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mercredi 28 avril 2010

Big Lebowski sous psylo en bouquin


Tom Robbins n’est pas à proprement parler un nouveau de la fiction américaine. Il a aujourd’hui 73 ans et a écrit 9 romans depuis 1971. Son livre le plus connu a ce jour est Even Cowgirls Get the Blues, très certainement parce qu’il a été porté à l’écran par Gus Van Sant (un ami à lui) en 1993 avec Keanu Reeves et Ema Thurman. Et pourtant, je l’avais superbement ignoré jusque-là, peut-être parce que tous ses livres ne sont pas traduits en français ou sinon indisponibles. Bref, j’ai eu la chance qu’un de ces livres : Comme une grenouille sur son nénuphar (Half Asleep in Frog Pajamas en anglais) me soit recommandée par une « amie Facebook ». Judicieux conseil et sacrée trouvaille. Le livre n’est pas nouveau puisqu’il date de 1994 mais il n’a pas veilli (à part certaines situations où le ressort de l’incommunication eut été résolu grâce au téléphone portable de nos jours … la technologie n’est pas forcément l’amie du romancier et de l’intrigue). Certaines théories ou délires (selon) lui aurait été inspiré par son ami Terence Kemp McKenna, un personnage particulier et multi-facettes et ci-devant spécialiste des champignons hallucilogènes (psylocibes) et des théories mystiques qui se retrouvent effectivement dans le livre.

On suit le week-end cauchemardesque mais initiatique qui va faire dérailler (peut-être pour se retrouver sur une meilleure voie ?) Gwendolyn, jeune métis philippino-américaine, fille d’un père musicien bohème qu’elle a repoussé, est trader à Seattle. Son mauvais week-end pascal commence avec l’effondrement de la bourse (comme quoi le livre est toujours d’actualité) et la prévisible chute du Nikkei dans la foulée le lundi matin. Gwen court après la reconnaissance en priant à la gloire du billet vert et des indices boursiers tous les matins. Elle est en couple avec un homme relativement bien sous tout rapport, bon croyant, de qui elle espère conquérir le dollar mais vit surtout dans l’ennui, la déception sexuelle et ses lubies concernant son singe régénéré. Elle est amie avec Q-Jo, un personnage étrange, médium et obèse, sage et délirante, qui lui tire les tarots. En pleine débâcle, elle rencontre un personne étrange, sorte d’ancien trader défroqué revenu d’exil de Tombouctou, s’étant forgé une vie et un univers à 100 lieues (et même plus) de Wall Street et qui va l’aimanter et la conduire à reconsidérer sa vie.

Bien entendu, le roman porte en lui une féroce critique contre le mercantilisme, l’inanité des marchés financiers, le grégarisme et la bêtise des traders, les désillusions de la « rat race » et l’effrondrement du mythe américain. Robbins n’est ni le premier ni le dernier a le faire. Mais le pitch ou cette critique ne peuvent à eux seuls résumer le livre. En fait, on se rend relativement vite compte que l’histoire en elle-même, l’intrigue, les rebondissements délirants ne sont pas le fond du livre et ne sont qu’un prétexte pour porter la forme. Le livre m’a fait un peu penser au Big Lebowski des frères Cohen dont l’histoire ubuesque n’était là que pour porter des personnages sublimes (de looser) et des dialogues croustillants. Idem ici avec le personnage du trader déchu (Larry Diamond), formidable de séduction, de délire, d’outrance, de pétillance (néologisme). Par sa bouche, Robbins lance un ensemble de théories hallucinatoires (psylo vous dis-je …), entremêlage complexe de tribus africaines, d’étoiles, de tarot, de croyances, de mythes, d’extra-terrestres. Ses monologues sont d’une truculence succulente, un régal. Bref, ce roman est avant tout un régal de style. En bonus, une des scène de sexe les plus folles et drôles que j’ai jamais lues !

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