BO du Blog

lundi 1 février 2010

Méfiez-vous des allemandes

Ceci est l'authentique récit d'un week-end de loose total, de manque de chance, de succession de foirés, le tout d'une pureté proche de 100%, garanti sans coupage à la paraffine. Mais c'est également le récit de presque 20 ans d'embourgeoisement progressif et inéluctable, du passage de statut de jeune con à celui de presque-quadra-bobo ... tout un programme !

Quand j'avais 20 ans, je me levais à 5h du mat' le samedi ou le dimanche, en général en ayant fait la bringue la veille. Nous nous entassions à 3 ou 4 dans ma Super 5 SL (Sport & Luxe), ses 700 kilos à vide et ses 45cv tous mouillés. Nous bourrions nos affaires, skis, surfs à l'intérieur (pas question de mettre des barres de toit, cela aurait beaucoup trop ralenti la voiture ...), mettions l'autoradio à fond, prenions la nationale (trop chère l'autoroute) et foncions vers les sommets. Malgré la pente, les montées étaient avalées le plus souvent sur la file de gauche, le moteur de la Super5 hurlant dans les tours. Si la route était enneigée, nous continuiions jusqu'au point de non-retour. Avec ses petits pneus, la 5 tenait pas si mal la route. Et puis, les virages en glissade ne nous faisaient pas peur. Les têtes-à-queue nous faisaient marrer. On passait devant les grosses bagnoles allemandes plantées dans la neige, devant les quadras ou quinquas roulant à 20 à l'heure ou montant leur chaîne en se marrant et en les traitant de blaireaux. A peine arrivés, nous déballions le matériel, skiions toute la journée en avalant ce qui passait (ou pas) et reprenions la route dans l'autre sens, à même allure (voir plus, ça va mieux en descente), arrivions à 22h pour nous doucher et rebringuer. Nous étions jeunes, cons et pleins de fougue.

A 30 ans, la Super 5 avait été revendue. J'avais acquis auprès d'un mandataire une Seat Ibiza essence GTI 16S 130cv avec une allure de frime qui ne m'allait pas vraiment. Mais enfin, elle avait de la pêche. Nous allions souvent (jusqu'à 20 fois par saison) skier le samedi ou le dimanche. Notre insouciance avait un peu disparue : nous regardions la météo avant de se décider, préparions soigneusement sandwichs et barre de céréales à la veille, nous levions un peu plus tard, temps que nous compensions en prenant l'autoroute cette fois-ci, les 130cv permettant d'avaler le bitume à 180 kmh dans l'ambiance feutrée de France Inter. Nous montions parfois en station, surtout par beau temps. La montée était vite faite, des record parfois battus (2h10 pour Lyon - Val Thorens), les dérapages moins fréquents, les tête-à-queue très épisodiques. Nous recourions maintenant de plus en plus aux remontées permettant d'accéder aux stations depuis les vallées. La forme était bonne, les entrainements poussés en course à pied nous permettaient de progresser en surf et de faire du 9h-17h sans arrêt (pistes descendues d'une traite, pas de pause midi, sandwichs dans les remontées). La seule perspective de manquer 5' de surf possible me brûlait les tripes. Nous nous lancions des défis tels que partir d'une extrémité d'un domaine (Orelle pour les 3 vallées) et de "toucher le mur" à l'extrême opposé de la station. S'arrêter prendre un café à une terrasse me semblait une hérésie. Un sondage réalisé sur un parking de Meribel m'apprit un jour que nous avions réalisé 77 kms de montée linéaire de remontée mécanique dans la journée. Mon coeur d'auvergnat s'emplit de fierté : ça, c'était de la rentabilité de forfait.

A 35 ans, plus de surf. Paternité, travail acharné, fatigue le week-end, envie de grasse matinée, de bouffes avec les copains. La voiture, de fonction désormais, dormait au garage et servait à aller faire les courses à Carrefour ou aller au parc faire une promenade. La forme physique allait decrescendo. J'ai bien tenté une fois ou deux d'aller skier le week-end en quatre ans. Moins de plaisir, plus assez de forme pour faire du 9h-17h. Mon tempérament de type "tout ou rien" en souffrait. Quitte à ne pas pouvoir être à fond, autant ne rien faire.

