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jeudi 25 mars 2010

J'aime pas le cinéma !


Quand j'étais étudiant, j'allais régulièrement au cinéma. Je n'étais pas ce que j'appellerai un cinéphile mais comme je séchais les cours de façon assez assidue, je me retrouvai de temps en temps au milieu de l'après-midi, en semaine, dans de petites salles de quartiers, appartenant à un réseau d'indépendants disparu depuis. J'aimais bien être assis dans des salles avec dix péquins.
Puis sont apparus les multiplex géants. Au début de l'année 2001, il y a donc presque 10 ans, je me suis retrouvé pour la première fois dans un de ces temples de la consommation de cinéma de masse, sis sur les bords du Rhône et du Parc de la Tête d'Or. Et là, l'horreur. Une salle immense avec des centaines de pelos bruyants, avec leurs têtes qui me bouchaient l'écran (vu ma petite taille), une odeur de pop-corn diffusée dans la salle pour déclencher un réflexe pavlovien de consommation. Et là, stupeur, les trois ou quatre bandes-annonces de mon adolescence que l'on aimait bien regarder se sont transformées en trois-quart d'heures de pub non-stop. Déjà, on se tape une entrée hors de prix, il faut payer le parking (ticket couplé, ils ont tout prévu) mais en plus on se tape la pub ! Presque plus de bandes annonces et le tout diffusé dans un volume sonore proche de celui d'un Boeing au décollage ... Je sentais presque mes cellules cillées mourir par millions ... Ma femme a du me retenir sinon je me serai barré avant le début du film. Lequel n'était plutôt pas mal en fait (Traffic de Soderbergh). En sortant, j'ai prononcé ces paroles sans appel : "Je ne suis pas prêt de refoutre les pieds au cinéma". Et comme je suis une tête de mule patentée, j'ai tenu parole.
Ceci étant dit, ça n'est pas une grosse privation. Si je veux vraiment voir un film, un coup de bittorrent, et je peux le regarder confortablement sur mon canapé sans être entouré d'une nuée de connards (quoi je suis misanthrope ? nan énervé .. d'où le titre du blog). Je peux boire une bière, faire une pause pour aller pisser. La vie, quoi !
En plus, la plupart des films qui sortent ne me font absolument pas envie. Je suis assez fermé quant à la production cinématographique. J'aime bien les films de Larry Clark, de Ken Loach, des frères Cohen, Violence des Echanges en milieu tempéré, d'autres trucs au hasard. L'autre jour, un film nommé Ceux qui restent à la télé. Avec Vincent Lindon, toujours impeccable en looser et Emmanuel Devos, toujours bizarre et sexy. En parlant de Lindon, j'aime aussi beaucoup Claude Sautet, Un coeur en hiver et surtout Quelques jours avec toi. Ce film est magistral, j'ai du le voir trois fois et je ne m'en lasse pas. Auteuil qui me gonfle habituellement est magnifique en dépressif cynique. La distri est énorme puisqu'il y aussi Sandrine Bonnaire en jeune serveuse, Lindon en amoureux looser (et oui encore ...), Marielle en bourgeois ridicule de province, Dominique Lavanant sa femme. Et puis je peux aussi regarder des conneries. Je me suis tapé l'autre jour The Hangover (Very Bad Trip en français, on se demande pourquoi ils ont traduit ...) et je me suis bien marré. Gentil trip régressif, un peu un Ferris Bueller's day off de mon adolescence mais à la sauce grown up.

Et puis, sinon, reste une solution. Comme les scénaristes de cinéma sont des grosses feignasses, un film sur deux est une adaptation de bouquin. Alors je lis le livre.
Par exemple, après avoir entendu la critique de Shutter Island de Scorcese, j'ai lu le livre.

Je ne suis pas grand amateur de polar, je dois bien le dire ... mais celui-là est quand même bien foutu dans le sens où il mêle une très bonne intrigue avec une toile de fond intrigante, dérangeante. Il intègre une ambiance très noire et prenante (contexte insulaire, tempête), une plongée au coeur des tourments de l'âme humaine (asile, retour de la seconde guerre mondiale, libération des camps, McCarthysme) ajoutées à tous les ingrédients du polar, cela donne un très bon cocktail, très page-turning. Ajoutons à cela un très bon twist final que personnellement, je n'avais pas vu venir (pas comme cela en tout cas) et cela fait un très bon moment de lecture facile.

Autre exemple : La Route de Cormac McCarthy, adapté au cinéma avec Vigo Mortensen. Là encore, je me suis fait le livre. J'avais de grosses attentes car les critiques étaient bonnes et le bouquin est prix Pulitzer 2007. Et bon, McCarthy n'est pas le premier venu.
On se retrouve dans un lieu inconnu, à une date inconnue, avec deux personnages uniques que l'on suit de bout en bout : un père et son fils. Ils sont rescapés d'une apocalypse qui a laissé la terre brulée et recouverte d'une couche de cendres omniprésente. Les quelques "chanceux" errent au milieu des ruines ravagées du monde ancien. La plupart ont opté pour le retour à la barbarie, la violence, les viols et l'anthropophagie. Tous luttent contre le froid qui recouvre la planète (ou ce qu'on en voit) et la faim.
De l'apocalypse, on ne saura que peu de choses, seules quelques réminiscences du père permettant de saisir quelques bribes et c'est bien ainsi pour le récit. Le style est sec, sobre, presque froid ce qui est quelque peu déroutant, quoique adapté aux circonstances. McCarthy réussit bien à nous mettre dans la peau de ce duo déchirant avec ce père qui s'accroche à la vie, vivant comme un guerillero famélique et qui tente a tout prix de protéger son fils. Le protéger de la faim, la violence, le froid mais aussi la désespérance qui les guette à chaque virage de la route qu'ils parcourent inlassablement vers une destination aussi hypothétique que dérisoire. En fait, ils marchent pour marcher, pour tenter de donner un sens à leur vie de survivant, ils marchent pour oublier la mort.
Si McCarthy arrive très bien à faire passer le désespoir de la situation et les émotions qu'elles génèrent, l'action est relativement répétitive et même si le livre est court, le lecteur peut éprouver une lassitude assez compréhensible.
Au final, un bon livre mais qui pêche dans la longueur, comme si McCarthy avait voulu étirer une nouvelle pour en faire un roman.

1 commentaire:

  1. A Paname, on a encore 2-3 salles qui ont une âme, mais pour combien de temps encore ?

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