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samedi 16 janvier 2010

Haro sur les stock-options ? ou haro sur le populisme ? - Résultat d'exploitation(s)

Les stock-options, après avoir connu leur heure de gloire au moment de la bulle Internet, font aujourd’hui l’objet de toutes les critiques. Comme souvent, on brûle ce qu’on a aimé. Entre ces deux positions extrêmes, qu’en est-il?

Les politiques (notamment de gauche - sans aller chercher aux extrêmes, un Arnaud Montebourg s'est déjà déclaré pour la suppression pure et simple des stock-options- tentation populiste manifeste concernant un système qui rime avec excès et qu'une majorité de français ne comprend pas ou mal), les médias et la population ont aujourd’hui une très mauvaise opinion des stock-options. Celle-ci est principalement causée par des abus manifestes. Arrêtons-nous sur ces abus pour pouvoir analyser sereinement l’outil en lui-même:

- Attributions par les conseils d’administration (CA) hautement consanguins de nombre de stock-options très élevé à un très petit nombre de dirigeants au moment le plus opportun (quand le cours de bourse est bas) pour augmenter le gain potentiel. Le seul changement post-crise intervenu sur pression du MEDEF (qui cherche à moins prêter le flanc aux critiques sur le sujet) est que le nombre de sociétés du CAC40 où les stock-options sont assujetties à des conditions de performance a augmenté (70 contre 45%).

- Par ailleurs, et on sort un peu du cadre des stock-options, la détention par des membres du CA ou de l’exécutif d’une entreprise d’actions de celle-ci, qu'elles proviennent de stock-options (levées mais non vendues immédiatement, données sous forme d’actions gratuites, ou achetées par les intéressés) relève du non-sens absolu. En effet, comment ne pas faire de délit d’initiés pour ces porteurs? L’affaire Airbus/EADS l’a montré. Noël Forgeard, dans un exercice de tartufferie de haut-vol avait préféré plaider l’incompétence (il n’était soi-disant pas au courant des retards sur l’A380) que la faute (le délit d’initiés).

Ces dérives sont abondamment fustigées par notre exécutif politique mais aucune mesure contraignante n’est prise. Pourtant, elles seraient relativement simples:

- Fixer un ratio maximal entre le nombre de stock-options détenues par les membres du CA, l’exécutif et les 1 ou 2% de salariés les mieux payés (premier groupe) d’une part, et les autres salariés d’autre part (second groupe) -Pas irréaliste? Une preuve: N.Sarkozy (interview au Monde, le 23 janvier 2008): "Je n’aime pas l’idée de stock-options réservées à un petit groupe de cadres dirigeants. Je suis très tenté par l’idée de plans de stock options pour tous ou pour personne".

- Obliger les porteurs de stock-options du premier groupe à une revente immédiate en cas d’exercice des stock-options pour prévenir la détention d’actions dans les sociétés côtées en bourse.

- Interdire la possession d’actions pour les membres du premier groupe dans les sociétés côtées (à part dans le cas d'un fondateur d'entreprise introduisant sa société en bourse; on peut alors imaginer un droit de revente partiel annuel).

- Mettre un frein (interdire?) aux attributions gratuites d’actions.

Aucune de ces mesures n’est envisagée ce qui dénote la faible volonté politique au plus haut niveau hors les cris d’orfraie populistes. La seule loi votée sous le quinquennat actuel est datée du 16 octobre 2007 et est proprement ubuesque. Elle soumet les entreprises attribuant des stock-options à une taxe dès l’attribution. Ce qui veut dire que l’entreprise va payer aux URSSAF une taxe pour une plus-value qui a les plus grandes chances de n’avoir… jamais lieu ou, si c'est le cas, 4 ans plus tard (la fiscalité française assurant de facto un lock-up de 4 ans).

De plus, cette taxe est assise sur la valeur de l’action alors que la plus-value potentielle est assise sur le différentiel entre la valeur au moment de l’attribution et le moment de l’exercice. Bref, une loi qui n’a pas été élaborée pour résoudre un quelconque problème (cela n’empêchera pas les grands patrons de se distribuer massivement des options mais plutôt les PME d'en distribuer aux salariés) mais pour renflouer les caisses de l’Etat.

Après cette longue introduction vouée aux dérives, qu’en est-il des avantages?

- Faire participer les salariés aux revenus du capital de l’entreprise (ce qui permet de répondre, en partie, à l'antienne opposant revenus du travail / revenus du capital).

- Valoriser le salarié.

- Permettre au salarié un revenu complémentaire si l’entreprise, collectivement, marche bien. Bien entendu, ce revenu aléatoire voire hypothétique ne doit pas venir en remplacement du revenu principal et fixe qu’est le salaire mais en sus.


- Elle permet aux petites sociétés d’attirer des talents qui, sans cela, choisiraient le confort et les avantages des grands groupes.

