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jeudi 3 décembre 2009

Libéralisme, gros mot du début de siècle

Le mot libéralisme est devenu un gros mot, un mot tabou, d'autant plus avec la crise. Un sondage TNS-Sofres récent montre que le mot a une connotation positive pour 46% des français et négative pour le reste. Certes, il y a pire (capitalisme, profit, mondialisation). Le clivage est marqué entre droite et gauche. Le mot libéralisme est rejeté par l'immense majorité des sympathisants de gauche et soutenu par une faible majorité des sympathisants de droite.
Mais qu'est-ce au juste que le libéralisme ?
Prenons la définition du dictionnaire. Larousse 1997. Pas récent mais bon ...
On a droit à TROIS définitions :
1. Doctrine économique selon laquelle l'Etat ne doit pas, par son intervention, gêner le libre jeu de la concurrence
2. Doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l'Etat au profit des libertés individuelles
3. Fait d'être libéral, tolérant

On a donc trois définitions très différentes les unes des autres ... La première correspond au libéralisme économique, souvent à tort simplifié en "libéralisme", qui prône une intervention la plus limitée possible de l'Etat dans la conduite des affaires économiques, schéma représenté à son extrême par le Reaganisme et le Tchaterisme au début des années 80. La seconde à une philosophie politique visant à donner un pouvoir aux citoyens. La troisième correspond plus à la notion de liberal à l'américaine. Et on voit que les valeurs défendues ne sont pas du tout du même ressort !
Si on devait les classer sur l'échiquier politique français, le 1. ne serait quasi plus représenté. S'il l'était, ce serait nettement à droite. Le 2. est une valeur de droite, la gauche prônant un rôle pilier de l'Etat vs les citoyens (conception plus jacobine de la République), le 3. est plus à gauche, au centre-gauche disons ...

Pour s'y retrouver, Pierre Manent, agrégé de philo, directeur d'études à l'EHESS a écrit ce petit traité de philosophie politique très bien fait quoiqu'un peu aride :



L'auteur balaye les différentes formes de pouvoir qui sont apparues au fil des âges (les cités, empires, ...) pour comprendre quand a germé l'idée du libéralisme. Il convoque Hobbes, Locke, Montesqieu et Rousseau pour en comprendre la génèse et pour finir avec Tocqueville. D'où il apparaît que le fondement du libéralisme est le primat de l'homme sur le système, la croyance que la somme des individus est plus forte que le système qui représente ceux-ci, idée qui peut bien sûr être contestée mais qui est bien différente, je pense, que ce que les français rejettent dans ce sondage (qui est le "libéralisme économique" .. qui par ailleurs, n'est plus que très peu appliqué à la lettre à part peut-être en Russie et par l'UE)

9 commentaires:

  1. Libéralisme est devenu synonyme de capitalisme, c'est de cela que vient le rejet principalement.
    L'intervention de l'Etat fait moins peur semble t'il que l'intervention des chefs d'entreprise. L'inverse se produit dans les pays anglo-saxon, où un Etat fort et sa bureaucracie associée inspire plus d'inquiétude.
    Après la notion même de "liberté" du libéralisme peut être trompeuse, à quel point l'individu est réellement libre de ses choix et doit en assumer les conséquences ?

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  2. Tout le monde connaît le poncif "la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres".
    Le problème du libéralisme économique tel qu'il a dérivé jusqu'à aujourd'hui, c'est que la liberté de quelques-uns à être immensément riches (et oisifs et pollueurs avec leurs gros 4x4) se traduit par une liberté de plus restreinte des autres (qui travaillent le dimanche, pour payer leur loyer de plus en plus cher, pour rembourser la plan de soutien de l'économie, pour financer une économie verte etc.)

    En matière d'économie, l'argent est peu à peu devenu un passe-droit, un privilège (comme on disait au moyen age).
    - Il permet de polluer
    - de se conduire de manière irresponsable et immorale (on a vu en pleine crise des traders se faire de l'argent en spéculant sur le dos de l'état, des directeurs vendre leur stock-options à la sauvette, des banquiers encaisser sans rougir des retraites chapeau mirobolantes)
    - de ne plus travailler (l'argent produisant de l'argent tout seul).

    Or aujourd'hui, le mondialisation, la communication et les problèmes écologiques nous ont fait prendre conscience du petit monde qui est le notre.
    Sa beauté et sa diversité nous est également de plus en plus révélée par les explorateurs, les scientifiques et les médias.
    Le monde dans son ensemble nous est devenu plus précieux, il est devenu notre jardin.

