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jeudi 28 janvier 2010

Pot de terre contre France Inter



Ca y est, la saison du jury du Livre Inter est de retour. Moi qui suis un lecteur relativement assidu (une cinquantaine de livres par an en moyenne) et qui aime rédiger des critiques (82 ici), c'est le graal.
J'ai déjà fait le jury FNAC et celui de France TV mais ça n'était qu'un échauffement. De la petite bière. Non, le vrai du vrai, c'est l'Inter. 3 à 4.000 candidatures, la fine fleur des lecteurs érudits de France et de Navarre, des hordes de profs de lettres prêts à déferler avec des bafouilles en béton armé. C'est un peu la Champion's League de la critique amateur ... j'avais candidaté il y a deux ans mais en dilettante, j'étais saturé de boulot et j'avais écrit la lettre en 15'. En fait, j'avais plus ou moins inconsciemment saboté le truc pour ne pas avoir à essuyer un échec. C'est tout moi ça : j'ai horreur de l'échec (alors que vous, chers amis lecteurs, vous adorez ça, n'est-ce-pas ? et pan, un truisme). Donc l'avantage de ne pas jouer ou de jouer à moitié, c'est de pouvoir continuer à fantasmer en se disant que si on avait mis le paquet hein ... si j'avais voulu, je serai Roger Federer, mais bon, pas le temps, pas l'envie, trop de déplacements.
Non allez cette année, je vais avoir du temps, je vais essayer de faire une super lettre, un truc méga original, vendeur mais humble, stylé mais sobre, érudit mais léger ... euh en fait non je ne sais vraiment pas quoi mettre. C'est comme pour les entretiens pour un premier job. Qu'est-ce qu'on peut bien raconter ? Le plus simple serait de dire "j'ai été à l'école, j'ai pas trop suivi les cours mais un peu quand même, allez prenez moi, je suis sympa et je bosse bien". Là, je pourrai faire pareil mais je sens que ça ne va pas le faire ... C'avait été tellement plus simple pour la FNAC et France TV. Une lettre rédigée en un rien de temps, hup, réponse positive, on n'en parle plus. C'est vrai que le cut était un peu plus bas (600 candidatures pour 25 jurés pour le France TV je crois).

Le jury FNAC n'était pas très fun. J'ai reçu 5 ou 6 bouquins dans ma boîte aux lettres, épreuves non corrigées pré-rentrée littéraire. A lire et à renvoyer un QCM par livre ("avez-vous aimé le style de 1 à 5 ?"). Pour un test iPOD, ça va mais pour un livre ... Du coup, je leur ai rédigé une page de critique sur chaque livre qu'ils ont surement balancée à la réception. Pas grave. En plus, les livres envoyés n'était pas terrible, juste une belle rencontre avec un livre dont je poste la critique plus bas.