Vendredi 29 janvier 2010 - 38 ans ou presque. Après quatre années de jachère, nous décidons, ma femme et moi, de partir re-skier. Nous ne sommes pas seuls. En effet, nos amis Antoine et Pierrette (*) se sont joints à nous. Il n'est plus question de partir à la journée. Nous avons donc confiés les enfants (2 pour eux, 1 pour nous) aux grands-parents et réservé un hôtel sympa à Val Thorens pour les vendredi et samedi soir. Pour ma part, ce serait le baptême d'une nouvelle vie puisque je terminais mon travail avant de partir en week-end.

Côté équipement automobile, l'embourgeoisement étant patent. Antoine s'était vu attribuer quelques mois auparavant une BMW Touring 320d de fonction, élégante berline blanche couronnant un poste de responsabilité élevé amplement justifié par son âpreté à la tâche et son intelligence aigüe. Pour ma part, alors que je devais rendre ma voiture de fonction (Golf TDI 105 Cv), je faillis également opter pour une BMW par pure fantasme adolescent (et inspiré par l'exemple d'Antoine). Je finis finalement par acheter d'occasion une Audi A4 2.5 TDI de 163 cv avec boîte automatique 6 ou 7 vitesse (je n'en suis même pas certain, trop dur à compter), avec possibilité de commande séquentielle au volant (Sébastien Loeb-like).

Nous voilà donc lancés dès 17h vendredi sur l'autoroute sur nos destriers bavarois. Un vent de liberté soufflait dans nos cheveux au travers des systèmes de climatisation (dissociés conducteur / passagers) et du filtre anti-pollen. France Inter diffusait mezzo vocce les dernières nouvelles. Le coffre, à peu près aussi grand que l'habitacle de la Super 5, était quasi rempli de tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Nous sommes un peu comme un gaz, nous remplissions tout le volume disponible. Nous avions hâte d'arriver à notre confortable hôtel pour nous installer au coin du feu, déguster un apéritif, faire une bouffe un poil gastronomique, dormir du sommeil du juste et s'enfiler une grasse mat'. La météo s'annonçait affreuses et nous n'avions aucune intention de skier sous le mauvais temps et encore moins de nous lever dès potron-minet.

Dès l'abord de Chambéry, les choses se compliquèrent vaguement. En effet, la dépression prévue par Météo-France était bien au rendez-vous (ceux-là, ils ont toujours raison quand ça n'est pas le moment). Ils commençait à neiger dru et la visibilité descendait à vue d'oeil (si l'on peut dire). Rien d'inquiétant, l'insonorisation de l'habitacle et le flux impeccable de la clim se chargeant de nous abstraire de cette réalité et de ne pas laisser l'aiguille du compteur s'insinuer sous les 160 kmh.

A la sortie de Chambéry puis à l'approche de Moutiers, un léger soupçon d'inquiétude commençait à se faire sentir dans l'habitacle. Nous roulions toujours à bonne allure mais la neige collait désormais à la route malgré le ballet des chasse-neige. Rien d'alarmant certes mais nous n'étions encore qu'en plaine et nous devions monter à 2.300m. Je n'avais bien entendu pas de pneus neige et les seules chaînes dont je disposais à la maison n'aurait pas couvert 60% des boudins qui me servaient de pneus (de) tracteurs (235/45/17).

Moutiers, lieu de vérité. Moutiers, entrée de la Tarentaise, bourgade sombre et laide, enkystée au fond de la vallée, ville-étape comme euphémisent les panneaux-routiers des villes moches de France (comprendre si vous n'avez vraiment pas le choix, il y a l'hôtel de la gare au centre-ville). Moutiers, carrefour à l'entrée des stations de ski les plus prestigieuses. Bifurcation vers la montée de Val Thorens. Au menu, 37 kms de montée ininterrompue et 1.800m de dénivelée. D'emblée, le panneau routier refroidit avec son impérieux "équipements obligatoires". La route qui s'ouvre devant nous est blanche. Aucun chasse-neige n'est passé. Antoine est quelques centaine de mètres derrière.

