BO du Blog

mardi 26 janvier 2010

Le dernier rempart du salarié

France. 2009. Tout le pays est envahi et sous la botte de l'envahisseur MEDEF.
Tout ? Tout sauf une bande d'irréductibles inspecteurs du travail regroupés dans la tribu DDTEPF (Direction Départementale de l'Emploi et de la Formation Professionnelle) mais que leurs ennemis appellent plus simplement 'L'inspection du travail'

Ils sont redoutés par toutes les légions d'employeurs de France. Des histoires circulent d'une garnison à l'autre sans que l'on sache s'il s'agit de la vérité ou de légendes. Ils auraient mis des amendes, fait fermer des boîtes.
Imaginez mon effroi lorsque j'ai du, dans le cadre de mon activité socio-professionnelle finissante, me rendre dans un des camps retranchés de cette tribu : celui de Villeurbannum.
En effet, j'ai essayé de les contacter par téléphone mais cette tribu, bien connue pour sa bravoure, est restée assez en retrait des nouvelles technologies : bien que bénéficiant des deux lignes extérieures, celles-ci sonnent dans le vide toute la journée (même en laissant sonner 1/4 d'heure ou en ré-essayant 15 fois dans la journée). De même l'email renvoie un accusé de lecture mais pas de réponse. C'est bien normal me direz-vous, occupés qu'ils sont à guerroyer.
Après avoir traversé les arrières-fonds de Gratte-Cielum, je pénètre dans un territoire gris et froid, où les chemins sont déserts mais où il est bien difficile de garer sa charriotte. Quand j'y arrive enfin, je me présente à la sentinelle de garde. Dès l'entrée, on sent tout de suite le sentiment de supériorité qui anime la tribu. Ceux-ci sont tellement surs de leur fait que la sentinelle est à moitié avachie, et n'a même pas revêtu l'uniforme.
Après que j'eu demandé à rencontrer Jean-Marius L. (je taierai le nom de ce valeureux), la sentinelle me dévisagea d'un regard qui n'est pas sans rappeler celui de la vache sur le point de mettre bas. Il me tendit ensuite un papier sur lequel il avait griffonné une inscription en langage codé : 307.
je me dirigeai alors vers une série de chariots verticaux permettant de s'élever dans les airs sans efforts (je vous recommande cette innovation, très pratique). Lorsque la porte de l'engin s'ouvrit, j'eus peur d'être pris dans une embuscade. En effet, un profond silence régnait, un silence aussi opaque que celui d'une grosse sieste (il était 15h, d'où la comparaison). Tout ceci ne me disait rien qui vaille. Une légère odeur de formaldéhyde (ouais du formol quoi) flottait dans l'air.
Prenant mon courage à deux mains (à une seule, il glisse), j'avançais dans les couloirs. Rapidement, je compris que j'avais à faire à des unités non combattantes car les bureaux étaient peuplés de vieillards. Une petite feuille en langage codée collée au stick Uhu sur les portes indiquait un numéro et plus rarement un nom. Mes chausses en cuir chuintaient sur le lino vintage 1973, émettant un bruit d'une violence presque insupportable pour le lieu. J'entendais ça et là le bruit d'un doigt sur le clavier, entrecoupé d'un long silence, puis de nouveau le même bruit. Je dus faire trois fois le tour du couloir, provoquant des pivotements de tête surpris dans quelques bureaux (compréhensibles, mes cheveux n'étant pas encore complètement blancs, je provoquais un contraste dans les couleurs du lieu).

Enfin, je trouvais celui que j'étais venu chercher. Je toquais et poussais la porte du bureau. L'homme à la tête de chouette cligna plusieurs fois des yeux pour s'habituer au soudain afflux lumineux. Il vivait parmi des tas de dossiers et de tampons face à un antique écran probablement rapiné à quelques tribus primitives. Je lui dis alors que j'avais essayé de le joindre par email. Il me regarda d'un oeil las et me dit qu'il avait un peu de retard sur ses réponses mais puisque j'étais là, il allait effacer mes emails. Il chaussa alors ses lunettes et se mit à sa quête.
Rude tâche. Son soft de mail n'étant pas lancé (il n'était que 15h), il dut parcourir un à un les icônes de la barre de lancement rapide (Excel ? non Word ? non ? Powerpoint ? non). Après avoir attendu le précieux lancement, du se conformer à un logon Novellius datant de peu après la naissance de Nabuchodonosor, il parvint enfin dans son Inbox. Là, après cinq bonnes minutes de scroll parmi ses courriers non-lus (c'est là qu'on voit la pudeur des hommes de cette grande tribu ... alors qu'il croulait sous des centaines d'emails, il se bornait à me dire qu'il avait 'quelque retard'. Quel courage, quelle abnégation !), il put enfin effacer mes emails (deux ? pas plus ? vous êtes bien sur ?) avec un soulagement évident.
Je lui fis alors la requête qui m'avait amené en ces terres oubliées des dieux. La ride de souci qui barra son front me fit immédiatement penser que j'avais fait toute cette route pour rien et que je serai déjà heureux si je n'avais pas pris de PV de la part de la Politiae Municipali. Mais l'homme, tout à son courage, insista, fouilla dans les entrailles de fichiers Excel d'un complexité insondable (deux onglets, tris automatiques, ...) remplis de dossiers non traités.
Je m'en fus donc après l'avoir assuré de toute mon admiration et de tous mes plus profonds remerciements, bredouille mais rassuré quant au sort de tous les salariés qui peuvent dormir sur leur deux oreilles, sachant qu'ils sont protégés par cette vaillante avant-garde d'un nouveau monde éclairé.

2 commentaires:

  1. Et la sorcière du MEDEF? elle est brûlée quand ?

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  2. ach non Choron non
    Il faut bien garder des méchants, des sorcières, des gargoules, des monstres
    Sinon, qu'est-ce qui fait peur aux petits nenfants la nuit ?
    Déjà que les gentils sont pas très (Thi)beaux ...

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