En cela, il s’agit d’un outil utile et performant, s'il est bien géré. Je suis moi-même titulaire de stock-options, je l’ai été de différentes sociétés depuis 12 ans maintenant. Notons que je n’ai jamais gagné un centime… Là encore, la communication doit être calibrée. Donner de trop grosses espérances comme au temps des start-ups Internet où les salariés calculaient tous les jours les centaines de milliers d’euros qu’ils allaient gagner (et qu’ils n’ont la plupart du temps jamais gagnés) ne peut engendrer que déception et amertume. Personnellement, quand je suis chargé d’annoncer à un salarié qu’il devient titulaire de stock-options, je prends toujours garde de valoriser le geste et à mettre en garde sur l'aspect financier («voyez cela comme un bon de loterie, mettez le dans un tiroir, oubliez-le. Sauf qu’ici, vous pouvez agir à votre niveau pour augmenter les chances de gagner à la loterie»).

En résumé, je pense qu’il s’agit d’un très bon outil qui doit être manié avec précaution par les RH et encadré par la loi (ce qui ne veut pas dire augmenter la taxation qui est déjà relativement lourde). Le miroir grossissant des médias tend à résumer le monde de l’entreprise aux entreprises du CAC 40: ça n’est pas le cas. Et les stock-options sont, en l’occurrence, un outil plus adapté aux PME (tout en soulignant que le fait qu'une entreprise ne soit pas côtée en bourse rend plus difficile l'effectivité d'un plan de stock-options par illiquidité, ce qui est un frein ...), ce que résumait de façon extrême (iste ?) François Bayrou récemment (Les stocks-options sont »un système parfaitement judicieux pour les petites entreprises», mais pas «pour les sociétés installées du CAC 40»)

8 commentaires:

  1. Dans ma world company, ce sont plutôt de gros "bonus" qu'ont les dirigeants. Plus tu es haut plus tu touches ! Moi j'ai quelques attributions de "stock options" qui ne valent pas le papier où ceci est imprimé... Ceci dit, j'ajoute qu'un haut dirigeant qui échoue devrait tout perdre et ses golden mannes re distribuées aux autres salariés... Sur ce terrain : "Revolucion siempre !"

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  2. On est d'accord ... qu'un dirigeant touche une "prime de risque" soit ... mais s'il échoue, qu'il soit sanctionné !
    Aujourd'hui, c'est le règne de l'impunité. Un dirigeant peut jouer au casino, faire tapis, se barrer avec un parachute doré et en plus, être quasi sur de se recaser ailleurs. Comment s'étonner qu'ils essayent ?

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  3. Monsieur Quint,

    Il me semble que vous avez déjà publié cet article mot pour mot sur votre blog Libé en décembre : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2009/12/haro-sur-les-stosckoptions-.html (au passage merci pour la fonction bloquant le copier-coller, très pratique pour mettre une url complexe).

    Et qu'Arnaud Montebourg a réagi dans un commentaire à vos écrits qui caricaturent ses positions, ce dont vous avez pris acte. Pourquoi par conséquent avoir réïtérer en faisant abstraction de sa mise au point ?

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  4. Bah les stocks option récompense essentiellement celui qui est au bon endroit au bon moment.

    Quant au copier coller il vaut le coup ne serait-ce qu'à la lumière des comentaires zélés des suivants de M Montebourg. Leur algorithme de recherche est fort performant et le jour où ils seront au pouvoir il y aura de quoi s'inquièter...;

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  5. @Guillaume : je suppose que vous faites partie du staff de comm d'Arnaud Montebourg ? j'avoue être bluffé par la réactivité dont vous faites preuve, c'est incroyable ... Bon, j'imagine que vous utilisez les Google Alert. J'avais déjà été bluffé par le "démenti" sur le blog Libé mais là, sur un blog perso ... Je me demande sincèrement quelle masse de travail (et qui la finance ?) cela représente pour scruter chaque page où Arnaud Montebourg apparaît (il doit y en avoir un paquet) et vérifier que ce qui est dit est adéquat ... J'avais d'ailleurs fait un post là-dessus : http://toumenerve-quint.blogspot.com/2009/12/big-internet-is-watchin-u.html
    Bon, je vais remettre en comment ici les échanges qui avaient eu lieu sur le LibéBlog. Cela n'avais pas été un rectificatif ! Mr Montebourg (ou plutôt son staff ...) avait rectifié en disant que sa position n'était pas celle que je mentionnais. Or, la position que je mentionnais était SOURCEE, il se trouve juste que Mr Montebourg a changé de position, ce qui ne le dispense pas d'assumer ses positions précédentes ...
    Ce que j'avais volontiers admis, c'est que ce type de proposition (qui consiste à jeter le bébé avec l'eau du bain) n'est certes pas l'apanage de Mr Montebourg. J'avais également admis que Mr Montebourg n'est pas plus populiste que d'autres hommes politiques, il cède à des travers comme d'autres, certes ni plus ni moins.
    Et je n'ai pas de volonté de "taper" sur Mr Montebourg !
    Enfin, si vous souhaitez me faire parvenir un texte précisant la position de Mr Montebourg sur les stock-options, pourquoi sa position a changée entre 2006 et 2009, pourquoi supprimer les stock-options dans les sociétés cotées et ce même pour les salariés (sachant que c'est dans ces sociétés que réside la principale modalité d'application possible du mécanisme), je serai ravi de la publier tel quel sur ce blog et d'"offrir ma tribune".
    Je serai également vivement intéressé de savoir comment fonctionne votre fonction de "veille" des propos de Mr Montebourg sur Internet, méthode que je ne condamne pas (j'imagine juste ce que ça donnerait dans des mains mal intentionnées !) mais qui montre que Mr Montebourg est en pointe sur le sujet et qu'il a réellement pris conscience de la montée en puissance d'Internet dans la comm politique (tous les politiques le disent mais je ne suis pas certains que tous le pratiquent aussi bien ...). Là encore, vous avez tribune libre sur ce blog à ce sujet !

