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mercredi 17 février 2010

La tarte à la crème de la pénibilité


Cela fait des années et des années que l'on parle du dossier des retraites en France et cela fait des années et des années que l'on nous rebat les oreilles avec la pénibilité.
En fait, cela semble être devenu l'argument idéal, la silver bullet, pour les opposants (gauche / syndicats) pour avoir une bonne excuse de ne rien faire. La droite brandit le spectre (assez réel) de l'effondrement sur lui-même du système par répartition pour faire passer des réformes. L'opposition et les syndicats poussent des cris d'orfraies mais n'ont pas vraiment de projets alternatifs. Et pour cause, quand on est dans l'opposition comme la gauche, il faut sortir des projets et des propositions sexys. Sur le sujet des retraites, ça va être difficile ... par n'importe quel bout qu'on le prenne, c'est un dossier qui fait mal. Donc, le seul moyen de dire non sans passer pour des nonistes réfractaires à tout, c'est de dire : ah oui, mais il faut faire le chantier sur la pénibilité d'abord.

Or, cela fait des années que l'on en parle et ça n'avance pas ! Et comment cela pourrait-il avancer ? La pénibilité est un sujet hautement subjectif ...
Qui a la plus grande pénibilité ?
- l'ouvrier du BTP qui bosse par n'importe quel temps ?
- le manutentionnaire ?
- l'ouvrier à la découpe de poulet ?
- le salarié de centre d'appels ?
- la caissière ?
- l'infirmière en horaire décalé ?
- la cadre subissant un stress permanent ?
- le commercial qui passe son temps sur la route ?

Qu'est-ce qui use le plus ? Un travail physique ? Des horaires pénibles ? Un stress constant ? Etre face à des clients ? Bien malin celui qui peut répondre. Ce qui est sur, c'est que chacun est convaincu que le voisin a un boulot moins pénible que le sien ...

Une des idées consiste à se baser sur une valeur difficilement contestable qui est l'espérance de vie. Mais comment va-t-on classer tout cela ? L'atomisation des métiers/professions/titres rend extrêmement difficile ce calcul. Chaque situation est différente, d'autant que, de plus en plus, les carrières s'effectuent au sein de plusieurs entreprises.

Par ailleurs, les cadres par exemple, rentrent plus tard sur le marché du travail (mécaniquement, un bac+5 rentre sur le marché du travail 5 ans après un bac+0). Donc, pour avoir le bon nombre d'annuités, le cadre en question va prendre sa retraite 5 ans plus tard. Alors certes, il a 7 ans d'espérance de vie en plus qu'un ouvrier comme c'est abondamment rappelé en ce moment. 7 ans en plus mais travail 5 ans plus tard. Pas une si grande différence finalement ? Par ailleurs, cela voudrait dire que la différence d'espérance de vie ne serait basée que sur la profession. Va-t-on imposer aux femmes de travailler 7 ans de plus que les hommes ? Quid des autres facteurs différentiants ? (alcool, cigarettes, ...) Quid du stress des cadres (qui vivent plus longtemps mais peuvent être plus usés mentalement même si plus frais physiquement) ?

L'intégration de la pénibilité dans le calcul des retraites est une belle idée, une belle utopie. Mais son implémentation est trop complexe et trop peu acceptable par la société. Plaider pour finir ce chantier pour réformer les retraites, c'est voter pour l'immobilisme.

4 commentaires:

  1. C'est pour cela qu'on parle d'usure pour travailler concrètement sur le sujet en entreprise ...
    La pénibilité va forcément renvoyer à la question de la subjectivité et du classement mais aussi à la rémunération de cette pénibilité (qui va se poser bien avant l'âge de la retraite) ...
    Utopie ... peut-être ... Il est vrai que jusqu'à aujourd'hui, toutes les négociations sur le thème ont échoué ...

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  2. Prenons aussi en compte que le cadre commence à bosser 5 ans plus tard mais gagne bien plus confortablement sa vie que l'ouvrier moyen. A lui peut-être de se constituer une rente pour ne pas travailler ses 5 années de plus. Il a quand même de la marge sur son salaire pour le prévoir.

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  3. et si on se démerde bien, on commence à BAC +5, on se fait virer à 55 ans et on emmerde le monde jusqu'à 85 ans .. en plus en picolant du BON vin !
    oui oui oui oui, travailler c'est pénible

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  4. @Karyn : oui mais là tu fous en l'air la solidarité du système !! Si tu dis aux 50% les mieux payés : bon, faut que vous bossiez plus longtemps, en cotisant autant et puis aussi il faudrait vous épargniez à côté, il va venir un temps où les mêmes diront : OK on veut bien épargner pour notre gueule mais plus cotiser pour les autres ... tout cela repose sur la solidarité ... donc il faut que tout le monde s'y retrouve un minimum sinon ça explose un jour ou l'autre ...

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