Le sang de mes 20 ans est encore un peu présent dans mes veines. Je ne m'accorde que peu de chances d'arriver aux sommet mais je me lance. Je passe en mode séquentiel, prend un bon élan et avance. Rapidement, je double même un ou deux véhicules. Ca avance, ça glisse un peu, ça patine un poil. A chaque village, on se demande s'il faut s'arrêter mais non, on continue, 15 puis 20 kms sont avalés. Ca patine de plus en plus mais ça monte toujours. Le char d'assaut teuton avance, les panzer divisionen s'approchent des Menuires.

Tout d'un coup, l'adhérence devient très aléatoire, la voiture chasse seulement légèrement mais la traction devient difficile. Je jongle avec la boîte séquentielle mais l'électronique, Big Brother implacable, contredit mes décisions, la vitesse descend dangereusement, le compteur indique encore 50 kmh mais il est évident qu'un coureur à pied nous dépasserait aisément (bien que la probabilité de voir un type courir à pied par -10°c, 7 à 8% de pente et de nuit est assez faible). Je finis par céder et me range sur un dégagement de 3 ou 4 mètres de large sur le côté. Antoine, qui me suivait plus facilement grâce à ses pneus contact, se gare aussi. Il est évident que je n'irai pas plus loin. Il va falloir que je laisse mon char à 2 kilomètres à peine des Menuires (mais également 12 de Val Thorens, ce qui rend la station, bien que proche, aussi accessible que la Lune).

Antoine a tout prévu : lui a acheté des chaînes. Nous déballons le coffret de chaînes toutes neuves. Ce sont évidemment des chaînes à montage rapide. Antoine a également une lampe de poche qui s'avérera précieuse dans la nuit désormais tombée. Comme de bien entendu, les 5' que doit prendre le montage vont se transformer en 45' (que celui qui a réussi à monter des chaînes rapides dans le temps imparti témoigne ici - les chaînes sont le plus bel exemple de mensonge publicitaire de l'ère chrétienne - dire qu'on a envoyé des hommes sur la Lune mais qu'on est pas foutus d'inventer un truc simple pour rouler sur la neige - grandeur et misère de la civilisation).

Des véhicules passent devant nous. Des Fiesta, des Clio, des vieilles bagnoles. Je m'imagine aisément des fantômes de moi-même au volant en train de dire à ses potes "regarder ces baletringues avec leur chars d'assaut allemands en train de galérer". On est toujours le con de quelqu'un d'autre mais on peut aussi être le con de soi-même à quelques années d'intervalle. Enfin bon, il fait -10°C il nous neige copieusement dessus ; nous sommes accroupis dans la neige, les doigts gelés ; mais la bonne humeur est encore là, quelques péripéties qui nous sortent un peu de notre confort de bobos presque-quadras. On en rigolera autour d'un vin chaud plus tard. On finit par y arriver et on entasse tout le bazar dans la BMW ainsi que nous même. Nous finirons le trajet, ma femme et moi, à deux sur le siège passager. Ah, on retrouve le parfum de l'improvisation et du confort incertain de la jeunesse. Antoine roule à 20 kmh car un léger battement lui fait craindre d'abimer sa carrosserie. Je me rappelle et raconte les chaînages avec ma Super 5 où, une fois équipé, je montais à plus de 50 kmh, réussissant même à faire un tête-à-queue avec chaînes dans la montée de l'Alpe d'Huez. Evidemment, je me foutais d'écorcher la carrosserie à l'époque.

