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mercredi 23 décembre 2009

Le biais d'optimisme et la survie de l'humanité

Le biais d'optimisme repose sur l'hypothèse que l'individu accorde plus d'importance à sa perception subjective du risque qu'aux données fournies par son environnement. En bref, il s'agit d'un mécanisme de pensée qui agit de telle façon que nous sur-estimons systématiquement nos chances et sous-estimons systématiquement les risques que nous courrons.

On pourrait croire que cela est réservé à quelques optimistes béats. Mais pas du tout, nous subissons tous ce biais (même moi, pessimiste patenté). La psychologie sociale a multiplié les expériences. Par exemple :

Un groupe de personne a été rassemblé selon un protocole expérimental. Les chercheurs leur ont soumis un questionnaire dans lequel ils devaient répondre à la question, sur une échelle de -4 à +4 : A combien estimez-vous la probabilité de vivre un événement heureux par rapport à votre voisin (ex : devenir riche) ? On découvre que toutes les personnes du groupe sont persuadées d’avoir plus de chance que les autres de vivre cet événement désirable.

Ce qui est étonnant, c'est à quel point cette notion est relativement peu connue du grand public et à quel point elle influence nos vies et le monde économique. Quelques exemples :

- les milliards engrangés par la Française des Jeux chaque année en sont une conséquence directe. Chaque joueur surestime nettement ses risques par rapport à la sécheresse des probabilités (sinon pas grand monde ne jouerait ...)
- moi comme des millions d'autres fument ... en se disant que le cancer, c'est pour les autres (ça marche dans les deux sens ... on sous-estime aussi les risques). On peut remplacer la cigarette par l'alcool/la vitesse en voiture/la drogue etc etc
- les petits porteurs se font souvent plumer en bourse car ils surestiment leurs chances de gain (alors que les pros, eux, font tourner des modèles mathématiques, ce qui permet de réduire l'affect au minimum)

Et l'on peut reboucler sur Copenhague et l'environnement. Tous les individus étant dotés du même biais, chacun, même ultra-bombardé par le catastrophisme des JTs, par YAB, Nicolas Hulot et consors, a toujours tendance à se dire que le pire n'est jamais sur ...

Ce qui est un mystère, c'est pourquoi l'évolution nous a doté de ce biais ? Peut-être tout simplement pour supporter la Condition Humaine ? Sans ce trait particulier, peut-être l'Homo Sapiens se serait assis dans sa grotte, se serait tapé une dépression, jeté façon kamikaze sur un Mammouth et jamais reproduit (oui en y pensant, le suicide ne devait pas être évident à la préhistoire ... pas de cachets, pas de flingue, pas de train, pas de métro, pas de corde, ...). Ce serait en quelque sorte la contrepartie nécessaire à la douleur née de la conscience ... Ou alors l'évolution a fait émerger ce trait pour donner le courage à l'homme de devenir un meilleur chasseur. Si Homo Erectus ou Sapiens avait évalué ses chances face au Mammouth ou au Lynx, peut-être aurait-il continué à manger des baies ... toutes les conjectures sont possibles étant donné qu'il me paraît difficile de mettre en évidence une conclusion inattaquable ...
Notons aussi que ce biais peut-être facteur de progrès : qui serait entrepreneur sans ce trait ? Lindbergh aurait-il traversé l'Atlantique ? les frères Montgolfier se seraient-il élevés dans le ciel d'Ardèche ? Rien n'est moins sur ...

la question désormais, c'est de se demander si ce trait fort de notre espèce, apparu pour des raisons inconnues mais qui semble nous avoir avantagés jusque-là, ne va pas causer notre perte ...

5 commentaires:

  1. Si je réponds objectivement à cette question, ne risquerais-je pas de nier ma propre appartenance à l'humanité ?...

    Ah non, c'est bon ! En effet, ne pas satisfaire un seul des caractères d'une espèce, ne suffit pas à ne pas lui appartenir... Ou alors serait-ce une manifestation de mon biais d'optimisme qui me pousserait à cette conclusion rassurante ?!

    Ah mais non ! Ca ne risque rien ! J'ai tellement moins de risque de me tromper que qui ce soit d'autre !

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  2. La question que je me suis 1000 fois posée, c'est "est-ce que le fait de prendre un risque n'augmente-t-il pas mes chances?"

    Par exemple, dans le groupe de 10 personnes, celui qui prend le risque de monter une boite a quand même plus de chances de devenir riche que les 9 autres, non ?
    Bon évidemment, parmi 10 personnes qui montent une boite, tous n'ont pas de grosses chances de devenir riche mais en ont-ils plus que ceux qui ne le font pas ? probablement oui.

    Bon dans le cas précédent, il n'y a pas que du hasard, mais même en prenant les jeux de hasard justement, il m'a semblé remarquer que plus on prend de risques, plus on a de chances de gagner.

    C'est comme s'il y avait un prime de risque. Une priorité à l'action plutôt qu'à l'inaction.

