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mercredi 3 février 2010

Prosternez-vous devant le dieu PIB


L'ensemble du monde, au moins le monde dit "occidental" est assujetti au dieu PIB et à son prophète-dérivée, la croissance. Les religions se sont affadies mais les peuples et leurs gouvernants, de Séoul à Paris, de Londres à Los Angeles, prient, se prosternent et font des offrandes à ce dieu capricieux qui semble se refuser à nous en ce moment (et plus globalement depuis 30 ans pour l'Europe). Tout l'échiquier politique, pour des raisons diverses mais convergentes, se sont elles aussi converties à ce culte moderne. Culte auquel adhèrent d'un même élan syndicats, ONG, think-tanks... Seuls quelques groupuscules alter-mondialistes et certains écologistes prônent la décroissance, mais, agissant ainsi, ils se référent encore, en creux, au PIB.

Il paraît indéniable que le PIB en tant qu'indicateur souffre de nombreuses carences:

- Il intègre principalement les services marchands. Les services publics sont sous-évalués ; l'associatif et les ONG sont comptés pour une valeur nulle (dès lors, accroître le PIB ne peut que servir la doxa libérale puisque la privatisation d'un service public ne peut qu'accroître le PIB).
- Il sur-évalue certains secteurs par rapport à leur valeur réelle (la croissance récente pré-crise des États-Unis a été tirée par les secteurs banque/assurance; cela reflète-t-il une réalité?).
- Il postule que la variable environnementale a un coût nul: le pétrole ne coûte que sa valeur d'extraction (Mère Nature donne le matériau brut) et les dégâts à l'environnement n'influent pas le PIB (ou alors à la hausse via le marché de la dépollution).
è Il ne tient pas compte de variables humaines certes subjectives mais essentielles telles que santé, sécurité, éducation, liberté...

Le fait que la mesure du PIB soit entachée de nombreuses tares est aujourd'hui largement admis. Pour preuve le fait que Nicolas Sarkozy a enrôlé le fameux Joseph Stiglitz (qui partage largement ce constat) pour s'atteler au grand œuvre qui consisterait à trouver une nouvelle mesure.

Quelques réflexions à ce sujet:

- Il existe déjà des indicateurs alternatifs tels l'IDH (Indice de Développement Humain) ou encore l'IBED (Indice de Bien-Etre Durable) visant à pallier les carences du PIB.
- La démarche consistant à créer un seul indicateur synthétique visant à mesure l'avancement supposé de nos sociétés n'est-il pas une démarche vaine? Arriver à réduire l'activité de millions d'individus (ou milliards à l'échelle de la Planète) en un seul nombre et à en calculer les variations trimestre par trimestre n'est-il pas vain?
- Pourquoi cette ambition d'arriver à cette synthétisation extrême? Ne pourrait-on pas se contenter d'avoir des indicateurs ciblés? On peut postuler que cette volonté correspond à une époque de médiatisation extrême, alliée à une volonté (politique notamment) de communication simple (simpliste?) et à une faible culture économique des populations.

Au-delà de ces considérations purement rationnelles, je pense que le PIB joue pour notre civilisation le rôle de totem au sens où Freud l'a défini (in Totem & tabou, 1913). Freud définit le totem comme un animal qui joue le rôle d'esprit protecteur, et qui est protégé par tout une série d'interdictions dont la transgression est passible de graves punitions. L’animal-totem est considéré comme un membre du clan à part entière. Le totémisme est également un système social dans la mesure où il crée des obligations entre les membres du clan et un système religieux qui définit les relations entre l’Homme et le totem. Enfin, le totem, malgré l'ensemble des interdictions qui lui sont lié, représente une source de sécurité et de repos psychique pour l'Homme. A mon sens, le PIB joue pleinement ce rôle aujourd'hui (fédérateur, créateur d'un système de valeurs, source d'adoration et de crainte, symbole quasi-religieux, ...).

Je renvoie par ailleurs à la lecture de l'excellent ouvrage de Dominique Meda sur le PIB.

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