artiste travaille sans filet.

Bon, en fait, c'est un simple problème de logique que Kenneth Arrow, dans sa grande bonté, a théorisé en 1951. Il peut se résumer par : pour au moins trois options de choix et deux individus, il n'existe pas de fonction de choix social satisfaisant les propriétés suivantes : universalité, non-dictature, unanimité. Donc avec 180 pays et une multitudes de choix, on ne pouvait qu'aller dans le mur ! Pour en savoir plus, se référer ici. Bon, on me signale dans l'oreillette que j'ai déjà perdu 127 lecteurs. Je passe à autre chose.

Alors en fait non, c'est un problème lié au processus de décision. Les pays sont en mode compétitif et non coopératif, chacun essayant de tirer la couverture à lui. Et ici, on retombe sur le dilemme du prisonnier, célèbre en théorie des jeux. En clair, si on ne fait pas confiance au voisin, tout le monde y perd. Caramba, encore perdu.

Meuh non, c'est une question de poker menteur. Chaque pays a attendu que l'autre abatte ses propres cartes en espérant n'avoir jamais à abattre les siennes, laissant aux autres faire tout le travail. Ah, Patrick Bruel vient de m'appeler et de me dire que le poker ne marchait pas comme ça. Dommage, ça avait l'air sympa ...

Oui mais alors c'est sociologique ! Tous les citoyens sont chauds bouillants sur l'écologie, galvanisés par les bouquins & films de YAB, Hulot, Al Gore et se disent que, bon dieu de bon diou, pourquoi leur dirigeants ne les suivent pas ??? Serait-ce parce que, si les dirigeants les suivent, ça va pas être la fête au retour à la maison ... Fini la clim à la maison et dans la voiture, fini de rouler à 180, bloquage du chauffage à 19.0°C, fini les vacances au ski (inutile et pollueur), terminé les Maldives (idem). Bref, tout le monde veut de l'écolo fun et personne ne veut se serrer la ceinture ...

Toujours pas convaincu ? Bon, c'est bien connu, samedi, c'est le jour des analogies. Alors je vous propose un mélange de Que les gros salaires lèvent le doigt, de télé-réalité et de politique-fiction.
Hiver 2024, Paris. Le climat social s'est totalement dégradé, la sécu a fait faillite. Il n'y a plus d'assurance santé ou chômage. Dans chaque couple, un seul des deux conjoints travaille. Hors assistance sociale, et alors que la planète s'est refroidie (oui fiction pour fiction, autant y aller), en cas de licenciement, c'est la mort assurée pour toute la famille en quelques mois.

La PME DirtyEarth compte 180 salariés environ. C'est une société qui a prospéré doucement, établie depuis très longtemps et qui a connu une croissance forte au cours des dernières années. Les derniers temps ont été durs : peu d'augmentation de salaires, des conditions pas faciles mais enfin tout le monde a un job. Cependant, des esprits chagrins, appelons-les les GIEC (Groupement Interprofessionnel des Entrepreneurs Cybernétiques), qui auditent régulièrement les compte de DirtyEarth, interpellent régulièrement les dirigeants, cadres et salariés sur la dégradation constante du compte de résultat de la société. Au début, ces Cassandre ont été tenus à l'écart. Mais l'évidence s'est imposée : les GIEC ont raison, la boîte va mal ... plus de cash ... alors le groupe des papys (on reviendra plus tard vers eux) font le forcing auprès de la direction pour obtenir une assemblée. La direction est obligée de plier. Elle loue avec les derniers zollars (la monnaie en vigueur) l'Aquaboulevard et convoque l'ensemble de la société soit les 180 personnes. Personne ne pourra sortir avant d'avoir trouvé un consensus sur une nouvelle politique salariale (à la baisse of course) permettant la survie de la société. Avec les derniers des derniers zollars, DirtyEarth parvient même à obtenir que Bernard Montiel anime le débat. Toujours ça de pris.

Bien entendu, personne ne s'attend à ce que ce soit simple ... D'abord, DirtyEarth est une multinationale avec différentes cultures et différentes langues, ce qui ne facilite rien. De plus, chacun de ses salariés se représente lui-même mais aussi sa famille dont il est le seul moyen de subsistance. Un mari rentrant piteusement annoncer à sa femme qu'il a du concéder 20% de salaire risque de se retrouver à la rue, remplacé par un autre ... De plus, le climat social dans la société n'est pas très bon : luttes de pouvoir, tentatives de déstabilisation de départements vis-à-vis d'autres départements, même quelques bagarres dans les couloirs (mais en général, le PDG intervient pour faire régner l'ordre ... enfin ça dépend où et pour qui ...).

