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jeudi 28 janvier 2010

Un petit tour à Lunar Park ?


Bret Easton Ellis, c'est la folie des années 80, les années fric, chic, toc, défonce au coeur même du tourbillon, c'est-à-dire New-York. BEE c'est la provoc', le sexe, la violence. BEE, c'est American Psycho, manifeste best-seller de ces années, dénonciation géniale de ces années de dérégulation économique et de trading triomphant avec la violence la plus aveugle en contrepoint de l'avidité financière. Bref, les deux facettes d'une compulsion de mort, d'une pulsion sexuelle sublimée à l'extrême.
Et ce cher Bret, de retour après ces années trépidantes, nous revient pour une autobio/fiction, genre toujours glissant. Les cinquante premières pages nous relatent ces années telles qu'il les a vécues, le succès, la coke, la création, la défonce, les femmes, l'héroïne, etc etc Et là, j'ai craint le pire en voyant la débauche d'auto-complaisance sur son parcours sur le mode du "je suis tellement successful et je me défonce, c'est génial". Mais je me suis accroché. Bien m'en a pris.
Car Ellis poursuit ensuite sur le mode de l'autofiction sur 450 autres pages qui, elles, valent le détour (et même plus). L'idée étant qu'on va basculer d'une autobiographie "plausible" à un délire et un malaise total de façon quasi-statique, sans que l'on puisse définir où est la limite.
Le début du roman voit l'écrivain (ou son double ?) en pleine tentative de se ranger en se remettant avec une ex, sa fille (de l'ex) et l'enfant qu'ils ont eu ensemble 11 ans auparavant et qu'il n'a jamais vraiment côtoyé. Ellis essaye de s'assagir, d'arrêter la coke (assez peu en fait), de devenir quelqu'un de rangé et respectable au fond de cette banlieue tranquille.
Mais cette quête va être troublée peu à peu par des événements étranges se produisant sous son propre toit. Ainsi, on va déraper peu à peu dans un mélange improbable d'autobiographie, de critique du mode de vie des banlieues américaine (Suburbia), de Stephen King et de l'"Exorciste". La magie est que le glissement se fait peu à peu et plonge le lecteur dans un malaise croissant tout à fait sidérant (hallucination ou réalité ?).
De ce cocktail, Ellis nous offre une mise en abime sur le thème de la communication entre les générations et notamment sur les lignées masculines (lui et son père, lui et son fils), sur le travail créatif de l'écrivain, sur le statut de la fiction, sur les limites de la fiction et du réel, sur la possibilité de mener une vie normale après avoir été au sommet, sur la dissolution de l'être au coeur des banlieues modernes et de leur anonymat. Autant de thèmes entremêlés qui questionnent le lecteur incidemment au fil d'un récit qui n'est jamais un pensum et prend directement au tripes.
Sans aucun doute le meilleur roman de Bret Easton Ellis : à ne pas rater !

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