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mercredi 7 avril 2010

Mairies, antres du népotisme, de la gabegie et de la fainéantise ?


Il y a en France 1,5 millions d'agents de la Fonction Publique Territoriale (FPT), à savoir qui travaillent dans les mairies, conseils généraux et autres conseils régionaux. Zoé Shepard (un pseudo) est l'un deux. Elle a fait huit ans d'études, dont deux à Sciences-Po et 18 mois à l'ETA (Ecole Territoriale d'Administration). Elle a réussi le concours de la Haute Fonction Publique et est donc Administratrice Territoriale soit cadre A, le gratin de la Fonction Publique.
Elle a choisi cette voie car elle croit au service public mais aussi (et surtout ?) elle a peur du chômage.

La voila propulsée dans une mairie dont on ne saura pas le nom (globalement, tous les noms et lieux sont renommés de façon à préserver l'anonymat car elle est encore en poste) mais seulement quelques indices : en province, suffisamment grand pour abriter quelques centaines d'agents, dans un territoire où se pratique assidument la chasse.
Elle rentre dans cette collectivité territoriale en tant que "Chargée de mission auprès du Directeur Général des Affaires Internationales et Européennes". Diantre ! Quel titre ! Dans la réalité, cela veut dire qu'elle doit travailler à des coopérations entre sa ville et d'autres villes du monde (Chine notamment), tenter de mettre les industriels en contacts, organiser des visites. Dans les faits, cela se rapproche plus de l'organisation de voyages touristiques, ce qui lui fait dire que potasser le Guide du Routard lui aurait été plus profitable que le Code des Marchés Publics.

Elle a écrit ce livre après avoir tenu un blog sous l'amicale pression de copains sur lesquels elle déversait sa sidération. Le livre décrit son parcours dans cette collectivité et est surtout une collection d'anecdotes toutes plus navrantes les unes que les autres : trafiquage de la pointeuse par les secrétaires contre petits cadeaux, services vides à l'ouverture de la chasse, recasage de famille et/ou maîtresses à des postes de management, financement au black de putes pour les élus en Chine et j'en passe (et des meilleures).
Au final, elle dépérit dans un service où elle essaie de trouver quelque chose à faire au milieu de la vacuité ambiante, de la médiocrité globale, des décisions prises au hasard par un management incompétent, des élus vaniteux et incompétents. Elle décrit elle-même comment l'ambiance globale finit par tirer tout un chacun vers le bas. Le monde qu'elle donne à voir croule sous le népotisme, la gabegie, la fainéantise, la médiocrité, la bêtise.

Le ton est évidemment critique, sarcastique voire cynique. Trop. Ce qui gâche un peu la lecture à la longue. De plus, le fait que le livre soit 100% critique fleure bon le manichéisme et fait douter de la véracité du récit. Dans un entretien, elle s'en explique en disant que finalement, elle était très atteinte par cet état de fait ("A la fin de la journée, tu te sens comme une merde") et avait choisi d'éviter un style larmoyant. Elle a également choisie de ne pas parler de situations de harcèlement ou de placardisation, pourtant bien présentes. Dommage. Elle dit aussi que 90% des anecdotes sont vraies, les autres étant extrapolées ou interpolées de situations réelles.

Malgré les réserves précitées, tout cela fait froid dans le dos. Bien entendu, on ne généralisera pas à partir d'un seul récit. L'auteur elle-même s'en garde bien dans ses interview en ne tirant pas à boulet rouge sur la fonction publique. Mais enfin, moi qui suis un fervent adepte de la décentralisation, je ne peux que m'interroger. Le relatif anonymat de la FPT (comparés aux ministères) combiné à des moyens importants est une source d'abus majeurs.

Je laisse le mot de la fin (auquel j'adhère pleinementà à Zoe Shepard :

Je paye mes impôts avec plaisir (tout est relatif), mais savoir qu'ils vont financer la nouvelle voiture offerte par l'élu à sa maîtresse du mois, ça me fait très mal.

2 commentaires:

  1. Zoé, viens voir dans la world company, tu repartiras en courant dans tes fonctions hibernatoires !

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  2. Tiens, ça me fait penser que ces gens ne font pas grève souvent, voire jamais !

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