Décrivons maintenant un peu le microcosme de l'Acquaboulevard :

- tout d'abord, les papys qui ont convoqué la réunion. Ces gars-là sont des vieux de la vieille. Oh, bien sûr, ils n'ont pas fondé la boutique, elle existait avant. Mais enfin, c'est eux qui en ont tenues les rênes longtemps (avant que le nouveau PDG n'arrive) et ils sont convaincus que c'est grâce à eux qu'elle a prospéré. Depuis l'arrivée du nouveau PDG, ils sont sur la défensive, on les a un peu mis au placard. On les respecte encore un peu, par égard, mais enfin ils n'ont plus trop voix au chapitre. Et ils ont peur ... ils savent qu'à leur grand âge, dehors, sans boulot, ils ne tiendront pas longtemps ... alors ils sont les fers de lance mais les jeunes ne manquent pas de leur rappeler que, en leur temps, ils se sont bien goinfrés : salaire, primes, stock-options, fiestas à gogo, grosses bagnoles de fonctions, ...
- Vient ensuite la figure tutélaire du PDG : il en impose le PDG ! Grosse bagnole, grosse montre, baguouses. Sympa ceci dit, un peu arrogant par moment, mais sympa. Il a repris la boîte quand les papys se sont mis à se taper dessus il y a quelques années. Malin le patron ... et puis bosseur avec ça. Et jamais peur de mettre les mains dans le cambouis. Ni même de faire le coup de poing si nécessaire. C'est vrai qu'il pourrait lâcher du lest, baisser un peu son salaire énorme par exemple. Le problème c'est qu'il doit entretenir ses 3 bagnoles, son énorme baraque, sa femme top-model dispendieuse et ses gosses insupportables et goinfres alors il n'a pas très envie de réduire son salaire. Mais il sait qu'il va devoir faire semblant
- Ensuite, le DG. Un sacré cas celui-là. Il a débarqué de nul part il y a deux ans. Une boule d'ambition, un travailleur acharné. 80 heures par semaine, 52 semaines par an. Un ma-la-de ! Faut dire qu'il a 12 gosses à nourrir à la maison. Contraception connaît pas. Le boss assure que il est encore là pour longtemps mais tout le monde se marre car on sait bien que le DG va lui piquer sa place. Et au DG, c'est pas la peine de lui en parler, de réduction de salaire.
- Evidemment il y a les ouvriers. Eux, ils marnent depuis des années. Salaire minimum, familles nombreuses, augmentations gelées depuis un bail. Autant dire que même s'ils le voulaient, ils ne pourraient rien faire
- Quelques petits jeunes commerciaux qui ont rejoint la société il y a peu. Ils ont commencé à palper un peu. Pas énorme mais de quoi acheter leur première voiture, 2/3 petits cadeaux à leur femmes, aux gamins. Ca va être dur de revenir en arrière ...
- Ah oui, ya Tuvalu aussi, l'homme de ménage des îles qui passe 3h par semaine. Tuvalu, il est mal lui. Déjà, avec sa paye, il sait qu'il ne va pas vivre vieux. Alors se serrer la ceinture ... Tout ce qu'il espère, c'est que les autres vont faire quelque chose pour lui. Mais les autres ... déjà la plupart du temps, quand ils le croisent dans les couloirs, ils le reconnaissent pas Tuvalu alors tu penses qu'ils vont faire des efforts pour lui ...

Voilà le décor ! Moi, je vous dis que la réunion de l'AcquaBoulevard, elle tourne à Koh-Lanta XII, le retour des héros de la super-finale car trouver un consensus dans cette situation est à peu près aussi probable que de trouver une buvette vendant du Coca Vanille dans le désert de Gobi ...

D'autres questions ?

2 commentaires:

  1. Eh oui, les américains ont encore bien brillé par leur total manque de solidarité avec le reste du monde.
    Trop drôle pour un président à qui on a donné le prix Nobel de la Paix: c'est dire s'il y avait vraiment pas d'autres candidats...
    Ce blog s'appelle tout-m'énerve et il y a de quoi.

    Enfin bon, comme tu dis, Joyeux Noel Forgeard!

    On termine l'année en beauté comme ça.

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  2. huummmm je suis pas sur que les américains soient les seuls à blâmer ..
    Nous Européens sommes les premiers à prêcher le multilatéralisme et l'indépendance vis-à-vis des US mais on attend encore tout d'eux !!!

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