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mercredi 6 janvier 2010

Psy-show

In treatment (en thérapie en frenchy) est une série US diffusée par la fantastique chaîne HBO depuis début 2008. Deux saisons ont déjà été diffusées et la troisième est signée. En fait, il s'agit de la reprise du concept d'une série israélienne. Les américains ne regardent pas les séries étrangères, ils les adaptent (cf The Office par exemple ou Queer as folk me semble-il aussi). L'original se nommait BeTipul ce qui veut dire ... In treatment en Hébreu. Ce qui est plus rare, c'est que les américains ont aussi récupérés les script de la plupart des épisodes. Bon, je n'ai pas pu voir la mouture israélienne, donc je me contente de la française.
Tout d'abord, un mot de la prod. L'exec producer est Rodrigo Garcia qui avait officié sur Six Feet Under et Carnivale, donc rien que ça, c'est un bon indice.
Le dispositif est original : la série est diffusée au rythme de 5 soirs par semaine (!) par épisodes de 22 minutes environ pendant une durée de 9 semaines (saison 1) et 7 semaines (saison 2). Les 5 épisodes correspondent chacun à 1 session avec 4 patients différents (leur session hebdo auprès de leur thérapeute) et la 5ème session est dédiée au thérapeute lui-même et à ses sessions hybrides (amicales, analytiques, mentoristiques, ...) avec celles qu'on devine être son ancienne prof, Gina. Sessions qui sont empruntes d'une très forte relation amour/haine ('The old spyder').
Car oui, il me faut pitcher. Paul est un schrink, un thérapeute. Il soigne donc des gens par l'analyse et chaque épisode est une séance (raccourcie puisque 22' seulement) d'analyse. Le panel des patients est varié. Par exemple, dans la saison 1 :
- une ado espoir olympique gymnaste qui doit être expertisée par l'assurance pour un accident dont l'assurance rechigne à rembourser car pense que ça pourrait être volontaire
- un couple avec enfant dont la femme est enceinte. Elle veut avorter pour sa carrière, lui non
- une jeune femme très séduisante dans la trentaine (précisons que Paul a la cinquantaine) qui fait un transfert érotique total envers le thérapeute
- un jeune pilote de chasse de l'US Air Force qui a été envoyé en psychanalyse pour évaluer sa capacité à revoler après avoir tué 17 gosses en bombardant une madrasa en Irak (ce dont il ne se sent pas coupable)
On le voit, le cast est bien fait dans le sens où, si les cas ne sont pas complètement 'guys next door' (mais c'est le propre aussi de la littérature ou du cinéma de prendre des cas particuliers pour revenir au cas général ...), ils ne sont pas non plus caricaturaux (pas de serial killers, de psychopates, de schizophrènes, ...).
Le choix formel peut paraître aride, on ne sort guère du salon de thérapie de Paul, à part par la parole. Les cadrages sont simples et relativement serrés, pas d'effets de caméras. La simplicité formelle est au service d'un jeu d'acteurs superbe, de dialogues ciselés et d'une finesse psychologique totale.
La beauté de la chose est qu'on entre en empathie avec ces patients, on les aime, on les déteste, on s'identifie. Certaines sessions sont tellement intenses qu'on a l'impression de ne pas en ressortir totalement indemne. La série ne verse jamais dans le cliché et les personnages dans les archétypes. On est surpris par certains rebondissements, revirements, ou au contraire bloquages .... comme on peut l'être dans la vie. On ne connaît jamais complètement quelqu'un ...
Le rôle de Paul est superbe. Gabriel Byrne l'interprète à merveille. C'est un acteur irlandais qui a joué quelques rôles dans des films connus mais rien de marquant pour moi. Il est fantastique de justesse. On aurait envie d'être en analyse avec lui tant on le sent en empathie avec les passions. En même temps, ses failles sont exposées au grand jour et en font rien de moins ni rien de plus qu'un humain. Il est notamment rongé par le doute vis-à-vis de sa profession (mais celui qui doute n'est-il pas le meilleur croyant ? le doute n'est-il pas le meilleur moteur professionnel ?) car il trouve que les limites de l'exercice (aider les gens à prendre les décisions, ne pas les influencer, ne pas les prendre à leur place, ne jamais parler de soi, ne jamais s'immiscer dans la vie des gens) rend son usage trop faible. Il aimerait (pour des raisons liées à son passé) en faire plus, sauver les gens et non leur parler ... sujet récurrent de conflit avec Gina qui est la tenante du dogme.
La saison 2, dont je ne parlerai pas pour ne pas faire de spoiler, est aussi bonne, voire meilleure. Au programme notamment un CEO, un ado pris dans un divorce, une jeune fille malade et une avocate pré-ménopausée sans enfants.
La série a été récompensée, notamment le scénario mais aussi les acteurs jouant Paul & Gina.
Elle est apparemment diffusée sur la confidentielle Orange Cinémax, il faudra donc soit attendre soit utiliser des moyens que le respect de notre grande République et de son identité m'empêchent de citer !

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