Enfin, nous arrivons à l'hôtel. Il est 21h30. Nous avons mis 4h30 à faire la route (à comparer avec mon record cité plus haut). Nous débarquons les bagages et passons directement à l'apéritif. Whisky 16 ans d'âge, cocktails, bières, le réconfort s'empare de nous. Comme prévu, on rigole de la mésaventure. L'hôtel est très chouette, le personnel charmant, le barman (Loulou !) très sympa, on nous a gardé un plateau froid car le service était fini, bref un endroit super à prix correct (j'en profite pour faire de la pub, il s'agit du Sherpa sur les hauteurs sud de Val Thorens).

Minuit, bien repus et encocktailisés, nous allons nous coucher et passer une grosse nuit. Il nous faut même appeler à 9h15 pour obtenir un sursis pour allez prendre le petit déjeuner. Je me rappelle quelques années auparavant que la perspective de rater l'ouverture des caisses ou la première benne me brûlait l'estomac et ce, quelque soit le temps. Si près, si loin ... Nous prenons (surtout moi, je le concède) un petit-déjeuner de trappeurs. Au dehors, le temps, comme prévu, est mauvais, froid, neige, un peu de vent. Néanmoins, sous l'impulsion de Pierrette, nous faisons une sortie exploratoire et décidons de marcher jusqu'à un refuge d'altitude. Bonne mise en jambe, nous nous arrêtons prendre un thé en regardant Serena Williams, dont les seins et l'arrière-train semblent avoir atteint la taille d'un rat-rack, casser le beau rêve de Justine Hénin dont la poitrine, elle, ressemble à une piste dammée par le-dit Rat-Rack.

Retour à la station. Les oracle de Météo-France se sont finalement plantés. Une neige abondante était annoncée, mais l'épaisse couverture nuageuse se déchire légèrement et laisse entrevoir un possible soleil. Pierrette nous pousse et nous nous hâtons d'aller acheter des forfaits après-midi (une première pour moi) au tarif honteux pratiqué par les stations de ski. Je chausse mon surf pour des retrouvailles difficiles. Cette appendice vert d'un mètre soixante me semble incongru mais rapidement les sensations reviennent. Nous allons finalement passer une belle après-midi, fraîche par moment (-17°C au sommet) mais avec du soleil et le plaisir de la glisse, certes approximatif mais bien réel. La chance revenait, les dés roulaient dans le bon sens. Finalement, quatre heures de ski étaient suffisantes tant mon niveau physique s'est dégradé. Mes cuisses n'ont bientôt plus été que des éponges à acide lactique.

Retour à l'hôtel, vin chaud, jacuzzi, apéro, repas gargantuesque, fin de journée au coin de feu. Les plaisirs de quadras étaient de retour. A 22h30, éreintés, nous allions nous coucher. L'effort physique tout relatif nous avaient épuisés (je m'endormais en pensant que quelques années auparavant, il m'arrivait de faire un footing de décrassage après 8h de surf ...).

Réveil à 9h la poitrine compressée par un début de bronchite, succession logique de la crève qui m'avait mastiqué le nez toute la semaine. Un peu de codéine me remet dans le bon sens. Un coup d'oeil par la fenêtre m'indique que le ciel est entièrement dégagé et que les remontées sont ouvertes. Quelques années auparavant, le fait d'avoir raté le démarrage m'aurait rendu fou et irascible. Mais les courbatures de la veille et les années font une couverture bien épaisse au-dessus de cet ancien sentiment. Il faut d'abord petit-déjeuner et libérer la chambre. Décision est prise d'entasser les affaires dans la BMW d'Antoine, de filer aux Menuires, de dégager mon tank germanique et de prendre un forfait après-midi (encore !).

Départ de la station à petite allure. La température est en-dessous de -15°C, la route brille mais le soleil aussi. Tout va bien, ambiance au beau fixe. 2 kms après la station, dès alarmes se mettent à sonner dans la voiture. Elles se succèdent rapidement, on se croirait dans le vol AF447 Rio-Paris. Je fouille compulsivement dans le manuel de la belle bavaroise pour essayer de comprendre de quoi il s'agit. Diagnostic : problème électronique, perte de puissance moteur, arrêt imposé. Antoine insiste un peu mais le moteur se coupe. Plus de freinage. Nous finissons par arrêter le blanc carrosse sur un parking en bord de route.