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  6. --- Réaction de Arnaud Montebourg sur le blog Libé dont est issu ce post publiée à la demande de son staff ----

    Monsieur,

    Je vous remercie de remarquer que la question des rémunérations dans les entreprises, et en particulier des stock-options, est un sujet qui me tient particulièrement à coeur et sur lequel j'ai eu l'occasion de m'exprimer et de défendre des propositions de loi.

    Dans cette perspective, je vous invite à rendre compte avec exactitude des propositions et des expressions que j'ai pu formuler en la matière en tant que Député car contrairement à ce que vous écrivez je ne suis pas favorable à la suppression pure et simple des stock-options.

    Je considère qu'il faut revenir à l'esprit initial des stock-options qui doivent constituer une forme de rémunération complémentaire réservée aux PME et interdite aux grandes entreprises côtées en bourse.

    Comme j'ai eu l'occasion de l'exprimer notamment auprès de la rédaction de l'Internaute dont vous trouverez la vidéo en suivant le lien ci-dessous, je considère qu'il est anormal et pervers d'indexer la performance de cadres et de dirigeants sur la performance financière, qui prévaut pour ce type d'entreprise, plutôt que sur la performance réelle des sociétés.
    http://www.linternaute.com/actualite/politique/chat/arnaud-montebourg-la-plupart-des-reformes-ont-derape/pas-de-stock-options-aux-societes-cotees-en-bourse.shtml

    Pour le reste je rejoins en grande part votre analyse et notamment la nécessiter de légiférer et d'encadrer ce type de rémunération notamment pour en proscrire les dérives que nos concitoyens réprouvent à juste titre.

    Ainsi pleinement informé, vous conviendrez que caractériser ma position de "tentation populiste" relève d'une erreur que je vous demanderais de bien vouloir corriger.

    Bien cordialement

    Arnaud Montebourg
    Député de Saône-et-Loire
    Président du Conseil général

    Rédigé par: Arnaud Montebourg | 11/12/2009 à 17h17

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  7. --- Réaction à la réaction de Mr Montebourg ---

    @Arnaud Montebourg : Mr Montebourg, désolé d'avoir caricaturé vos propos, ce n'était certes pas mon intention. Cependant, je suis remonté à une interview du 25 juin 2006 dans le Parisien dans lequel vous déclariez votre souhait d'interdire totalement les stock-options. Soit le contexte de campagne a favorisé une certaine radicalité de votre propos soit ils ont mal été rapportés par le journaliste du Parisien ...
    En tout cas, je me réjouis de vous voir adopter une position moins caricaturale même si je trouve abusif de priver les salariés (je ne parle pas des dirigeants !!) des sociétés côtées de cet outil.
    Par ailleurs, à la relecture de cet article, il est vrai qu'on peut être amené à lire que le populisme en la matière serait votre apanage. Ce n'est bien évidemment pas le cas. Les medias mettent un effet de loupe sur les dérives dans les sociétés du CAC 40 et les politiques surfent ensuite sur cette image tendue au public, c'est ce que je dénonçais par là.
    Bien cordialement,
    Nicolas QUINT

    Rédigé par: Nicolas Quint | 11/12/2009 à 17h31

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  8. --- Source des propos sur les stock-options de Mr Montebourg en 2006 (mes remerciements à seme-le-doute ---

    pour info, on trouve l'article du Parisien ici:
    http://www.renover-maintenant.org/article.php3?id_article=403
    Ceci dit, tout le monde a le droit de changer d'avis.
    Probablement que je ne pensais pas la même chose des stocks-options en 2006.

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