BO du Blog

samedi 2 janvier 2010

Dexter et le déterminisme

La saison 4 de la très bonne série Dexter est terminée. C'est l'heure des bilans. L'excellent blog Le monde des séries sur le site du Monde, en a profité pour sortir un post donnant une analyse assez fine de la série (attention, spoilers pour ceux qui n'ont pas fini la saison 4 !).

J'adhère à l'analyse qui en est faite qui, en gros, postule que la série est constituée de boucles qui se referment, nourrie par la quête d'identité et la relation au père, celle-ci prenant à contrepied la tragédie classique en le sens où Dexter en cherche pas à tuer le père mais en écoute les enseignements (non sans quelque rébellion dans la saison 4).

Cette relation père-fils est bien au centre de la série avec le père de Dexter (Harry) présent dans l'inconscient de son fils par delà la mort avec la technique, inaugurée (avec plus de subtilité) dans Six Feet Under (avec Nate Fisher) qui consiste à faire figurer le mort en chair et en os (l'image possédant ce désavantage sur la littérature quant à la représentation des sentiments et des pensées inconscientes).

Mais surtout, pour moi, Dexter est une série profondément déterministe. En effet, chaque personnage est construit, façonné, forgé, par son enfance ou par un événement profond lors de celle-ci. C'est évident pour le personnage de Dexter et sa seconde naissance au fond d'un conteneur. Il a beau se débattre, son destin le rattrape immanquablement, le laissant incapable de dépasser ce par quoi il a été forgé. Il partage cette sinistre malédiction avec son frère (L'Ice Truck Killer de la saison 1). Cela vaut aussi pour le fantastique Villain de la saison 4, Trinity. Mais aussi pour la plupart des personnages de la série : Debrah, workalcoholic hantée par les fantômes du passé paternel et vouée à reproduire des schémas amoureux autodestructeurs, mais aussi Vince Masuka ou encore Rita (là encore dans une quête amoureuse vouée à l'échec).
On a une vision profondément noire de l'existence que ne renierait pas Houellebecq (cf Les particules élémentaires). Pas de rédemption possible, pas d'évolution profonde. Chacun se débat, essaie de changer mais est tôt ou tard rattrapé par la matrice qui l'a forgé. C'est au fond aussi l'essence du Harry's code qui dénie tout droit à la seconde chance aux victimes de Dexter.

Mais le concept qui pour moi a le plus d'impact, de résonance personnelle, est celui de dark passenger. Dexter lutte en permanence contre cette facette de lui-même qui menace en permanence de prendre le volant à sa place et de l'envoyer dans le mur. C'est je pense la métaphore à l'extrême de ce que nous avons en chacun de nous, un dark passenger, certes pas un serial killer mais des penchants et travers qui menacent parfois de nous submerger et avec lesquels nous serons amenés à composer toute notre vie durant. A nous d'apprendre à les apprivoiser.

Quant au déterminisme, je serai moins extrême que Houellebecq ou Dexter là-dessus, pensant ou du moins espérant que l'Homme a un espoir de changer, au moins à la marge. Mais peut-être suis-je dans le déni et l'illusion. En cela, la série porte les germes de sa propre fin rapide. Les personnages étant enfermés dans une boucle qui les ramènent à leur point de départ psychologique, ils ne peuvent évoluer et diminuent donc l'espérance de vie de la série ... En cela, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur du blog Le monde des séries disant que la série pourrait (devrait ?) se contenter de ces quatre saisons. Le succès étant, cela est peu probable. Peu probable aussi que je boude mon plaisir de me lancer dans une cinquième ...

3 commentaires:

  1. Jamais vu cette série mais cela a l'air de faire mal partout ;-)) Dexter miné ?

    RépondreSupprimer
  2. CHANGEMENT DE PARADIGME

    Commentaire déjà proposé sur le site seriestv.blog.lemonde.fr

    Attention SPOILER.

    Je profite de ce post sur la fin de la saison 4 pour poser une petite question qui me trotte dans la tête : avez-vous perçu un changement de paradigme dans la justification des meurtres de DEXTER lors de cette saison ?

    En effet, il me semble que lors des premières saisons de cette série, la justification de DEXTER des meurtres qu’il commet, en suivant son code fourni par son père, était de s’autoriser son rituel meurtrier à la seule condition que ses victimes, par ailleurs sérial-killer, n’avaient pas pu être jugés et condamné par le système légale (déficience du système, manque de preuve obtenue par des moyens légaux, etc…). Il semblerait que DEXTER désormais ne suive plus du tout cette partie de son code puisqu’il cache volontairement des preuves qui pourraient aider la police à trouver le sérial-killer, l’arrêter et le traduire en justice. Ce qui pouvait alors apparaitre dans les premières saison comme “relativement morale” semble (éliminer de la société des sérial-killers qui avaient échapper à toute condamnation) être de plus en plus immoral. D’ailleurs DEXTER ne manque pas de se tromper et assassine un innocent, pas très sympa, il est vrai, mais bon innocent quand même ! Ca semble lui poser quelques tracas d’ordre moral mais ca ne dure pas bien longtemps. Avez-vous perçu ce changement comme moi ? Est-ce à votre avis volontaire et assumé de la part des scénaristes ? Est-ce du cynisme ou au contraire met-on fin à l’hypocrisie ? Cela n’est qu’une série bien sûr mais que regardons nous vraiment ? Bref, DEXTER ressemble de plus en plus à Charles Bronson non ?

    RépondreSupprimer
  3. Analyse intéressante. Effectivement, il y a un changement. Je ne parlerais pas de changement de paradigme et encore moins dévolution à la Charles Bronson !
    Déjà, il y a un aspect conjoncturel : le fait d'avoir une famille laisse moins de temps à Dexter pour "blinder" les cas, faire les vérifications auxquelles ils apportait un soin maniaque en saison 1. Sur le cas Trinity, le cas le plus flagrant où il joue contre son camp, c'est aussi que si Trinity est arrêté, et vu son implication auprès de Trinity, il va lui même tomber ...
    Mais c'est vrai que, dans cette saison 4, Dexter prend beaucoup de libertés avec le code de Harry. Je pense qu'il faut aussi revenir à la "nature" de Dexter. Ca n'est pas un type qui s'est mis en tête de devenir un vengeur. C'est un gamin traumatisé qui a développé des instincts de tueur. Son père a alors canalisé ses pulsions pour les rendre en quelque sort "utiles à la société". J'ai l'impression qu'au cours de cette saison 4, la "vraie" nature de Dexter (être un serial killer) reprend le dessus. Il exprime plus fréquemment sa jouissance de la "chasse" à ses victimes, le bonheur de se libérer de sa famille pour laisser libre cours au "dark passenger".
    Plutôt qu'un changement de paradigme, j'ai l'impression que le tueur se défait un peu de sa laisse et donne plus libre cours à ses instincts pulsionnels ...

    RépondreSupprimer