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jeudi 25 mars 2010

Pourquoi je ne lis (presque) que des romans américains


Après avoir commis un premier recueil de nouvelles brillant (Vous n'êtes pas seul ici) où il peignait des personnages torturés et souvent en prise avec la maladie mentale, Adam Haslett passe avec brio au roman avec un angle différent.
On retrouve tous les ingrédients des bons romans américains : une peinture au vitriol de la vie des banlieues, une analyse des ségrégations sociales et/ou culturelles, le thème de la réussite et de la chute, l'adolescence repue de la satisfaction de ses désirs jusqu'à la lassitude et sombrant dans l'ennui et la drogue.
Le livre commence sur un chapitre étonnant et assez déconnecté du reste du livre (disons que cela sert plus la définition de la psychologie d'un personnage que la narration). Il raconte l'erreur de tir qui a conduit l'USS Vincennes, le 3 juillet 1988, dans le golfe persique, à faire feu sur un avion civil iranien qui avait été identifié à tort comme un F-14, faisant 290 morts.

L'action se déroule ensuite plus classiquement dans la région de Boston et entremêle les destins de plusieurs personnages et au premier plan desquels on retrouve :

- un haut cadre de banque couvrant les paris de plus en plus risqués d'un trader hong-kongais qui fait une Kervielite sur le Nikkei
- une professeur à la retraite et passablement allumée qui s'accroche déséspérement à son passé et à une conception de l'Amérique qui n'existe plus (c'est la seule personnage qui aurait pu figurer dans son recueil de nouvelles au sens où elle frise la pathologie)
- un responsable de la Fed qui tente d'éteindre les incendies qui s'allument dans sa vie professionnelle (qu'il maîtrise) et personnelle (qu'il ne maîtrise pas)
- un adolescent perdu, englué au sein d'un groupe d'amis friqués et paumés, qui découvre par tâtonnement son homosexualité dans l'aftershock du suicide de son père

Tout cela se lit comme on respire, servi par un style parfait, qui n'en fait pas trop, dépeint les personnages dans toute leur épaisseur, s'imprègne de l'air du temps et prend le pouls de la société tel qu'il bat.

Un livre qui ne peut être écrit qu'aux Etats-Unis ... ou presque.

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