BO du Blog

dimanche 14 février 2010

Reac de salle d'attente


Ayant des maux de tête chroniques depuis quelques temps, je décide d'envoyer quelques mails à des centres de la douleur en décrivant mes symptômes. La plupart me répondent style OK pour un rendez-vous en 2014. Il faut avoir mal mais pas trop ...
Celui du CHU de Saint-Etienne, riante ville de la Loire (glups) m'a ouvert ses portes en le temps record de 3 semaines. Je m'y rends donc vendredi dernier en traversant un paysage superbe de neige fraîchement tombée, de congères dans les champs. Superbe mais vaguement glissant, notamment au passage du col du Pilon. Occasion pour moi de retrouver avec émotion certains coins visités en courant lors de la mythique Saintélyon.
Arrivé à l'hôpital, j'ai eu droit à l'inévitable accueil glacial. Comme si ça n'était pas déjà assez pénible de foutre les pieds dans un hosto, les "hôtesses d'accueil" semblent être sélectionnées pour êtres les plus mal baisées de l'univers et de sa banlieue proche. Et il faut toujours avoir des étiquettes. L'étiquette est l'alpha et l'omega de l'hôpital français ... Si on vous demande qu'est-ce qui fait la spécificité du système de soin français, censément le meilleur du monde, répondez sans hésiter : les é-ti-quet-tes (je sèche un peu sur le découpage en syllabe ...).
Ce préalable étant fait, une fois passé l'obstacle neigeux, une fois garé à l'hôpital (à 3 kms du bâtiment que je cherchais, les parkings proches étant réservés au médecin), je me retrouve dans la salle d'attente. J'ai oublié de me munir d'un journal et leur réserve est d'une pauvreté consternante.
Mais il y a du spectacle dans la salle d'attente. Trois personnes sont là :
- un type jeune en pantalon de treillis et sourcil piercé, habitant de Grammond, village "très cool, pas de stress" de son propre aveu, et dont le regard semble affecté par trois barrettes de Lexomil. Il est flanqué de 2 gamines de 4 ans environ qui s'amusent avec quelques jouets
- une femme d'âge moyen
- un vieux bouc originaire d'Annonay

Très vite, je me rends compte que le vieux bouc (appelons-le Roger) est d'humeur bavarde. Il raconte son périple par le Col de la République pour arriver là. Puis il enchaîne sur le bon vieux air du "c'était mieux avant" en remarquant que de son temps, les gamins n'avaient pas autant de jouets et s'amusaient autant. Et puis, il n'y avait pas de violence dans les écoles. Tout le monde était habillé en blouse, pas de jalousie, pas de téléphone mobile. Ah, les années 40 en Ardèche, pays de cocagne ...

La compagne du réjoui de la crèche se pointe, un tromblon largement plus vieille que lui, à l'air aussi sévère que lui est cool et embarque les gamins. Je ferme les yeux, simulant une soudaine fatigue pour échapper à la verve de Roger. Il entreprend alors la femme en lui commentant "L'Ardechois", journal local de son bled dont il s'est muni.
"Ah, encore un cambriolage"
"Et de la violence"
"Le monde part vraiment en brioche"
"Il faut rétablir le service militaire"
La femme opine bêtement du chef en jetant des coups d'oeil affolés à droite à gauche pour se sortir de la situation. Je ne viens pas à son secours. Pas folle la guêpe.
Et le vieux continue
"Bah il faudrait un gouvernement qui les mate"
"De toute façon, on les connaît, on sait bien qui c'est"

La femme échappe à la logorrhée réac de Roger quand son médecin arrive. Je me rencogne dans mon siège pour éviter Roger. J'y arrive plutôt bien. Je m'en tire avec une seule question sur l'état de l'autoroute ... C'est pas écrit Bison Futé, non ?

Enfin, je peux me tirer de là avec l'arrivée de mon médecin. Je n'ose dire Docteur car le titre du type est "Monsieur". J'ai comme l'impression qu'ils m'ont refilé un bleu. Il m'entraîne dans une salle où il s'assoit à côté de deux autres blouses blanches qui me scrutent.

Le tableau est assez spécial. Le chef a la trentaine, une mèche grasse rabattue sur son crâne nettement dégarni et une bedaine proéminente. Son première acolyte arbore un casque de cheveux improbable et a un regard fixe de bovin qui ne le quittera pas de tout l'entretien (il n'a pas dit un mot). Enfin, une gazelle complète le tableau, un remake de Sade en plus clair.

Sur le coup, j'ai cru à une caméra caché. J'ai failli pouffer de rire en me disant que j'étais au milieu d'une séquence du Comité de Visionnage. Vous savez, l'OVNI d'Edouard Baer à la fin de Nulle Part Ailleurs.

C'était vraiment très intéressant !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire