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lundi 1 février 2010

Dans la Zone verte : Les Américains à Bagdad


Rajiv Chandrasekaram, journaliste au Washington Post, a passé un an à enquêter dans la zone verte à Bagdad. Qu'est-ce que la Zone Verte ? Une enclave américaine au sein de la capitale irakienne, superprotégée, bunkérisée. Elle accueille l'Etat-Major de l'armée américaine mais aussi l'armée de consultants envoyés pour la reconstruction de l'Irak.
La description de la vie dans ce morceau (immense) de la ville est surréaliste : c'est une mini-Amérique qui a été recréée en plein Moyen-Orient : footings, salles de jeux, connexions Internet partout, petit-dej avec bacon à gogo (en plein pays musulman), salles de travail ou gymnases dans des anciens palais de Saddam, le fait est déjà étonnant.
Est étonnant également comment ont été montées les équipes chargées d'épauler/diriger/coordonner la reconstruction / réorganisation de l'Irak. Tout laisse croire à une équipe de Pieds Nickelés, montée de bric et de broc, mélange hétéroclite de vrais spécialistes et de béotiens complets, attribution des postes au pistonnage / copinage, sur des critères plus politiques (pro-bush) que de compétences.
Mais derrière cette charge (légitime je pense) contre les US pointe aussi les difficultés de faire progresser un pays comme l'Irak : outil industriel totalement laissé à l'abandon par Hussein, travailleurs très souvent sous-formés/incompétents, matériel obsolète, sous-investissement chronique, organisation à la soviétique (sur 1.000 ouvriers, 300 ne servent systématiquement à rien et ont juste été imposés là par le parti Baas, 300 autres ne font pas grand chose de plus et le reste fait ce qu'il peut ... c'est à dire encore pas grand chose - d'où une productivité misérable), achat de matière première à des prix au-dessus du marché, ...
Par ailleurs, le livre montre que les américains ont eu à faire face à des questions très complexes que d'autres ont eu à affronter (Allemagne post WW II, RDA post-Stasi, AfSud post-Apartheid) : fallait-il déBaasiser l'administration, ce qui est le plus juste moralement mais a contribué à la désorganisation ? ou laisser une bonne partie de ceux qui avaient trempé dans le sale boulot de Hussein, fermer les yeux mais obtenir une meilleure efficacité ... entre la morale et la Realpolitik, les américains ont choisi la morale (dans ce cas). Difficile de dire ce qui était le mieux mais cela donne un exemple d'actions des américains en Irak plus nuancé que ce que nos médias veulent bien en dire.
A lire pour avoir une autre vision de cette guerre, en complément de toutes les informations (souvent formatées) que l'on a pu recevoir sur ce conflit.

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