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dimanche 13 décembre 2009

L’avenir sera «coopétitif» ou risque de ne pas être!

C’est entendu. Le marché-roi a gagné, la compétition et l’individualisme règnent en maîtres absolus sur la planète. Les nouveaux dieux sont le consommateur, le petit actionnaire, l’épargnant au détriment du citoyen.

La crise a porté un méchant coup mais déjà le système se réorganise.

Et pourtant, les citoyens, en France (mais cela est généralisable) sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l’associatif et à y travailler de façon bénévole (même si le bénévolat au sens pur, lui, stagne). La France compte désormais 1 million d’associations regroupant 13 millions de citoyens bénévoles et 1,6 millions de salariés (8% de l’emploi salarié en France!). Entre 1998 et 2002, le nombre de bénévoles d’associations s’est envolé de 25%. Si 25% des associations sont sportives, les autres traitent de tout, allant du culturel/touristique (25%) au caritatif, social, entraide. Bref, les valeurs ici à la hausse sont le désintéressement, l’entraide, la fraternité, la coopération. Il est à remarquer que tout cela ne vaut RIEN dans le PIB (qui ne prend en compte que la valeur marchande).

Tout le paradoxe est que l’on parle des mêmes individus. Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, les citoyens s’enferment d’une part dans un individualisme forcené, avec une défiance chaque jour accrue envers le politique, l’entreprise, les marques et s’ouvrent par ailleurs à leur prochain de façon spontanée? Il y a bien entendu un effet d’échelle, de proximité et d’identification. On est plus enclin à s’associer à son voisin de quartier pour aider les gens de son quartier qu’à une multinationale aux actionnaires répartis aux quatre coins de la planète. Mais l’explication est un peu courte… Ce que rejettent les citoyens, c’est aussi le modèle purement compétitif qu’on leur propose.

Ont-ils tort? Le modèle compétitif est-il le plus à même de nous apporter joie, bonheur et prospérité? Ou seulement le dernier (limitons nos ambitions …). Le dilemme du prisonnier, issu de la théorie des jeux, et conçu dans les années 1950, montre que la compétition ne garantit pas l’optimum pour les différentes parties (et pour l’environnement, la société, …). Les citoyens n’ont donc pas si tort de s’éloigner du modèle compétitif, même si cela se fait sur une base plus intuitive.

Existe-t-il des exemples de substitution au modèle du tout-compétitif? Oui. La recherche universitaire repose sur un modèle coopétitif (je prétendrais bien inventer ce néologisme si je ne l’avais entendu dans la bouche d’Arnaud Montebourg il y a peu à propos des primaires du PS et si Google ne retournait pas 269 hits sur le mot…). Les laboratoires se bagarrent autour du globe dans une compétition féroce (découvertes, articles dans Nature ou Science, Nobel, …), tout en échangeant leurs travaux et en les publiant. Or, la vigueur de la recherche à travers le monde montre que ce modèle est efficace.
Un autre exemple? Les logiciels libres. A l’heure où j’écris ces lignes, des milliers de personnes contribuent à améliorer bénévolement des logiciels. Le temps qu’ils passent à ce travail pourrait être très correctement monnayé là où ils ne récoltent que la satisfaction du travail accompli et un peu de gloire personnelle (restreinte à un petit cercle d’initiés) dans le meilleur des cas. Là aussi, la compétition n’est pas absente. Les logiciels libres sont en concurrence entre eux, ce qui permet de tirer la qualité vers le haut.

Le problème est que ces exemples ne sont que la portion congrue de l’économie (et encore une fois pas mesurés par le PIB). Le défi dont doivent s’emparer les politiques suite à cette crise, c’est de faire basculer l’économie d’un mode tout compétitif à un mode coopétitif. D’abord à une échelle nationale ou européenne (qui serait le cadre parfait pour cela à condition de sortir de l’orthodoxie de la compétition et de la libre concurrence à tout prix). C’est ce qui pourra permettre à terme de renouer le lien entre l’économie et les citoyens.

A retrouver sur LibéBlog.

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