Le Prix France TV était nettement plus intéressant. J'ai participé à la catégorie 'Essais'. D'abord, France TV m'a envoyé six livres à lire en six semaines. Comme la poste a pris du retard, c'était en fait quatre semaines, ce qui ne s'est pas révélé très simple notamment à cause de la bio de Marcel Duchamp de Judith Housez, un pavé indigeste de 600 ou 700 pages. A la base, je ne suis pas très art contemporain. La bio elle-même n'est pas très sexy. Ajoutez à ça que Duchamp se révèle à mes yeux un pur salaud avec les femmes et un égoïste bien plus préoccupé de ses oeuvres que des juifs pendant la guerre et vous avez une petite idée du plaisir pris à le lire (quoique le fait qu'il soit un salaud n'est pas un vrai frein, j'ai adoré des bios de Staline ou Castro ... mais il manquait de la part de l'auteur un soupçon de tendresse ou d'empathie ou d'un frémissement qui rende le personnage intéressant).
Malgré tout, je finis le dernier livre la veille. Le jury a RDV au Salon du Livre à Paris. France TV m'offre la possibilité de récupérer un an de redevance sous la forme d'un aller-retour en TGV (en 2nde, faut pas déconner quand même) et je me retrouve dans une salle pendant 2 ou 3 heures avec 24 autres jurés à débattre des livres. Jurés représentatifs de la France comme l'a présenté Olivier Barrot, animateur des débats et animateur de France 3. Soit une France dont 60% des habitants seraient profs en activité ou à la retraite et de lettres pour les 2/3 d'entre eux. France composée à 75% de femmes ...
Le sort m'a positionné à côté de deux donzelles (pas étonnant vu le casting ...). A ma droite, une jeune fille au physique relativement ingrat, visiblement intimidée par l'occasion, transpirante, se tourne l'air inquiet vers moi et me demande "vous avez réussi à tout lire ?? Parce que moi, je n'ai pas pu finir la bio de Duchamp ... j'ai le trac ... vous croyez que c'est grave ?". Je me retourne à 180° et je tombe nez à nez avec une jeune étudiante ravissante dont le sourire n'était pas sans rappeler un coucher de soleil de printemps sur la baie d'Along. Je lui susurre un "pas facile la bio de Duchamp ... je l'ai finie mais bon ..". Elle me répond "j'ai a-d-o-r-é ! et vous, lequel ?". Moi : "Bernard Maris". Elle : "ah celui d'éco ? Bah l'horreur". Quand ça veut pas, ça veut pas.
Je me suis battu comme un chien pour convaincre mes coreligionnaires que Maris, avec son Antimanuel d'économie, méritait le prix. J'ai réussi à m'allier avec quelques-uns, à en convaincre d'autres tant et si bien que Maris est arrivé au second tour de scrutin. Mais je n'ai rien pu faire contre le bloc des profs de lettres. L'éco, ça marche pas avec eux ... Trop pénible à avaler les chiffres. Choc des cultures ...
Et enfin, remise de prix, gavage de petits fours, dernière sourire de la jeune étudiante, causette avec Bernard Maris qui avait l'air aussi content d'être là que à une visite de contrôle colo-rectale (mais bon, il fait toujours un peu cette tête) et zou retour TGV. Une bonne journée, expérience sympa.

Critique de 'Pieds-blancs' de Houda Rouane :

Le pitch :

Une jeune beur de la seconde génération, pionne dans un lycée, porte un regard acéré sur l’immigration maghrébine. Sa situation particulière lui permet de balayer trois générations, de ses parents aux gamins qu’elle encadre. Un voyage dans le bled va prendre une dimension initiatique à l’heure où elle-même s’apprête à fonder un foyer…

La critique :

Cette autofiction met en scène une « beurette » de la seconde génération. Elle est pionne dans un collège difficile de la région parisienne. Cette position lui offre un poste d’observation pour brosser un portrait sans complaisance des différentes générations de l’immigration maghrébine : la première génération encore toute entière tournée vers le pays natal et qui attend un retour de plus en plus difficile. La seconde génération, écartelée entre deux cultures et poussée par la volonté des parents d’un lendemain meilleur. Enfin, la troisième génération, qui a perdu ses racines, pas tout à fait française mais qui a coupé les ponts avec une origine méconnue mais fantasmée. Le style est très oral, ponctué de néologismes, de langage de la rue et d’expressions arabes. S’il est déroutant au début, l’écueil est vite franchi, notamment à l’aide des trouvailles linguistiques de l’auteur et notamment des surnoms qu’elle attribue à ses personnages (les M&M’s pour les parents, Le Grand Truc pour son mari, Draculito pour son fils) qu’elle sait tous rendre attachants, même les seconds rôles (les enfants difficiles du collège). La seconde partie du livre décrit un voyage vers le pays natal des parents. Il marque un virage dans le livre vers un récit plus charnel, plus émotionnel, plus sensuel même. La jeune fille rude de la première partie cède la place à une jeune femme émue par la chaleur du bled et par les retrouvailles avec ses racines familiales. Ce voyage coïncide avec le saut vers la maternité de l’héroïne et décrit avec bonheur ce moment difficile du retour vers les racines au moment même où elle s’enracine en France. Un livre sensible, un livre vérité qui ne cède pas à la facilité sur les questions cruciales de l’identité, un livre à découvrir pour avoir un autre angle sur l’embrasement régulier des banlieues en France.

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