    Mais à mon avis, cette histoire de biais ne vaut qu'au niveau personnel:
    Par exemple, si tu demandes à 10 personnes "A combien estimez-vous vos chances de devenir riches ensembles tous les 10"?
    Est-ce la même réponse?

    Est-ce que ça ne veut pas tout simplement dire que nous sommes victimes d'un excès de confiance en nous-même et que la modestie n'est pas une qualité très répandue? :-)

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  3. Peut-être aussi que jouer (ou vivre) sans risque présente un intérêt nul. Il fut un temps où je jouais aux cartes (tarot, coinche ou même poker). J'ai toujours trouvé tellement plus agréable de tenter plus qu'il n'aurait été raisonnable de le faire (probabilités à l'appui). La chance doit intervenir en sa faveur pour réussir, indispensable, mais la technique aussi doit jouer. Et alors la réussite est particulièrement remarquable, beaucoup plus que la défaite qui passe quasiment inaperçue puisqu'elle était attendue.

    Cette recherche de gloire, plus ou moins éphémère, peut peut-être expliquer la prise de risque, pour autant elle ne justifie pas le biais d'optimisme. En revanche, en considérant la somme de chances qui nous a mené jusqu'où nous en sommes, depuis le spermatozoïde, heureux vainqueur d'une course qu'il a courue alors même que l'existence d'un prix n'était pas garantie, jusqu'aux mille accidents de voiture qu'on a pas eu en se rendant au boulot ce matin, le constat est évident : trop de la chance ! Pourquoi cela ne continuerait-il pas ?

    Ce constat primaire, voire primitif, est biaisé, absurde : qu'importe ! Des études ont montré que le cognitif n'intervient pas lors d'une prise de décision, seul l'affectif est impliqué. Le cognitif prend le relais une fois la décision prise, pour établir une justification (c'est sans doute pourquoi on entend tant d'argumentaires fallacieux), pour se conforter intellectuellement dans son choix... Nul besoin donc d'être assuré de réussir si l'on veut tenter. Mon avis, et même ma devise, est qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.

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  4. @POD : effectivement, te soustraire au biais d'optimisme ne te soustraira pas de l'espèce. Selon Jared Diamond, que j'ai critiqué sur le blog il y a peu, il y a tellement d'autres choses qui montre la spécificité de notre espèce : l'art (théâtre au hasard) mais aussi tendance au génocide ou consommation de drogues. Sachant que les animaux partagent aussi ces traits (sisi même l'art, des dessins d'éléphant ont été soumis à des spécialistes d'arts contemporains qui ont trouvé ça gêêêêeeniiiiiââââââlll).
    Pour ce qui est de l'appétance au risque, je suis d'accord avec toi, il y aurait une théorie là-dessus. J'ai moi-même joué au tarot, moi-même systématiquement pris des risques inconsidérés car c'est tellement plus fun et aussi systématiquement pris des grosses branlées ...
    J'aime bien ta référence aux spermatozoïdes, cela pourrait faire une théorie ... étant donné que nous sommes le fruit d'un hasard dément ("against all odds"), cela nous porterait à croire en notre bonne étoile.
    Et oui, tu as raison, le cognitif joue un rôle congru dans la prise de la décision mais participe de la "justification a posteriori" qui permet à notre cerveau de recoller les morceaux (la psyché ne supporte pas les décisions erratiques d'où la nécessite de reconstruire après coup une belle histoire cohérente ...).

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  5. @Stef : intéressant ta question ... c'est comme la pub "100% des gagnants ont tenté leur chance non". Mais je pense que ton raisonnement est biaisé. Celui qui prend des risques a plus de chances de gagner, c'est certain (ce que les ricains résument par "no pain no gain"). Si tu joues au Loto, tu as plus de chance de gagner. Si tu montes au boîte, tu as plus de chance de gagner qu'en restant fonctionnaire. Mais tu ne regardes que la probabilité de gain, pas le ratio bénéfices/pertes. Si tu joues au loto, tu as plus de chances de gagner mais tu as la certitude de perdre du blé à court terme. Si tu quittes ton job de fonctionnaire pour lancer un OS, tu peux devenir le nouveau Bill Gates ... ou te retrouver au RMI. Et la seconde proposition a plus de chances de se réaliser !
    Quant au fait que le biais d'optimisme n'agisse qu'au niveau individuel, 100 fois OUI. Il n'est qu'à regarder les sondages. Quand tu poses la question aux gens : "pensez-vous que l'avenir va se dégrader pour les français ? la France ? les autres", l'immense majorité dit OUI. Si tu demandes la même chose à titre personnel, les réponses sont beaucoup plus mitigées ... Mais c'est une conséquence du biais d'optimisme. Tu penses que tes chances sont plus fortes que la réalité donc que celles des autres. Si tu agréges tes chances (fortes) + celles des 9 autres (faibles), le barycentre va être faible ...

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