Après 20' d'essais infructueux, la bonne humeur commençait à descendre avec notre température corporelle. Commença alors une séance d'appels à BMW Assistance 24/24. Evidemment, un dimanche, en montagne, ça n'était pas simple. Impossible de faire réparer l'engin. Antoine et Pierrette obtiennent qu'un taxi vienne nous chercher à Val Thorens. Une voiture de location les attendra à Moutiers. Le taxi est prévu pour dans une heure. La perspective de l'après-midi de ski commence à s'éloigner doucement. Des Clio continuent à descendre, l'électronique ne les empêchant pas d'avancer. Nous n'osons plus imaginer ce que se disent les conducteurs.

Nous décidons, afin d'éviter de passer au stade de la double-pneumonie, de remonter à Val Thorens. Nous nous faisons prendre en stop par les pompiers et montons à l'arrière de leur fourgonnette. Nouvelle expérience : j'avais déjà été pris en stop par un flic roulant à 150 sur une départementale et par un tracteur mais des pompiers, jamais. Et des pompiers saisonniers en plus : l'été dans le sud, l'hiver à la montagne.

Arrêt par un bar pour voir Federer crucifier Andy Murray et se goberger d'un 16ème Grand Chelem. Ce type est énorme. Notre taxi arrive. Nous nous engouffrons dedans et partons récupérer nos baleines teutonnes échouées sur la banquise. Premier arrêt auprès de la voiture d'Antoine pour récupérer toutes les affaires. Puis nous descendons aux Menuires pour qu'il laisse les clefs à un garage. La belle allemande est désormais abandonnées à son sort.

Enfin, nous arrivons à la troisième étape qui est mon Audi. Bonne surprise : elle n'est recouverte par un tas de poudreuse poussée là par un chasse-neige. Je me glisse au volant, démarre l'engin qui vrombit au premier tour de clef. Mais je constate rapidement que quelque chose cloche : l'habitacle est rempli de verre. En effet, de gentils plaisantins ont brisés la vitre et le rétroviseur, embarqué l'autoradio ainsi que la console centrale (avec toutes les commandes) en ne manquant pas d'abîmer la portière au passage. Les choses commencent à tourner à l'aigre ... J'avoue qu'en cet instant, les coutumes moyenne-orientales consistant à couper les mains des voleurs me semblent assez acceptables. Autant je suis plutôt un militant du droit à la seconde chance et peut trouver une certaine, sinon indulgence, compréhension pour des violeurs ou autres pédophiles qui sont avant tout, selon moi, des malades, autant des types qui vous pourrissent la vie bêtement pour ce genre de choses ou pire par un cambriolage (avec le sentiment de viol de la vie privée qui s'en accompagne) m'inspirent un dégoût profond. D'autant plus que je sais fort bien que ce genre de choses s'effectue dans une impunité assez forte. Et c'est ce genre de choses qui nourrit le fameux "sentiment d'insécurité" ... Nous sommes tous assez interloqués. Autant laisser sa voiture parquée un week-end à Vaulx-en-Velin expose à ce genre de choses, autant sur le bord d'une départementale de montagne, c'est plus improbable.

Avec l'aide magistrale du taximan, nous arrivons à dégager le paquebot, ce qui ne fut pas une mince affaire dans la couche de neige épaisse. Restait maintenant à le descendre à Moutiers. Je m'équipais de pied en cap, bandeau, bonnet et commençait la descente. Les commandes de la clim ayant été volées, je n'avais aucun accès à l'air chaud et celui de l'extérieur à -14°C s'engouffrait dans l'habitacle. Ayant constaté que la vitesse ne changeait pas grand chose, je descendais à bonne allure (jusqu'à 120), étant seulement un peu gêné dans le passage des vitesses au volant par le port des gants.

