BO du Blog

mardi 19 janvier 2010

The eternal flame

Estelle Mouzin is back.
La plus célèbre enfant disparue de France est de retour ... puisqu'une photo "vieillie" par ordinateur est publiée pleine page dans Le Parisien aujourd'hui (En France) - avec toute l'incertitude que cela comporte. J'ai du mal à croire qu'un logiciel, aussi bien fichu soit-il, puisse prévoir l'évolution physique d'un gamin entre 9 et 16 ans ... que le même soft prévoit la tronche que j'aurai à 45 balais, soit mais entre l'enfance et l'adolescence ... le soft sait-il si vous allez avoir des vilains boutons d'acné ?
Rappelons que cette petite fille a été enlevée il y a 7 ans (le 9 janvier 2003). Elle aurait aujourd'hui donc 16 ans.
La ténacité des parents me laisse songeur. Ils ont déployé des efforts énormes depuis la disparition : avis de recherche, interpellation des politiques, parutions dans la presse, marche silencieuse (1.200 personnes). Plusieurs pistes ont été évoquées sans succès : une perquisition suite à des restes humains retrouvés, Fourniret, des photos pédophiles sur un site Estonien, sans compter les milliers d'appels de gens qui pensaient avoir vus la gamine ici ou là, à Dunkerque ou Hawaï (très honnêtement, la probabilité que quelqu'un reconnaissance une gamine d'après la photo et puisse la localiser est relativement faible mais 7 ans après, ça confine à la chance qu'un astéroïde percute la Terre demain matin).
Ce qui me fascine, c'est la durée de leur engagement ainsi que la visibilité. Des gens disparaissent par milliers chaque année. Des enfants aussi, par dizaines. A cet âge, on peut exclure la fugue donc c'est forcément quelque chose de pas très bon. 7 ans après, plus de 2.000 jours donc, les parents continuent de se battre et de médiatiser l'affaire. Parmi tous les gosses disparus, c'est CE nom là qui est dans la mémoire des français.
J'avoue que ça me fascine. C'est à la fois admirable, pathétique et terriblement triste. Car quelle est la probabilité que cette enfant soit vivante ? Elle est très certainement enterrée quelque part et ne ressortira que si un animal ou un humain tombe sur l'endroit où un pervers l'a mise. Evidemment, on peut imaginer qu'elle ait été enlevée, prostituée quelque part, sans accès au monde, sans croiser un téléphone, tellement camée qu'elle a oublié jusqu'au souvenir de ses parents ... peut-être ... Cela montre surtout que le cerveau humain est capable de beaucoup de choses mais qu'il est incapable d'une chose : SE RESIGNER. Pour le meilleur comme pour le pire ... les juifs du ghetto de Varsovie se sont révoltés, ceux des camps jouaient de la musique ou fabriquaient de dérisoires poupées de chiffon pour leurs enfants en attendant d'être gazés ... L'instinct de vie et l'espoir sont chevillés en nous comme du lierre sur un mur.
L'horreur dans cette histoire, c'est que cet instinct se retourne contre les parents. Je ne pense pas que des parents puissent se remettre de la mort d'un enfant dans ces circonstances. Mais le temps doit permettre d'apaiser un peu les plaies. Mais dans ce cas, les parents sont bloqués par un espoir sans fin, condamnés à vie à ressasser les millions de possibilités improbables d'issues heureuses ou malheureuses. Torture morale à perpétuité. Comment peuvent-ils dormir ? Alors ils noient ce désarroi dans l'action, qu'ils mènent de façon très forte puisqu'encore une fois, leur enfant est LE symbole des enfants disparus. Là aussi, ils sont condamnés à mener ce combat à perpétuité car le jour où ils arrêtent, ils risquent de s'effondrer comme des poupées de chiffon.
L'irone cruelle de la chose, c'est que nous sommes dans un monde où tout est tracé, où le pekin moyen peut scruter la Terre avec Google Earth, où la vidéo-surveillance fleurit, où nous sommes tracés en permanence par notre carte bleue ou notre GSM, où les satellites militaires peuvent voire la tâche sur votre chemise laissée par les carbonara que vous avez mangés à midi ... mais trouver un individu parmi la multitude est toujours aussi difficile, que l'on s'appelle Estelle Mouzin ou Oussama Bin Laden ...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire