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mercredi 3 février 2010

Petit baromètre de la haine ordinaire


Après mes aventures du week-end, retour à la réalité sèche et crue. Je dois occuper mes premières journées de break professionnel à réparer les pots (ou plutôt les vitres) cassés. Assurance, visite au garage pour rien, laisser la voiture pour expertise, attendre l'avis de l'expert, faire faire la réparation. Rien de grave, juste du temps perdu en avant, du temps qui aurait pu être dépensé à autre chose et qui est gâché dans les méandres des petits arrangements raisonnables. Sans compter les 350 euros perdus dans l'histoire.
Je me suis toujours senti démuni face à ce que les gouvernants appellent pudiquement les incivilités. Je ne vais pas m'auto-canoniser mais enfin je ne me rappelle pas avoir frappé quiconque dans ma vie, avoir volé quoique ce soit de significatif ou fait du tort bêtement à autrui. Surement une question d'éducation, de censure morale, de surmoi. Rien d'héroïque à cela mais cela me laisse assez démuni quand j'ai à faire face à cela de la part de quelqu'un.
J'ai eu mon lot de ces petites surprises, pas plus que d'autres, pas moins non plus. Ca a commencé à l'adolescence ou j'ai du, plaqué à un mur par trois lascars, assister au cassage de gueule en règle d'un pote. J'ai eu droit à diverses avanies sur mes différentes voitures : vol d'une roue, puis de deux, de l'autoradio, casse d'une vitre. Un petit cambriolage aussi. Rien de grave, l'assurance m'a remboursé mais la sale impression du viol de son chez-soi et la perte de tous mes CDs.
J'avoue qu'à chaque fois, j'ai eu une poussée de haine, un désir de vengeance par procuration né de mon incapacité à comprendre le phénomène. Curieusement, c'est moins le cas cette fois-ci. Tout ne m'énerverait-il plus ? Le titre de ce blog serait-il une usurpation ? Ai-je atteint les rives de la résignation bouddhiste ? Je ne sais ...
Est-il si anormal, face à ces agressions certes peu graves, de ressentir un désir de vengeance, voir de haine ? De souhaiter que les coupables soient punis ? Je ne le pense pas. Or, c'est bien ce sentiment d'impunité qui fait naître le ressentiment. Ce genre d'acte ne conduit à aucune enquête (sauf si on est fils de Sarkozy). Il faut donc que les auteurs soient pris en flag', ce qui a peu de chances d'arriver. Et dans ce cas, l'on sait que les auteurs vont faire l'objet d'un rappel à la loi, puis de sursis et enfin de peines légères qui ne seront effectuées qu'à 50%. Sachant encore que 20% des peines en France ne sont jamais effectuées (oui, cela paraît étonnant, mais c'est la réalité).
Alors quoi ? Donner dans les sirènes sécuritaires ? Se ruer dans les bras de Jean-Marie ou de ses avatars plus respectables ? Ce n'est pas et ce ne sera pas mon cas. Pour tout un tas de raisons :
- En tout immodestie, je pense que mon éducation me protège de ces nageurs sous les lignes de flottaison des foules, comme dirait Cantat
- Ces incivilités me sont arrivées à un rythme assez faible pour que le désir de vengeance puisse retomber avant la suivante
- J'ai la chance de pouvoir décaisser 350 euros sans que cela ne mette en péril mes fins de mois
Serait-ce la même chose si j'habitais en banlieue, étais payé au SMIC, n'était même pas assuré tout risque et s'il m'arrivait des choses de la sorte trois fois plus souvent ? Je n'en suis pas certain ... Il est facile de jouer les belles âmes quand on habite dans le VIIIème et que tout cela n'est qu'un fantôme bien lointain. Je n'ai pas peur des tsunamis, j'habite à 300 kms des côtes dans une zone non sismique. Dois-je me moquer de ceux qui les redoutent en Asie du Sud-Est ?
C'est pour cela que je me suis toujours gardé d'ostraciser les électeurs du FN. Je dis bien les électeurs, pas les dirigeants. Certes, il y a parmi eux un pourcentage de racistes ou antisémites indécrottables mais aussi et surtout des pauvres gens qui ne peuvent gérer le sentiment d'injustice que je décris autrement que par les urnes.
Là encore, les belles âmes diront que les voleurs d'autoradio de voitures échouées sur le bord de la route étaient des pauvres âmes en déshérence ne cherchant qu'à vendre le matériel à la casse du coin pour pouvoir payer un steak qu'ils ramèneront à leur enfants aux yeux embués de larmes ... mais j'ai du mal à y croire.
Alors alors quelle solution entre l'angélisme dont la gauche jure être sortie mais et les gesticulations sarkozyennes qui font monter stratosphériquement le taux de garde à vue mais ne résout rien ? Peut-être pas grand chose finalement ...
Une des rares lois qu'a votée le parlement depuis 2007 et qui ne me semble pas déraisonnable face au phénomène sécuritaire sont les peines planchers. Certes, les juges et les défenseurs des droits de l'homme pleurent la perte de l'individuation de la peine mais celle-ci n'est-elle pas une fumisterie quand les audiences de comparution immédiate durent cinq minutes ?
Cela s'inspire du three strikes act californien qui est certes un peu exagéré (prison à vie à la troisième sentence) mais aussi très caricaturé. Un exemple avait ému la France : un type qui avait commis son troisième larcin, à savoir volé une pizza, avait pris perpet'. Les médias avaient oublié par la suite de préciser que le jugement avait été cassé. Forcément moins croustillant ...
L'application de ces peines planchers semblent ne pas vraiment marcher car il est possible d'y déroger (et les juges ne s'en privent pas). Personnellement, sans céder à la haine (y essayant en tout cas), un principe de peine croissante automatique en fonction du nombre de récidive de délits du même niveau (oui car en France, pour qu'il y ait récidive, il faut avoir fait deux fois la MEME chose, ce qui limite pas mal ...). 1 fois = sursis ; 2 fois = 1 an ; 3 fois = 3 ans, ...
Bien sur, cela n'est à réserver qu'à des délits mineurs, il n'est pas question de traiter les viols, braquages ou meurtres de la sorte. Mais ce ne sont pas les meurtres qui créent le sentiment d'insécurité : il y a 10 fois moins de chance d'être tué volontairement que dans un accident de la route en France ..
Les belles âmes y verront une dérive sécuritaire. J'y vois personnellement une règle du jeu claire, connue d'avance, qui permet de tracer une frontière claire et fait passer un message de non-tolérance par la société. Et peut-être la possibilité à terme de dépolluer le débat politique de l'insécurité dans lequel il est englué depuis 10 ans.

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