Après avoir récupérée la voiture de location d'Antoine et Pierrette, il était maintenant nécessaire d'aller porter plainte afin que la brigade de Moutier puisse se mobiliser pour une chasse à l'homme avec leur experts scientifiques et leurs plus fins limiers ... ou plus probablement établir les papiers pour l'assurance. Mais la brigade n'ouvre qu'à 15h (le temps de respecter la pause post-prandiale, j'imagine). Nous allons donc jusqu'à une station-service où un improbable rastafaraï portuguais ultra-sympathique nous fournir des sacs-poubelle et du Chatterton afin de pouvoir boucher le trou béant de la fenêtre tant bien que mal.

Retour à la brigade qui a ouvert entre temps. Je pus constater que la gendarmerie s'était mise à la page du XXIème siècle car le gendarme de faction vint immédiatement prendre des photos de l'épave qui jonchait leur parking. La suite fut moins science-fictionnesque. Je m'attendais à passer un bout de temps dans la Gendarmerie et ne fut pas déçu : 45' pour obtenir un bout de papier d'une page 1/2 (recto). 30' la page, sacré rendement. Je fus d'abord convié à poireauter environ 10' avant que le gendarme ne revienne. Son premier réflexe a été de me demander pourquoi je n'avais pas été à la brigade de Saint-Martin-de-Belleville, plus près des Menuires (c'est dire s'il avait envie de faire le dossier ... j'imagine qu'il eut préféré regarder la redif' de la finale de l'Open d'Australie). Il se mit alors à son clavier et je pus, en même temps qu'une jeune recrue pleine de talent (il lui a fallu des explications pour faire une photocopie de mes papiers) faire une revue de détail des logiciels de la Gendarmerie Nationale. Comme il me le dit, c'était une procédure simple. C'est-à-dire qu'il lui fallut ouvrir pas moins de 4 logiciels différents, noter des numéros de dossier sur des post-its, les reporter d'un soft à l'autre, faire des copier-coller improbables, faire appel à pas moins de 3 collègues pour qualifier l'infraction (vol avec dégradation ou dégradation avec vol ?), le tout sous le regard bovin de la jeune recrue dont j'observais avec inquiétude le Sig Pro à la ceinture (s'il était aussi doué avec ça qu'avec la photocopieuse ...).

Enfin, nous ressortîmes avec le précieux sésame. 16h, toujours pas déjeuné. Nous finîmes par nous nourrir de sandwichs, Coca et chips dans une station-service. Vint enfin la séance du retour qui eux méritée une photo pour égayer ce post. Pour lutter contre le froid, j'enfilais 2 pulls, 3 paires de chaussettes, mon bandeau, un bonnet, mon masque, me calait l'iPod à volume max dans les oreilles et prenait la route dans cet accoutrement fantaisiste. AC/DC arrivait à couvrir le battement du sac-poubelle et je pus faire la route à allure normale (160).

Arrivée à Lyon à 18h30, belle journée gâchée, une voiture laissée à 2.200m, une autre martyrisée. Le pire, c'est que nous n'étions même pas en colère. La solidarité entre nous nous avait permis de faire front. Et puis, c'est peut-être ça arriver à la quarantaine : on n'a plus les moyens ou l'insouciance des vingt ans, mais on a plus de recul et de sérénité et on se dit que tout ça, finalement, fera des souvenirs !

(*) Pour conserver leur anonymat, les prénoms ont été modifiés.

18 commentaires:

  1. Et dire qu'avec une paire de chaine (ou son équivalent bobo les "chaussettes" à roues), la plus grande part de ce récit serait de la fiction...

    Comme quoi être bobo aussi ça s'apprend, suffit pas de rouler en berline allemande...

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  2. ah oui les chaussettes à roue
    effectivement, un belge, la trentaine et sa donzelle sont repartis de Val Tho en même temps que nous avec une caisse moyenne-
    confiant le gars ... il repart pour le plat pays, avec 37 kms de descente sur une route bien glissante ... avec un pétard allumé au bec !

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  3. Sinon la prochaine fois prend le "quatro" sur ton Audi (un must de la marque quand même....)

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  4. Quelle est cette anonyme mauvaise langue anonyme ??
    Je suis immatriculé en 13 !!!

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  5. à ton avis? les retours de ski en seat sur la file de gauche à refaire le monde....les journées de surf a s'en bruler les jambes les hors pistes... et mon train raté pour Paris....
    un flash de radar entre orelle et st pierre de chartreuse avec un Bn dans la bouche...(belle photo) .et pour finir "porte de bagnole"t ca te parle ?

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  6. Hihihi sympa ce blog...
    Sur le mien aussi je parle de trucs qui m'énervent... Je t'y invite volontiers !
    http://leblogdecocolabulle.blogspot.com/

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  7. @Anonyme : là oui ça devient clair... j'ai effectivement occulté lachement le fait que non seulement je traité les échoués de blaireaux mais aussi de parigots ... mea massima culpa ... kyrie eleison ... parigot me voici

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  8. @Coco la bulle : et pan bookmarké ! et bientot RSSisé ;)

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  9. bravo, j'ai beaucoup ri, jaune... tellement je me suis reconnu. J'étais aussi ce WE dans la vallée de belleville, en Audi sans chaine . Pour nous ca été un peu plus calme si ce n'est les 3 heures bloqué sur l'A43, vendredi soir à 23 heures.
    Bravo pour le style de ton blog.

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  10. Moi je propose que l'on se cotise pour lui payer ces chaines. Déja que tout énerve Nicolas, si on pouvait lui éviter ça en plus ça serait une bonne avancée. Excellent récit d'une tranche de vie hors norme. A quand un recueil des meilleurs morceaux ? Genre "best of Nicolas" ?

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  11. A quoi ça sert de jouer les bourgeois avec une voiture de frimeur si c'est pour rester risiblement engluer dans la poudreuse mdr!! Z'ont pas mis les chaînes dans les options de votre belle allemande?? Au prix de la caisse!! J'ai fait mieux avec ma C2... je ne vous cache pas que je suis complétement péter de rire devant mon écran!!

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  12. @nico : dans la vallee des Belleville en Audi sans chaînes ? Là, tu m'intéresses !
    Audi Quattro ?
    où dans la vallée des Belleville ? St-Martin ?
    pourquoi bloqué sur l'A43 ?
    D'ailleurs un gendarme m'a dit lundi que la route avait été fermée à Moutiers samedi matin ...

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  13. @Christophe : bah déjà il faut que je remette cette foutue voiture en état ! Et dire que ça faisait peut-être 7 ou 8 ans que je n'avais pas eu besoin de chaînes ... Un Best-of ? Tiens, c'est une idée ... je pourrais réunir les posts les plus lus ... j'ai la stat !
    @Karyn : sur les allemandes, tout est en option ! S'il y avait un constructeur auvergnat, y serait moins radin que ça !

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  14. ah oui je confirme!!! Pour en avoir un à la maison (d'auvergnat hein!) y'en a jamais assez et pourtant c'est bien assez cher!

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  15. il est temps que je revienne te botter le cul car effectivement ton recit me fait froid dans le dos.
    si ca continue tu vas porter une poche pour ne plus a te lever et a aller aux chiottes....

    La prochaine fois que je t'attrappe on reloue ta super cinq et on explose le record de kilometre de piste dans la meme journee...bordel...

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  16. Ouai et je veux t'entendre nous engueller quand on t'obligera a faire du hors piste...et nous décrire la mannière dont tu as fait tes sandwitchs avec de la viandes de grisons....
    je n'ai qu'une chose à dire : prends ta combi "vintage", ton surf et appels tes potes pour une journée de poudre....

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  17. @Dobbey : si t'arrives à louer une Super5, je descends Caron en schuss les yeux bandés en fumant une tige (la dernière)
    @Vince : ah les sandwichs aux grisons !!! j'avais oublié .. comment avais-je pu ! Je devrai écrire un livre de recettes "mes meilleurs sandwichs au ski" aux éditions SurfMagazine

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