BO du Blog

mercredi 28 avril 2010

A la recherche de notre identité économique: dans le brouillard


Les précédents posts de cette série s'interrogeaient sur le positionnement économique de la France dans le monde, ce qu'on peut appeler notre "identité économique". En ce qui concerne la constitution de "champions mondiaux", le pari est tenu. Quant à la création d'entreprises, elle est forte mais pas forcément adaptée. Plus grave, les PME sont prisonnières d'un plafond de verre qui empêche leur croissance. Quel impact?

Pour essayer de comprendre quel est l'impact de la situation des PME, revenons à l’identité économique. Les Etats-Unis ont clairement choisi de mettre en avant l’innovation comme leur fer de lance dans le nouvel ordre économique mondial. Il est à noter ici que l’innovation est à comprendre au sens large. Il peut s’agir d’une innovation technologique pure, d’une innovation d’usage (EBay, Amazon) ou les deux (iPhone). Le fait qu’ils arrivent à faire croître de zéro des sociétés dans le top mondial en 20 ans et ce majoritairement dans les secteurs du service, du logiciel, de la pharmacie/biotech, montre que leur pari est réussi.

Près du quart de la «puissance technologique» américaine provient d’entreprises qui n’existaient pas il y a 30 ans. En ce qui concerne le futur, une étude du ministère du Commerce et de l’Industrie anglais a identifié 237 champions du futur. Parmi ceux-ci, 67 sont dans le secteur des technologies de l’information, 39 dans les pharma/biotech, 38 dans les logiciels. Et surtout 2/3 sont aux Etats-Unis, 12 en Angleterre et seulement 6 en France. Seul l’Allemagne fait pire (1 entreprise) mais nous avons vu que ce pays a pris une voie significativement différente. Cela suffira-t-il aux USA à contrer la montée en puissance de la Chine et des BRIC? Pas sûr, mais les Etats-Unis ont une ligne relativement claire et la suive avec succès.

Quel est l’effet de la situation française...

- ...sur l’emploi: les grandes entreprises sont les plus à même à délocaliser efficacement leur production, d’être soumises par leurs actionnaires à des rationalisations, à faire des efforts de productivité. On ne peut donc attendre d’elles des créations massives d’emplois.

- ...sur les finances publiques: les grandes entreprises tendent à faire de plus en plus de l’optimisation fiscale et à déclarer de moins en moins d’Impôt sur les Sociétés en France et à déporter les bénéfices vers des paradis fiscaux. Ainsi, une société faisant 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires rapportera moins à Bercy que 100 entreprises faisant 100 millions d’euros (celles-ci ayant plus de mal à faire de l'optimisation fiscale).

- ...sur l’innovation: si les grandes entreprises ont bien entendu un rôle à jouer dans l’innovation, ce ne sont pas d’elles que viendra la majorité des «innovations de rupture». En effet, il est complexe (mais pas impossible, on peut penser au cas Apple ou encore à Google), dans le cadre d’une grande entreprise organisée, de pouvoir penser «out-of-the-box» et d’aboutir ainsi à une vraie innovation. Ainsi, dans l’exemple américain, l’innovation est portée soit par des nouveaux entrants soit par des achats de sociétés existantes (Cisco effectue le rachat de centaines d’entreprises innovantes par an). Ceci doit être fait en complémentarité avec les budgets R&D des grosses entreprises qui seules ont la puissance de feu pour investir sur des sujets tels que la conception d’un véhicule ou le développement complet d’une nouvelle molécule (1 milliard de $ de ticket d’entrée).

Le salut ne peut venir de la création d’entreprises en France. En effet, la plupart des entreprises nouvellement créées restent à une taille trop faible pour avoir un impact réel sur les trois points mentionnés. Le statut d’auto-entrepreneur est un trompe-l’œil qui permet certes de faire sortir un certain nombre de Français du chômage et accéder d’autres à l’indépendance. Mais il ne constitue certainement pas un pass vers l’innovation et encore moins vers une création massive d'emplois. Une statistique entérine ceci: 7 ans après sa création, l’effectif d’une entreprise américaine a progressé en moyenne de 126%, celui d’une française de … 7% (22% en Allemagne, 32% en Italie).

A l'aune de ces constatations et de ces chiffres, on voit donc que la France est bel et bien dans le brouillard quand à la définition de son identité économique. Il est à noter que ce flou transcende les clivages politiques puisque les choix globaux en terme de stratégie économique et notamment vis-à-vis de notre positionnement sur l'échiquier mondial n'a guère varié depuis 20 ans et a traversé les clivages politiques. Le social, la redistribution, les relations Etat/entreprises sont de vrais sujets dont s'emparent les politiques, qui offrent des clivages selon les partis et intègrent les programmes. La stratégie économique globale est, elle, absente du débat public. Plus grave, on a même le sentiment qu'elle est absente de la réflexion de nos dirigeants qui se contentent d'une gestion à court-terme largement influencée par ce qu'il faut bien appeler "la démocratie d'opinion".

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire