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mercredi 17 mars 2010

La télé-réalité à la sauce Milgram (le Jeu de la Mort)


Milgram sans conscience n'est que ruine de l'âme ...
France 2 propose ce soir une émission/docu sur la télé-réalité. Le concept est intéressant : ils ont monté une fausse émission de télé-réalité (le Jeu de la Mort) reproduisant l'expérience de Milgram pour ensuite s'interroger sur la TV. Ca, c'est sur service public, coco ! Il y a même le grand Jean-Leon Beauvois (co-auteur du cultissime Petit Traité de Manipulation à l'intention des Honnêtes Gens).
J'aurais bien regardé cette émission. Le hic, c'est que j'ai vu une interview de l'auteur et ça m'a refroidi. Le gars n'avait a priori rien compris.
Je vais casser le suspense tout de suite : la fausse émission reproduit (et même à de plus forts pourcentages) l'expérience de Milgram. A 80%, les candidats à la fausse émission électrifient le faux-candidat et vrai comparse. Jusque-là, tout va bien (si l'on peut dire).
C'est dans l'interprétation que le bât blesse. En effet, Christophe Nick (ta mère - oui je sais, elle est facile) en conclut que la télé est le grand méchant, qu'elle abuse de son pouvoir, manipule les gens et va immanquablement dériver vers une télé-réalité ultra-trash avec comme Saint Graal la mort en direct. Bon, pas faux. Pas non plus réellement novateur. Rappelons "I comme Icare" ou encore certains livres de Richard Bachman/Stephen King. Je ne suis pas non plus en désaccord sur le fond.
Mais quel rapport avec Milgram ? Les conclusions de Milgram étaient que l'obéissance à l'autorité était quelque chose de répandu profondément dans les individus et qui s'activait selon certains critères. Plus, cette obéissance est fondamentale à la société. Seule l'obéissance aveugle est un problème. Autre point fondamental : le conformisme entre aussi en jeu. Si 20 types avant moi font brûler la cervelle d'un candidat, je serai plus enclin à le faire ...
Moralité : pour moi, la conclusion est que la TV est devenue une autorité au même titre (et même bien plus !) que la science qui était l'autorité de référence chez Milgram. Certes. Les candidats sont donc obéissants devant cette autorité, conformistes entre eux. Là encore, c'est intéressant mais il y a belle lurette que l'on avait compris que les médias était une forme de pouvoir voir d'autorité.
Bref, un concept sympa mais gâché par un auteur qui a mal digéré Milgram ...

5 commentaires:

  1. 53% des cobayes ont eu peur et ont voté pour un nain en mai 2007 !

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  2. Tout a fait d'accord...
    C'est dommage car l'expérience reste intéressante, ils auraient pu se concentrer sur la différence de pourcentage d'obéissance (20% de plus c'est pas rien) et répondre a des questions plus importante comme:
    Est-ce que notre société est plus ouverte plus individualiste et donc moins porté a la souffrance des autres?
    La différence d'obéissance est-elle du a la caméra et au public? (faut pas oublié que l'expérience original se fesait en privé, donc beaucoup moins de pression environnemental)

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  3. Cette émission était une belle dérive de la télé-réalité qu'elle prétendait dénoncer.
    Quant à la capacité à faire du mal aux autres: quelle image a-t-elle donné des candidats "tortionnaires"?
    Quelle image ont-ils d'eux-même après cette émission ? Combien de temps pour se reconstruire après ça?
    Le pire tortionnaire n'est-il pas celui qui a eu cette idée?

    Par ailleurs, je ne sais pas si cette expérience est très fidèle à celle de Milgram: en effet, il me semble que dans l'expérience de Milgram, les candidats doivent croire un minimum à la réalité de la torture. Or là, j'ai trouvé l'acteur assez mauvais ("Aie j'ai mal, arrêtez!" disait-il sur le même ton que "je mangerais bien un hot-dog"). Quant on sait l'importance de la communication non-verbale, on peut douter...
    Sans compter que la plupart des ces émissions se terminent par "coucou, c'est Marcel Béliveau de surprise-surprise, on vous a bien eu!", ce qui d'ailleurs est bien le cas dans l'émission, puisque c'est un piège.
    Le tout avec un candidat entouré d'un public, de techniciens qui tous cautionnent gaiement la séance de torture. Bref, tout ça n'est-il pas suffisamment impensable pour rendre la chose in-croyable?
    J'ajoute qu'on n'a pas su quel était le pourcentage de personne qui ont refusé de signer l'accord de départ (apparemment, certaines sont parties en disant "il est débile votre jeu, je ne participe pas").
    Du coup, après on nous balance un pourcentage de 80% de ceux qui ont signé sont allés jusqu'au bout:
    Comme quoi, il n'y a bien que le premier pas qui coûte...
    :-)

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  4. @J-F : je suis d'accord, il y avait des choses intéressantes à faire et ils sont passés à côté ... effectivement, l'aspect environnemental a été complètement oublié. L'expérience de Milgram était en milieu "fermé". Ici, c'est loin d'être le cas. Un simple fait peut expliquer ça : les candidats connaissent la TV et peuvent se dire "c'est un jeu" "c'est bidonné" "jamais on laissera un meurtre par procuration se faire à la TV"

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  5. @Stef : oui l'environnement fait que l'expérience est biaisé. Oui "il n'y a que le premier pas qui coûte". Ta proposition est validée par la psycho sociale (logique d'engagement ou effet de gel).
    Et je n'avais pas pensé aux candidats mais c'est vrai que c'est pas facile pour eux après (eh merde je suis un tortionnaire en puissance).
    Par ailleurs, il y a eu scandale qui a été coupé au montage. Hondelatte a dit à un candidat "mais vous être homo hein ?". Alors il dit que le candidat, dans la prépa avant, avait demandé à mentionner le fait. Du coup, un mec de Psycho Mag sur le plateau a fait du foin et s'est fait virer. Il a fait un papier vengeur en mentionnant le fait que le candidat était PD. Chose qu'on ne voyait pas à la TV (puisque coupé). Donc il a fait un outing en dénoncant un outing ... Guerres pichrocolines ...

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