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mercredi 3 février 2010

L'armée qui possédait un pays



Critique de Tsahal : Nouvelle histoire de l'armée israëlienne de Pierre Razoux (paru en 2005, 707 pages)

J'ai eu envie de lire ce livre après avoir décidé d'aller en Israël pour visiter. En fait, je l'ai lu après. J'avais quelques appréhensions. N'étant pas féru d'armement, j'avais peur de me perdre dans 700 pages de description de chars divers et variés. Effectivement, on a droit régulièrement aux revues d'effectifs avec passage en revue des différents type d'armes. Mais ça n'alourdit pas le récit.
En fait, ce qui est passionnant, c'est qu'il s'agit d'un livre sur l'histoire d'Israël, le pays et son armée étant étroitement entremêlés (les 3 ans de service militaire + la réserve forge des réseaux d'amitié ou professionnels, tous les grands hommes politiques ont par le passé été de grands guerriers sauf exception type Benjamin Nethanyaou (son frère oui lui non), Ehud Olmert non ... signe d'une certain dépolitisation (très partielle) de la vie politique). Comme l'a dit je-ne-sais-plus-qui, presque tous les pays possèdent une armée mais TSAHAL est une des rares armées à posséder son propre pays.
La première décision intéressante est de consacrer un premier chapitre à l'histoire 'antique' d'Israël. Sans ce contexte, on ne comprend rien aux fondements de la société Israélienne, de l'histoire du peuple juif ni à son armée. Ensuite, Razoux parle de la phase de 1920 à 1948, date pendant laquelle les juifs ont émigré en Israël mus par l'idéologie toute fraiche du sionisme inventée par Théodore Herzl (un journaliste autrichien). Cette date a connu une armée fantôme (et secrète), la Hagannah, ancêtre de Tsahal mais aussi diverses milices plus ou moins extrémistes n'hésitant pas à recourir aux attentats.
Ensuite, défilent à la fois, les différents conflits (48, 56, 67, 73) majeurs mais aussi les plus mineurs (si j'ose ...) : Liban (x2), Intifadas (x2), accrochages sporadiques ainsi que les opérations audacieuses dont les israéliens ont le secret (Entebbe, destruction de siège de l'OLP à Tunis, destruction de la centrale d'Osirak, ...).
Mais le livre a aussi l'intelligence de passer en revue la puissance du complexe militaro-industriel d'Israël et surtout les alliances. Ainsi, j'ai vraiment découvert que les USA n'ont pas toujours été un allié indéfectible d'Israël (plutôt un mariage de raison tardif). Alors que la France a été alliée pendant les 20 premières années, fournissant des armes et même des soldats français déguisés style black ops (guerre du Sinaï). C'est même nous qui avons été à l'origine du programme atomique israélien (les Israéliens ont fini, notamment pour les vecteurs, avec les USA).
Bref, c'est un récit passionnant, un livre très abordable intellectuellement et qui donne vraiment des clefs pour comprendre l'histoire de cette zone et les enjeux des conflits et négociations actuels (par exemple, pourquoi garder Gaza ?).

2 commentaires:

  1. et un film à voir absolument : "BEAUFORT" des jeunes soldats israéliens coincés dans une citadelle et sous le feu des roquettes et du doute !

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  2. @Choron : je ne connaissais pas mais je viens de voir le résumé, ça me paraît intéressant !
    Effectivement, le Liban a été le Vietnam des Israëliens : une guerre gagnable sur le plan militaire avec un déséquilibre des forces patents et à la fois ingagnable face à un ennemi caché au sein de la population, ou plutôt un ennemi qui EST la population ... s'ensuit une guerilla, le doute sur les buts de guerre, l'armée avec le moral dans les rangos, ...
    Le parallèle avec le Vietnam est vraiment troublant ... du coup, le Liban a fait tomber le mythe de l'invincibilité de Tsahal (un peu comme le Vietnam pour l'US Army) et fait douter un génération entière ... et c'est encore le cas ! Sur le mode de "OK on peut mettre la branlée à tous nos voisons and so what ?".
    J'ai été frappé en allant en avril dernier là-bas par la vision du poste-frontière avec le Liban à Rosh-Hanikra : une double rangée de barbelés sur la route. Symbole d'une barrière infranchissable. Quand on voit que chez nous, on passe en Italie ou en Allemagne sans même bouger le pied de l'accélérateur ... drôle de sentiment

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