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samedi 2 janvier 2010

Voitures brulées, seuil de tolérance et statistiques

D'après le premier bilan de la nuit présenté par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, la Saint-Sylvestre "s'est bien déroulée sur l'ensemble du territoire national et aucun incident important n'a été constaté".


"Globalement, nous sommes soulagés. Il n'y a pas eu d'accidents graves, et il y a une rupture de la tendance à la hausse du nombre de voitures brûlées, déclare au Monde le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux. La baisse est même très sensible dans l'agglomération parisienne."


1.137 voitures ont été brûlées en une nuit entre le 31 et le 1er sur le territoire ainsi que 16 personnels des forces de l'ordre blessés. L'an dernier, c'était 1.147. C'est ce qu'on peut appeler une élévation du seuil de tolérance. Le même bilan il y a 20 ans aurait été jugé catastrophique et on aurait envoyé l'armée. Aujourd'hui, on se félicite ...

L'an dernier, la hausse avait été de 30%. On avait alors évoqué un nouveau phénomène :

Après réflexion, la police se demande donc si les nouvelles dispositions prises par les assureurs pour indemniser les propriétaires de véhicules endommagés, qui aboutissent à multiplier par quatre la prime à la casse de 1000 euros, n'ont pas incité un certain nombres de propriétaires à vouloir en profiter.


La prime à la casse s'arrêtait le 31/12/2009 à minuit, faut-il en déduire que les véhicules incendiées cette année l'ont été avant minuit où qu'il y a hausse organique de la violence ?

En 2007, il y avait eu 700 véhicules environ mais une polémique avait éclatée en juin faisant état de sous-estimation ...
En 2005, 425 véhicules. Donc si on reprend le bilan 2005 à 2009, on est à +167%. Bravo, Monsieur Hortefeux, effectivement, il y a de quoi pavoiser !

La "tradition" a semble-t-il pris racine à Strasbourg en 1988. En 1997, on atteignait là-bas 61 véhicules ou encore 54 en 2001. A l'époque, les comptes-rendus des médias étaient encore majoritairement locaux, preuve que le phénomène n'avait, en tout cas pas médiatiquement, pris une ampleur nationale. Bien que cette année-là, un quotidien signale 500 véhicules brûlés, rien qu'en région parisienne !
Un article de 2001 souligne aussi qu'en l'an 2000, 1.375 véhicules avaient été brûlés rien qu'à Strasbourg et sa banlieue soit environ 4 voitures par jour ...

Valse des chiffres donc .. d'abord une "tradition locale", puis un score qui s'accroît chaque année, un effet tâche d'huile et aujourd'hui un enjeu médiatique avec des chiffres qu'il faut maîtriser (par tous les bons ou mauvais moyens), relativiser, apprivoiser, ... Relativisation qui invite donc la population a élever son seuil de tolérance : bah, 1.100 bagnoles, pas si grave non ? Ca prolonge la prime à la casse, ça fera reprendre la croissance du secteur automobile, sauvegarder des emplois ! Ah, c'est des pauvres ? Ils ne peuvent pas se racheter une voiture ? Ah ben ils circuleront en bus, ça fera moins de CO2. Quoi, plus de bus dans leur banlieue ? Les chauffeurs ont peur ? Eh ben y resteront chez eux à regarder TF1 ...

Et au fait, les 364 autres jours de l'année ? Combien de voitures en feu ? Eh bien, il semblerait que le chiffre soit au-delà des 40.000 par an. Ce qui veut dire que, chaque jour, 100 voitures partent en fumée en France. Certes, c'est 10 fois moins que pour la Saint-Sylvestre, et cela se fait dans le silence le plus total ... Une caisse toutes les 15' ... Les statistiques officielles, contrairement aux communiqués rodés du Ministère pour le Nouvel An, sont très très discrètes. Mais a priori, on serait passé de 16.000 véhicules par an à ... 42.000 en 2007 et environ 50.000 en 2008.
La nuit du réveillon serait donc l'arbre (en feu) qui cache la forêt (itou).

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