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lundi 22 février 2010

Quand la hi-tech et l'industrie partagent les mêmes maux... (SSII partie 1)

Imaginons un secteur d'activité qui regroupe les principaux maux ou peurs du monde socio-économique français actuel:

- Des conditions de travail difficiles, des contraintes fortes sur les horaires, la mobilité...

- Un faible taux de formation continue

- Des salaires stagnants

- Une pression liée à la mondialisation et à la peur de la délocalisation

- Les inconvénients liés à la sous-traitance, parfois en cascade (pression en bout de chaîne notamment en cas de crise économique, salariés de "seconde zone"...)

- Une précarité latente

- Un turn-over pouvant atteindre de 15 à 20% par an

Ce secteur, on l'imagine aisément être dans l'industrie, de préférence à faible valeur ajoutée et "vieillissante" et se faisant avaler par la Chine. Et pourtant, c'est du secteur des SSII qu'il s'agit. SSII est un acronyme bien connu des salariés de l'informatique: Sociétés de Services en Ingénierie Informatique.

Le principe est que les entreprises rechignent à gérer leur informatique par elle-même (en tout cas pas complètement) et font appel aux SSII pour prendre en main tout ou partie de leur système d'information. Cela va du simple conseil à l'outsourcing (l'entreprise a son système up and running clef en main) en passant par le développement ou l'intégration de logiciels. L'avantage pour l'entreprise-cliente est principalement la flexibilité: pas de gestion des compétences à faire, possibilité d'augmenter ou baisser les budgets selon la conjoncture sans se soucier des Ressources Humaines. Bref, les classiques avantages de la sous-traitance.

Pour les salariés, cela peut prendre plusieurs formes: soit le salarié est en Assistance Technique ou Régie (c'est-à-dire qu'il est prêté, avec son bagage de compétences, à l'entreprise cliente, pour une durée donnée), soit il travaille au Forfait (souvent chez le client, mais avec un objectif et un timing projet), soit il travaille en Centre de Services (centres spécialisés en développement, surveillance de systèmes...).

Ce secteur occupe, selon les classifications, entre 250.000 et 300.000 salariés, soit un gros tiers des effectifs informatiques en France (le reste étant chez le client final) et pèse plus de 20 milliards d'euros. La France est un fer de lance européen du secteur avec des entreprises comme Cap Gemini, Atos-Origin, Altran, Sopra qui comptent parmi les plus belles success stories françaises des 20 dernières années. C'est donc un domaine de fierté national illustrant notre capacité à exister dans les secteurs hi-tech et innovant. Mieux, lorsqu'on regarde les classements-marronniers sur "les entreprises qui recrutent", les SSII figurent systématiquement parmi les meilleurs élèves.

Et pourtant, pour peu que l'on veuille regarder derrière la scène et ne pas considérer qu'un salaire correct (car oui les salaires pratiqués sont très corrects en regard de la moyenne des salaires français) vaut blanc-seing pour l'employeur, les choses sont loin d'être si roses:

- Le fondement de ce secteur d'activité repose sur le prêt de main d'œuvre... qui est interdit par l'article 125-3 du code du travail (non sans raison ...).

- Les conditions de travail dans ces sociétés font qu'elles sont un passage subi (même si souvent obligé) pour les jeunes diplômés.

- Ces mêmes conditions de travail sont fortement génératrices de stress (mobilité, inter-contrat...) et, si le cas France Télécom est mis en avant, les mêmes problématiques sont à l'œuvre dans les SSII, suicides en augmentation notamment.

- Enfin, malgré l'étiquette hi-tech, réelle ou supposée (les SSII communiquent souvent sur l'expertise mais vivent plus prosaïquement de tâches qui ne sont pas forcément à la pointe de l'innovation) et malgré une activité de services (les services étant souvent montrés en exemple comme non-délocalisables, au contraire de l'industrie), ce secteur est sous la contrainte très forte de la délocalisation (le leader français Cap Gemini a annoncé employer plus de la moitié de ses effectifs en Inde avant de se raviser, comprenant certainement que ce n'était pas très politique correct -mais les marchés auront entendu la première déclaration) et de la concurrence de pays low-cost (Inde, notamment, avec des acteurs montant comme Wipro).

Que les familiers de ce secteur me pardonnent les simplifications que j'ai faites dans cette 1ère partie ouverte à tous (la seconde aussi, rassurez-vous!). Je souhaite seulement pointer les mécanismes sociaux présents dans ce secteur et leurs impacts (gestion des compétences sur le moyen/long terme inexistante, pas ou peu de liant culturel/géographique entre les salariés, emploi en tant que sous-traitant, compétition interne inhérente à l'inter-contrat), leur raison (moins-disant économique et flexibilité qui sont les seules raisons d'être de cette industrie) et en quoi la mondialisation, comme dans l'industrie, joue un rôle de catalyseur et risque, à terme, de saper une partie des fondements de cette industrie.

A suivre donc ...

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