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mardi 30 mars 2010

A la recherche de notre identité économique: les fleurons nationaux

A l’heure où le gouvernement a lancé le débat sur l’identité nationale, il me semble nécessaire de s’interroger sur l’identité économique de notre pays. Celle-ci a en effet connu des bouleversements profonds qui ont été accentués par la crise et il va nous falloir faire des choix cruciaux pour le moyen/long terme.

La Chine est devenue l’usine du monde, elle va désormais chercher à monter en gamme vers des secteurs où elle est aujourd’hui peu présente tels que l’automobile ou l’aéronautique. Les États-Unis ont plus ou moins entériné leur désindustrialisation (même si le deuil en est difficile), celle-ci ayant été précipitée par la crise (General Motors...) et ont pour vocation d’être le fer de lance de l’économie de l’immatériel (innovation, finances, assurances...) L’Allemagne reste un fleuron industriel (automobile, machines-outils…) et une économie fortement exportatrice malgré la crise.

L’identité économique française est beaucoup plus floue et hésitante. En effet, on peut entendre dans les déclarations et actions gouvernementales:

• Des appels à la constitution de champions nationaux ayant vocation à être dans le Top 5 des champions internationaux.

• Une politique volontariste de résistance face à la désindustrialisation et aux délocalisations qui en découlent (exemple de la construction de la Clio).

• Une volonté de soutien aux PME avec notamment un appel (relativement sans effet) aux banques de ne pas couper les soutiens de trésorerie à celles-ci.

• Un appel à l’innovation et à la création qui passe par différentes formes (soutiens à la création d’entreprise, crédits de recherche dans le « grand » emprunt, Crédit Impôt Recherche…).

C’est ce qui s’appelle jouer sur tous les tableaux. Or, nos concurrents, comme vu précédemment, ont une politique plus ciblée. Il est difficile à croire que la France, dont les marges budgétaires sont extrêmement réduites et qui n'est pas une puissance de la taille des USA, du Japon ou de la Chine, puisse se permettre une politique aussi dispersée.

Au-delà des discours, qu’en est-il de la situation?

La constitution de fleurons nationaux est de longue date une priorité gouvernementale. Cela reflète sans aucun doute un certain orgueil national, une certaine idée de la France diraient certains autant qu’un choix économique. Il est de tradition que les présidents et les ministres jouent un rôle de VRP dans l'obtention de ce qu’il est convenu d’appeler les grands contrats (vente d’avions, centrales nucléaires ou autres TGV).

Cette politique est-elle un succès? Si l’on prend le classement Global 500 de Forbes, la France place 40 sociétés dans les 500 plus gros chiffres d’affaires mondiaux. C’est évidemment loin derrière les Etats-Unis (140) ou le Japon (68) mais devant l’Allemagne (39), la Chine (37), l’Angleterre (26), l’Espagne (12) ou la Russie (8). Bref, à cette aune, la France fait mieux que «tenir son rang». Il est assez peu contestable qu'elle compte des «champions mondiaux» dans de nombreux domaines tels que l’industrie pétrolière (Total), la grande distribution (Carrefour), l’énergie (EDF, GDF, Areva)…

Tiré de Résultat d'Exploitations.

3 commentaires:

  1. Ce matin sur France Inter, il y avait un invité intéressant dont je ne me rappelle pas le nom et qui parlait de la culture.
    En substance, il disait qu'il y avait 2 types de cultures:
    La culture élitiste (l'Art avec un grand "A") et qui continuait de se développer pas trop mal dans les pays de la vieille Europe dont la France et à être spécifique à chaque pays.
    Et la culture populaire (dite Main Stream, qui est aussi le titre de son livre) et qui en général n'est pas spécifique à chaque pays mais est américaine partout.
    Par exemple, une élite française va aller voir des films français d'auteur mais une majorité de français va aller voir des films américains (Toy story, Avatar, King Fu Panda etc.)

    Il déplorait le fait que la France, par son élitisme ait finalement délaissé la culture "main stream".

    A la question (pertinente) de Nicolas D., "Nous avons quand même des champions mondiaux dans le domaine de la culture, comme Vivendi Universal", l'invité répondait: oui ils sont français mais ils servent à financer la culture américaine.

    Les fleurons "nationaux" ont des intérêts qui ne sont pas forcément convergents avec la "nation"...

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  2. @Stéphane : moi aussi j'ai écouté ce type. J'ai aussi oublié son nom ... Dommage, mais je vais essayer de retrouver son bouquin ... doit être sympa. Ce que j'ai retenu aussi, c'est qu'il disait que désormais, tout citoyen du monde (ou presque) avec deux culture : la sienne et l'américaine. C'est tellement vrai pour moi. Même si, en l'écoutant, je me suis rendu compte que j'étais quand même pas vraiment dans le MainStream tel qu'il le définissait :
    - pas en ciné, c'est clair !
    - pas en bouquins non plus
    - pas en musique
    Reste les séries US, là j'achète? Après, je ne suis pas sur de regarder celles qui sont MainStream (quoique 24 ...)

    Il parlait du "soft power" US ce qui est vrai et est même aussi fort que je pense que leur "big stick" (quoique l'un sans l'autre ...). Mais que faire ? On a perdu la bataille depuis un bail ... On se limite à la coopération et la francophonie avec un ministre qui aime les Falcon 7X à 116.000 euros le vol. Bref, on se bat pour les africains avec notre soft power. Mais bientôt, ils parleront mieux chinois que français.

    Quant au fait que Vivendi et autres boîtes de comm ne jouent pas en faveur du soft power français, certes. Mais bon, les grosses boîtes, qu'elles soient françaises, italiennes, japonaises, ... et américaines ne sont plus désormais nationales. C'est comme pour le Tour de France. A une époque, il y avait des équipes nationales. Ensuite, des équipes de marques. Là c'est pareil. Les grosses boutiques sont transnationales et ne servent plus un pays. Est-ce si différent aux US ? Google ou Microsoft servent-ils le soft power US ? Oui par leur notoriété à la limite ... mais on peut dire aussi que Bernard Arnault, via le luxe, contribue à un soft power à la française qui diffuse le luxe sur toutes la planètes. Et les japonaises, chinoises, américaines friquées veulent mettre les mêmes sacs à main. Pas culturel tu me diras ? Bah autant que certaines productions hollywoodiens.
    Comme je l'avais mis dans un article, on ne joue plus en division 1 ... et les grandes puissances autres que les US (Chine, BRIC) sont des nains culturels, en tout cas à l'exportation (l'Inde et Bollywood se vendent mal à l'extérieur) pour la culture de masse (on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas de culture russe ou chinoise !!!)

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