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mercredi 3 février 2010

Maboule à facettes


Ce livre, paru en 1981 sous le titre de The Minds of Billy Milligan, et traduit en français sous le nom de Les Mille et Une Vies de Billy Milligan (la traduction approximative du titre faisant fi du 's' à Mind pour le remplacer par un '1001 vies' très loin du sujet n'augurait rien de bon de ce côté-là. Effectivement, la traduction a été faite avec les pieds, ce qui plombe pas mal la lecture ...).
Ohio, fin des années 70, un jeune délinquant est arrêté. Il s'est rendu coupable de vols, petit larcins et enfin de 3 viols sur le campus d'une université. Ses avocats se rendent vite compte qu'il a un problème mental très lourd. En remontant, dans son passé, cela fait des années qu'il mène une vie d'errance totale au gré des divagations de son esprit. Ses avocats réussissent à lui faire éviter la taule pure et simple (pas simple face au système judiciaire américain, surtout il y a 30 ans).
Il est alors pris en charge par des psychiatres qui diagnostiquent ce qu'on appelle alors un trouble mental dit de personnalités multiples. Ce type de diagnostic était fortement controversé à l'époque et il l'est encore du fait de la difficulté à croire à la maladie et aussi à ses apparitions erratiques dans l'histoire (une première vague début XXème, puis plus rien, puis une vague dans les années 80 - ceci dit, on ne trouve que ce que l'on cherche ... et il est bien possible que suite au cas très médiatisé que le livre relate, nombre de copycats aient tenté le coup pour éviter le pénitencier). Le DSM-IV (nomenclature des troubles psys) donne une définition plus éclairante : il parle de trouble dissociatif de l'identité et en donne les caractéristiques suivantes :
A. Présence de deux ou plusieurs identités ou " états de personnalité " distincts, chacun ayant ses modalités constantes et particulières de perception, de pensée et de relation concernant l'environnement et soi-même.
B. Au moins deux de ces identités ou " états de personnalité " prennent tour à tour le contrôle du comportement du sujet.
C. Incapacité à évoquer des souvenirs personnels importants, trop marquée pour s'expliquer par une simple " mauvaise mémoire ".
D. La perturbation n'est pas due aux effets physiologiques directs d'une substance ou d'une affection médicale générale.

En clair, suite à un événement traumatique de sa jeunesse (a priori un viol par son beau-père à 8 ans) et plus globalement une éducations catastrophique, l'esprit de Billy Milligan s'est clivé en un total de 24 personnalités qui cohabitent en lui - certaines plus prégnantes que d'autres. Chacune de ces personnalités ont leurs caractéristiques propres (langage, expression faciale, intelligence, culture, compétences, ...) et prennent possession de la conscience (du 'projecteur' comme le dit Billy) à tour de rôle. Ainsi, une personnalité peut effectuer quelques chose qu'ignore une autre personnalité qui, quand elle va prendre la conscience, se demander ce qu'elle fait là. Ce qui est fascinant, c'est que le changement de contrôle peut se faire plusieurs fois par jour, en quelques secondes. La personne dans la pièce va alors avoir à faire à un interlocuteur totalement différent, bien qu'habitant la même enveloppe corporelle.

Ainsi, la vie de Billy Milligan de 8 à 22 ans (âge de son arrestation) n'est qu'une trajectoire totalement incohérente, un long zig-zag au gré des personnalités prenant le contrôle. L'auteur a suivi et rencontré Billy Milligan à de nombreuses reprises suite à son arrestation. Le livre est donc clairement écrit dans le parti-pris envers Billy, l'auteur se faisant en quelque sorte le porte-plume. Il montre les difficultés de soigner une pathologie mentale aussi complexe (à ne pas confondre avec la schizoprénie), l'incompréhension des autres et notamment des médias, l'embarras de la justice à traiter d'un tel cas, de la possibilité aléatoire d'une réinsertion sur le moyen terme ...

Ce livre a le mérite de mettre en lumière un cas extrême dont l'histoire continue à fasciner trente ans après. J'étais convaincu de la puissance de l'esprit et de ce dont le cerveau humain était capable mais il a encore repoussé les limites de ce que je croyais. Par contre, la forme du récit et la proximité de l'auteur avec Billy Milligan empêche celui-ci de prendre du recul, tant sur le cas lui-même que dans une perspective plus générale (traitement des cas extrêmes, liens justice/medias/institutions psychologiques). Par ailleurs, il faut reconnaître que le livre est assez mal écrit, souffre d'une traduction approximative et aurait pu être plus court (620 pages ...).

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