    Alors, je te le demande:
    Si quelqu'un de "libre" venait chier dans ton jardin et te payait 500€ pour ramasser la merde: l'accepterais-tu ?

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  3. @Laurent : tu sous-estimes la complexité de tes compatriotes. Ce que dis le sondage :
    - libéralisme est rejeté par 53% des gens
    - le capitalisme c'est BIEN pire : 72% des gens
    - la mondialisation a la palme : 73%
    Aux chiffres notables : travail (9%), entreprise privée (27%), argent (28%), consommation (34%), nationalisation (52%)
    Bref, les gens sont contre le capitalisme mais pour la consommation, l'argent et l'entreprise privée. Paradoxe n°1.
    Ensuite, ils rejettent à même % le libéralisme et les nationalisation. Paradoxe n°2.
    Encore plus savoureux : 28% des gens ont confiance en leur entreprise mais seulement 12% dans le public et 41% dans les TPE !
    Encore plus fort : 76% des employés du privé pensent que leur boîte est solide mais seulement 62% des fonctionnaires !! Et 26% des fonctionnaires pensent que leur patron se souci de leur avenir contre 45% dans le privé.

    Bref, les français sont contre le capitalisme mais pour la société de consommation et contre le libéralisme mais ont plus confiance dans l'entreprise que dans l'Etat.
    Sont fous ces gaulois ...

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  4. @Stéphane : bon cas de figure ... jusqu'où peut-on se vendre ? des putes officiant pour (bien) moins que ça, tu as une idée de la réponse (en général, pas la mienne, c'est NNNNOOONNNN !).
    Et tu as raison là-dessus ... l'argent rend libre, le travail rend libre puisqu'il produit de l'argent, (les Nazis avaient au moins raison sur un truc ...) ... libre y compris de faire chier les autres.

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  5. Oui, c'est assez connu des économistes que la protection sociale ne rend pas les gens heureux.
    C'est le problème de l'assistance, les gens finissent par croire qu'ils ne savent plus rien faire par eux-même (sans le concours de l'état), ce qui du coup renforce leur sentiment d'insécurité.
    Beaucoup d'études montrent également qu'il vaut mieux une protection sociale faible mais une mobilité forte:
    Par exemple, si les gens ont le sentiment qu'en tombant dans une mauvaise situation, ils peuvent s'en sortir facilement, ça les rassure davantage.
    Ce qui est important c'est de savoir qu'on a la possibilité de se sortir d'une mauvaise situation.
    Cela rejoint une analyse publiée sur libération par l'illustre Nicolas Quint concernant la mobilité entre les insiders et les outsiders.
    Ce qui rend le fait de devenir outsider dramatique en France, c'est qu'on n'a pas le sentiment qu'on s'en sortirait facilement.

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  6. Ouaip c'est tout le probleme. Perdre son job, c'est pénible, ne pas en retrouver c'est dramatique. On cumule tous les handicaps : marché du travail sclérosé, insertion des jeunes problématique, discrimination latente contre les minorités ethniques, discrimination patente contre les seniors ...
    Pourtant, c'est pas faute d'en parler ("la sécurisation des parcours professionnels") mais ça ne bouge pas ... Peut-être faut-il que la génération des baby-boomers rende les manettes ... ça ne saurait tarder !

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  7. A savoir également que le sondage est une méthode de mesure numérique qui révèle peut-être aussi autre chose : on ne peut pas enfermer des affects dans des catégories sans tomber dans quelques incohérences... Je ne dis ça que pour signaler le fait que notre société fonctionne de plus en plus de cette façon, en qu'en retour, les cartes se brouillent et les positionnements sont difficiles, voir incohérent. L'"homo cartesanius", pendant de l'homo-oeconomicus, modèle cher à nos leaders d'opinion, connait quelques difficultés de fonctionnement. Un boulon à visser, certainement...

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  8. Ouais t'as raison, c'est pas vraiment comme si je croyais à 100% aux sondages. Et puis, le biais des questions ... "Faites-vous confiance à l'ignoble système libéral responsable de millions de personnes à la rue et de la famine en Afrique ?"

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  9. je vous conseille le lecture des oeuvres de Maurice Allais, seul prix nobel Français (98 ans).

    Le seul également à avoir expliquer en 1998 ce qui nous arrive aujourd'hui.
    A+

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