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lundi 8 février 2010

Euro : fin d'une illusion ?


La zone euro est sous pression. Les marchés attaquent l'Euroland par son ou ses maillons faibles. D'abord, la Grèce, ensuite les mal-nommés Piigs (Portugal / Ireland / Italy / Greece / Spain). Y-a-t-il vraiment un risque de faillite de ces pays, un scenario à l'Argentine ? Pas vraiment en fait ... mais Bukowski disait :

Quand il se passe un truc bien, tu bois pour fêter
Quand il se passe un truc moche, tu bois pour oublier
Et quand il ne se passe rien, tu bois pour qu'il se passe quelque chose


Les marchés ont fait leur cet adage. Ils jouent la bonne ou mauvaise nouvelle (l'anticipent plus exactement) mais ils savent aussi la créer. C'est le cas avec la Grèce : lancer la rumeur, mettre le feu, semer le doute et la panique et jouer les pyromanes prêteurs .. Le western pourrait s'appeler "et pour quelques points de spread de plus".
Sur le marché off, la dette grecque est plus mal vue que la dette libanaise. Sans faire injure au Liban, on marche sur la tête ... Certains évoquent une attaque concertée de deux hedge funds et d'une banque américaine. Bien possible, il faut bien que le crime profite à quelqu'un.

Je suis plutôt ce qu'on appelle un eurosceptique. Sceptique sur la construction européenne en général, sceptique sur la façon dont l'Europe se bâtit. Certes, l'idée de vouloir éloigner le spectre de la guerre sur notre continent ne peut qu'être partagée, mais cela nécessite-t-il une Europe fédéraliste telle qu'elle se dessine ? Par ailleurs, les leçons de l'histoire montrent que si l'Europe avait acquis un leadership au début du XXème siècle, c'était grâce à ses divisions.

Mais revenons à la monnaie. Au temps où les discussions sur la mise en place de l'euro avaient lieu, j'ai vainement cherché à comprendre le pourquoi. En bon rationnaliste, je demandais des arguments. Je n'ai eu que des poncifs sans fondements :
- avec une monnaie unique, nous serons plus forts ? Ah ..
- l'Euro sera une monnaie de réserve et pourra faire pendant au dollar. Certes, la prévision s'est en (petite) partie réalisée mais quel avantage réel en avons nous tiré ?
- l'Euro permettra de mettre au passé les attaques sur la monnaie tel le fameux raid de Soros sur la livre sterling de 1992 (qui lui rapporta 1 milliard de $) ou encore les déstabilisations chroniques du SME dans les années 1990

Aucun de ces arguments ne m'a convaincu. Tout cela est bel et beau mais une monnaie n'est qu'un instrument. Les américains l'ont compris depuis toujours et les chinois l'exercent avec pragmatisme en gardant le yuan au plancher. Or, les européens sont aveuglés par la valeur symbolique de la monnaie.

Une monnaie n'est efficace que si elle est au service de quelque chose. Or, la monnaie européenne n'est pas pilotée politiquement, la Banque Centrale Européenne (BCE) étant indépendante du pouvoir politique. Pire, l'Europe est et reste un nain politique & diplomatique. Surtout, une monnaie se pilote en fonction des réalités qu'elle sert : la croissance, l'emploi, l'inflation, la fiscalité. L'Europe n'est encore qu'un composite très disparate sans aucune unification des politiques économiques et fiscales. Dès lors, comment imaginer une vraie gouvernance de la monnaie ? L'Irlande a joué le dumping fiscal et la consommation immodérée des aides européennes avant de rejoindre aujourd'hui les Piigs. La Grèce a triché éhontément sur ses comptes pour rentrer dans l'Euro et tarde, comme d'autres gouvernements (français ?) à prendre des mesures contraignantes mais nécessaires (équilibre des comptes) sous la contrainte démagogique.

Dès lors, à quoi sert l'Euro ? Le seul argument qui pouvait rester valable, la stabilité monétaire n'est même plus de mise puisque les spéculateurs qui misent sur l'éclatement de la zone euro ressemblent à s'y méprendre aux spéculateurs contre le SME des années 1990. La réalité est que l'Euro a eu une influence néfaste. L'Euro fort cher aux allemands (ah la nostalgie du Mark !) a coûté très cher à toutes les autres économies de la zone euro moins exportatrice qu'elle, c'est-à-dire ... toutes ! Et les plus fragiles d'entre elles au premier rang, notamment la Grèce. Grèce, incapable de gérer ses comptes publiques de façon rationnelle et étranglée par l'Euro, Grèce aujourd'hui maillon faible de l'Euro, Grèce qui demain risque de devoir être aidée par l'Allemagne, belle ironie de l'histoire (ou retour de manivelle, selon).

La réalité est qu'il eut fallu réaliser un minimum d'union politique, d'harmonisation des politiques économiques et fiscales avant de passer à l'Euro. La monnaie unique aurait du être un aboutissement pas un préalable. Les européens, Mitterand et Kohl en tête ont voulu faire du symbole pour lancer l'Europe. Louable intention mais aussi néfaste aveuglement que nous risquons de payer très cher ...

2 commentaires:

  1. Texte très convaincant si ce n'est la parenthèse sur le leadership que les pays européens auraient acquis au début du XXe siècle. Il y a longtemps qu'il était leur ; le début du XXe siècle marque plutôt, et cela dès avant la première guerre mondiale l'effritement de chacun et le début du basculement du centre du monde vers les Etats-Unis. Une question d : comme le constate un certain nombre de commentateurs, ces attaques contre la Grèce ne vont-elles pas, paradoxalement, être bénéfiques à l'Europe en faisant plonger (modérément) le cours de l'euro ?

    Thomas

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  2. Il y a incompréhension : quand je dis "acquis au début du XXème siècle", je veux dire par là qu'au début du XXème siècle il avait été acquis. C'est sur que le début du XXème marque le début du déclin de l'Europe (de son suicide pourrait-on même dire !!!)
    C'est vrai que les attaques contre la Grèce font plonger l'euro et vont aider la Grece ... mais surtout la France en aidant nos exportations sans que l'on souffre de hausse des taux sur le remboursement de notre dette.

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