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mardi 29 décembre 2009

Ma mère ne sait pas ce que je fais dans la vie ... et la vôtre ?

Il fut un temps où existait le concept de métier. il y avait une liste relativement réduite et bien identifiée : les commerçants (boulanger, épicier, ...), les négociants, les agriculteurs (propriétaires, éleveurs, saisonniers, palefreniers, ...), les notables (notaire, instituteur, maire, ...) et les fonctionnaires (gendarmes, pompiers, état-civil, ...). L'avantage était que ces métiers étaient connus de tous. Si l'on déclinait son métier, tout un chacun savait immédiatement en quoi consistait votre occupation, dans quelle classe sociale vous vous trouviez. Vos parents, enfants savaient également à quoi s'en tenir.

La révolution industrielle et le Fordisme a apporté son lot de nouveaux métiers (ouvrier, OS, contremaître, chargé de maîtrise, ...) mais sans fondamentalement changer cet état de fait.

Depuis une trentaine d'années, la tertiarisation (qui concerne 70% de la population) et la nouvelle organisation du travail a considérablement changé la donne. Bien sûr les métiers existent encore (pompiers, gendarmes, commerçants, agriculteurs, ...) mais ils concernent une minorité d'individus. Pour les autres, on ne peut plus parler de métier. Cela a été remplacé par le terme fourre-tout de profession que l'on retrouve sur tout un tas de formulaires administratifs, d'inscription à des services et organisation diverses (banque, assurance, ...). Mais qu'est-ce au juste qu'une profession ?

La nomenclature FAP2003 recense 237 familles professionnelles. Sachant quelle celles-ci sont très loin de présenter une granularité suffisante. Exemple : les ingénieurs et cadres de l'industrie ne constituent que 3 familles ...
Le code ROME ANPE, lui, démarre avec 22 familles de niveau 1 pour aboutir à ... 10.000 activités ! Autant dire qu'on est bien loin de la notion de métier connu de tous.

En fait, pour une majorité d'activité tertiaire, un glissement s'est opéré de la notion de métier vers la notion de fonction voir de titre. La portée de ces notions est très limitée. Pour les plus larges, la fonction est connue dans la branche d'activité ou de spécialisation. Pour les plus étroites, la fonction/titre est connue à l'intérieur de l'entreprise seulement. On a également tout une classe de fonctions-valise tels que "chef de projet" ou "chargé de mission" qui veulent tout et rien dire et donc le contenu peut varier considérablement d'une société à l'autre. Tout ceci est dérivé d'une individualisation des tâches et métiers et d'une hyper-spécialisation.

Dès lors, affublé de votre titre/fonction, il est bien difficile à un interlocuteur à qui vous déclinez ce qui vous sert de "profession" de savoir ce que vous pouvez bien faire de vos journées. Selon les mots-clefs contenus dans le titre (chef/directeur/...) , il pourra éventuellement deviner votre classe sociale. Pour en revenir à mon titre, il devient très complexe d'expliquer à ses proches en quoi consiste son activité, en tout cas, pas sans développer pendant de longues minutes.

Ce qui me laisse pantois, c'est que, malgré ce changement drastique, tous les formulaires de tous poils continuent d'avoir une case profession. A chaque fois, je suis gêné aux entournures quant il me faut décliner ma profession. Très souvent, cela ne sert absolument à rien à l'interlocuteur qui ne cherche qu'à remplir sa case ! Par exemple, les médecins, aidés par des softs had oc, vous font remplir des fiches où figurent la sacro-sainte profession ... à quoi cela lui sert-il pour vous soigner ? Idem pour les classes où la maîtresse démarre l'année en demandant la profession des parents ... (dans quel but ? saquer les gosses de médecin parce que le sien n'a pas repéré sa hernie l'année dernière ?)

Mais je pense que le comble du ridicule est atteint dans les cérémonies de mariage. Il a du être un temps où cela pouvait être utile de savoir que Armand-le-boulanger marriait Annette-la-fille-de-l'épicier. Mais le rituel n'a pas changé d'un iota. Et donc aujourd'hui, les conjoints et leurs parents se retrouvent devant le même embarras que moi pour décliner leur "profession" et finissent par donner leur titre/fonction, ce qui conduit à des sentences ridicules du style :
"Stéphanie Guillemette Durand, chef de projet, fille de Robert Durand, fonctionnaire échelon 3 grade 7, et de Louisette Durand née Dumont, aide-infirmière en service de réanimation néonatale, acceptez-vous de prendre pour époux Laurent Alphonse Poulard, consultant expert en technologie Java, fils de Gérard Poulard, directeur adjoint de la production des filets de poulet surgelés et de Armande Poulard née Rebochon, puéricultrice spécialisée en rééducation du langage en environnement multi-linguistique ?"

Bref, le monde est ce qu'il est, mais, de grâce, supprimez le champ profession des formulaires !!!

2 commentaires:

  1. Moi, cadrillon du privé, j'ai souvent envie d'écrire : profession = joueur de pipotron !

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  2. :)
    J'envisageais aussi (pour moi) : trieur et forwardeur d'emails ...

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