BO du Blog

jeudi 11 février 2010

Total : vivons heureux, vivons numéro deux


Hier, le labo français Sanofi-Aventis annonçait aux marchés financiers des résultats en forme olympique (c'est de saison) : un chiffre d'affaire de 29,3 milliards d'euros (en hausse) et surtout un résultat net de 8,471 milliards d'euros. Soit une rentabilité nette de près de 30% : ça dépote.

Et j'ai une pensée émue pour l'équipe financière de Total, qui annonçait ses chiffres aujourd'hui et qui a du passer la nuit entière à les revoir. Oui, les béotiens pensent que les comptes d'une entreprise, c'est quelque chose de totalement (sans jeu de mot) scientifique, qui tombe pile poil, un résultat d'équation qui ne saurait tolérer le moindre écart. Eh bien pas du tout, ça se bidouille, ça se tort, ça s'enjolive ou s'enlaidait à coup de provisions et de dépréciations notamment. Les américains appellent ça le Window Dressing. Bien entendu, on ne peut faire d'un canasson un cheval de course ... mais enfin, on peut modifier un peu. Par exemple, un PDG nouvellement nommé sera tenté de passer des provisions énormissimes (bilan plombé) et de dire que son prédécesseur était un bras cassé de première puis de reprendre ces provisions l'année suivante (bilan amélioré) et de mettre en avant sa fantastique gestion et se reprise en main de la boîte.

Revenons à Total donc. J'imagine bien Christophe Margerie-les-belles-bachantes, président du géant français, après avoir entendu les chiffres de Sanofi, appeler son directeur financier et lui dire en substance :

Mon pote, tu te démmerdes comme tu veux, mais je veux que notre résultat net soit en-dessous de celui de Sanofi. Suffisamment pour que ça soit pas trop téléphoné mais pas trop en-dessous non plus. Je voudrais pas faire plonger le cours de bourse, j'ai des stock-options à vendre


Oui bon je suis mauvaise langue sur la dernière phrase mais enfin Cricri-la-moustache-en-guidon-de-vélo ne m'en voudra pas.

Et donc l'équipe du service finances bosse toute la nuit ... Et miracle ce matin, Total annonce un résultat net de 7,784 milliards d'euros. Numéro 2 français. Pari réussi.

C'est que le Margerie, il est pas bête. Il a vu l'an dernier la somme de problèmes que représente le fait d'être n°1. Et vas-y que des politicards démagos proposent une super-taxe sur Total au prétexte que le bénéfice vient de la hausse du pétrole et vas-y que je peux plus licencier en paix, et vas-y que l'on dit que Total ne paye presque plus d'impôt sur les sociétés en France en délocalisant ses bénéfices. Que des emmerdes, je vous dis.

Du coup, cette année, il a refilé le mistigri au fringant PDG de Sanofi-Aventis, Christopher Viehbacher. Ah, il va voir comme c'est sympa d'être le numéro 1 français des bénéfices ...

Je les vois d'ici les ennuis :

- On va commencer par lui demander une super-taxe sur les bénéfices au prétexte que ils se sont fait du fric sur le dos de la grippe A et donc des français et de leur santé. C'est peut-être même Roselyne elle-même qui pourrait demander non ? Et tant pis pour la réalité qui est que l'activité vaccin ne représente que 10% du CA, que l'activité grippe seulement 3% et le vaccin H1N1 (mondialement) 1,5%
- On va ensuite interdire Chris de mettre en oeuvre la partie la plus importante de son plan Transforming à savoir virer du monde
- On va vouloir qu'ils distribuent leur camelote gratos en Afrique
...

Ah il se prépare une bonne année de merde le père Viehbacher. Alors qu'il va être super occupé. Notamment à externaliser sa R&D. Oui, bon, les chercheurs y sont sympas mais enfin ... il faut se focuser sur le core-business ... affronter les grèves (qui ont déjà commencées ... même dans la production du vaccin H1N1 et ce dans un silence assourdissant de la presse)

Alors, à qui le tour l'an prochain ?

2 commentaires:

  1. pendant 5 ans ans on "focus sur core business" et après on "diversify", et après ? on recommence !

    RépondreSupprimer
  2. ouais comme aurait dit mon grand-pere : faire et défaire, c'est toujours du boulot ...

    RépondreSupprimer