BO du Blog

dimanche 7 février 2010

Rey of light


Autant le dire, c'est la première fois que j'ouvrais un livre de Nicolas Rey. J'aime bien le personnage, que j'ai appris à connaître dans les différentes émissions où il est apparu, notamment au côté de Pascale Clark : Tam-Tam etc, En aparté, un café et l'addition. Un côté branleur doué, vaguement tête à claques (moins que Beigbeider) mais foutûment charmeur.
Me restait à voir ce que donnaient ses livres. J'ai été assez convaincu par un numéro de charme lors de son passage promo à Ca Balance à Paris, justement assez loin de la promo formatée. Il a quasi mon âge, il livre un bouquin-vérité, une autofiction sur la déchéance dont il sort, notamment par la grâce d'un enfant. Vendu, je tente.
C'est le 6ème livre du garçon. Il a obtenu en 2000 le prix de Flore avec Mémoire Courte. Un tour sur Amazon m'apprend que le pitch dudit livre est Comment survivre à la fatigue, à un mariage conclu trop vite, à des litres d'alcool, à des tonnes de Lexomil ou à des rails de coke à foison, comme si la vie était un plan de RER ? Et à une lucidité à toutes épreuves, qui ne nous passe aucun détail de notre descente aux enfers ?, le tout sur 155 pages.
C'est étonnant car, en sortant du dernier opus, Un léger passage à vide, qui fait 179 pages (bien calibré, Nicolas Rey), j'aurai à peu près le même pitch (alcool/coke/benzos/survie/lucidité/problèmes avec les femmes).
Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé le livre mais il m'a grandement laissé sur ma faim. Disons que j'avais une bonne vieille fringale et qu'on m'a donné une olive avec mon Martini avant de me congédier. Forcément, ça gargouille un peu ...
Bien sur, Nicolas Rey a du talent, a des formules qui font mouche, des petits morceaux de bravoure, une lucidité acérée qui écorche la surface du papier. Le dernier chapitre amène aussi un éclair de tendresse bienvenu.
Cela suffit-il à faire un livre réussi ? Le problème, c'est que l'autofiction de l'artiste torturé qui a dérivé dans un ouragan de stupéfiant avant de trouver la rédemption par la paternité, ça a un air déjà-vu ... surtout, la manière d'aborder la chose de Rey est éminemment surfaçique. Alors, on peut appeler ça de la pudeur, de l'élégance, ou alors un sujet effleuré, à peine abordé. Moi, j'aurai aimé que Rey jette ses tripes sur la table, là et nous parle vraiment. J'ai l'impression qu'il s'en tire à bon compte par quelques pirouettes stylistiques et se cache derrière un dandysme de bon aloi. C'est son droit, me direz-vous ? Mais alors pourquoi en faire un livre ?
En tout cas, j'attend le prochain. On sent le talent derrière tout ça et maintenant qu'il est sobre, j'espère qu'il va faire un vrai livre de 2 x 175 pages en approfondissant les personnages à qui il voue une vraie tendresse mais qui n'ont pas assez de chair (ceux de la clinique de desintox notamment).
Au boulot, Rey !

Toyota, sortie de crise ?


C'est la débâcle totale pour Toyota. Le nouveau (2007) numéro 1 mondial de l'automobile est en crise. Certains (exagérateurs) parlent même de banqueroute. Ce numéro 1 est décidément synonyme de scoumoune. Si ça continue, Renault va être numéro 1 mondial (je plaisante bien sur).
Toyota rappelle 8 millions de voitures en tout genre qui ont le défaut certain de ne pas pouvoir s'arrêter. Le prétexte invoqué est assez risible : à l'heure où les voitures ont le même niveau d'électronique qu'un Boeing 737 d'il y a 20 ans, c'est le design du tapis de sol qui était mauvais ... ensuite, celui de la pédale. Bon, finalement, c'est peut-être l'électronique. Bref, Toyota rappelle 8 millions de bagnoles mais ne sait pas les réparer.
A cela s'ajoute désormais 276.000 Prius nouvelle génération qui ne savent pas freiner. Toyota est le leader mondial de la voiture qui trace mais ne s'arrête plus. Toyota a inventé le mouvement perpétuel ...
Le PDG, membre de la famille fondatrice Toyoda (oui la famille s'appelle Toyoda et la marque Toyota ... c'est parce que, en kanji, Toyoda est plus long à écrire et que Toyota comprend 8 signes, 8 étant le chiffre porte-bonheur, c'était la minute d'information sponsorisée par Libération), a bredouillé de pitoyables excuses et avoué son impuissance, lui qu'on présentait comme un visionnaire à la Ghosn-San.
L'affaire est estimée à 1.4 milliards de $ pour Toyota. Pas encore la mort pour une société dont le trésor de guerre (secret) serait évalué à ... 200 milliards de $. Mais le pire reste à venir : les class actions intentés par les familles de ceux qui se sont tués au volant ... Car oui des gens sont morts. Il faut dire que se retrouver à 200 à l'heure à l'approche d'un péage a un je-ne-sais-quoi d'un peu stressant. Disons qu'il faut bien viser.
Vous pouvez écouter sur le Net la conversation avec le 911 de 4 personnes au volant d'une Lexus près de Santa-Fe avec l'accélérateur bloqué, la vitesse au-delà de 160 kmh. La voiture a fini par exploser l'arrière d'un Ford Explorer, sortir de la route et prendre feu : 4 morts.
Il est assez étonnant d'entendre le calme du préposé de service du 911 ("oui alors si je résume la situation ...") et de l'autre côté, l'affolement bien compréhensible du conducteur ("il nous reste 800m avant la fin de l'autoroute !!!!).
On aimerait en savoir plus. Ont-ils essayé de couper le contact ? de mettre la boîte auto sur Neutral ? Qu'aurais-je fait en pareil cas ? Qui va avoir confiance dans l'électronique Toyota dans l'avenir ?
Alors je propose à Akio Toyoda la solution suivante : mettre en série sur chaque véhicule un clone (demandez à Raël la méthode) de Sandra Bullock (siège conducteur) et de Keanu Reeves (siège arrière). Parce que dans Speed, ça marche ! Et c'est pas en Lexus qu'ils sont, mais en bus ! Et vas-y que je te libère la highway, je prend des virages à 90° à 150, je t'amène sur une autostrade en construction, je saute par-dessus un morceau de vide, et je finis en faisant des ronds sur un aéroport. Pas la peine d'appeler le 911, pas de crash et pour finir un beau roulage de patin à même le tarmac.
En plus, la carrière de nos deux stars semble être un poil au point mort donc je vois là un deal possible.
Par ailleurs, je propose d'utiliser l'image de Bullock comme produit dérivé pour mouler les airbags. Ainsi, un crash au volant d'une Toyota se transformera en calin dans les seins de Sandra ...

samedi 6 février 2010

Incivilité et radicalité

J'ai l'autre jour, suite à mes péripéties automobiles, émis mes doutes et interrogations quant au traitement des incivilités.
C'était évidemment avant de voir cet article tiré d'une revue de presse municipale. A la lecture de celui-ci, j'ai été bouleversé : jusqu'où cela va-t-il aller ? y-a-t-il une ligne rouge que ces gredins ne franchiront pas ? Doit-on remettre en cause l'héritage de Robert Badinter et demander illico presto le rétablissement de la peine de mort avant que la France soit à feu et à sang ??? Je vous laisse juge ...

Vol à la Burka : des pistes


La Parisien a révélé que ce matin, deux braqueurs déguisés en Burka se sont attaqués à la Poste d'Athis-Mons (Essonne) et se sont barrés avec 4.500 euros.
Diantre ! le premier vol à burka de France ... heureusement, la police dispose de pistes. Le premier individu, de petite taille, a laissé sur le sol de La Poste deux traces très nettes qui ont été analysées par l'équipe des "Experts Athis-Mons". Il s'est avéré qu'il s'agit de traces d'email dentaire très blanc. Ceci mène les enquêteurs sur la trace de Jean-François C., fiché au grand banditisme et qui ne faisait pas mystère, dans certains milieux autorisés, de préparer un coup d'éclat autour de la Burka. Il est activement recherché dans les quartiers sensibles de Meaux en région parisienne.
Son complice, lui, aurait été identifié car il a parlé en présence de témoins lors du braquage. Il aurait déclaré "on va bien les baiser déguisés en auvergnat". Cette phrase d'apparence anodine fait pencher les policiers vers la piste d'un certain Brice H. Celle-ci craint que l'individu ne se lance dans une cavale à la Jean-Pierre Trebert dans les montagnes d'Auvergne qu'il connaît parfaitement.

Blague à part, je veux pas la jouer adepte du complot, même ce braquage tombe vraiment à point nommé ... en pleine discussion sur la Burka (loi ? pas loi ?), près des régionales, ... du pain béni pour notre ami JF et son projet de loi.

vendredi 5 février 2010

Anthropomorphisme boursier


Avant, la bourse, c'était la corbeille. Des types en chemises et bretelles, en train de brailler des trucs toute la journée, de balancer des petits bouts de papiers avec des ordres (vente / achat) de manière hystérique et tout à fait incompréhensible pour le profane.
Depuis 1987, le Palais Brongniart, où se tenait la dite corbeille, a peu à peu été déserté et la bourse n'est plus devenue qu'une pure abstraction (CAC = Cotation Assistée en Continu - tout passe par un ordinateur donc), c'est-à-dire des transactions passant d'un ordinateur à l'autre à la vitesse de la lumière, les ordres étant passés par des types toujours en chemises/bretelles mais depuis des open-spaces bien climatisés. Dès lors, pour le citoyen lambda, la bourse devenait un objet de plus en plus incompréhensible, une suite de chiffres qui continuait à être débitée sur France Info juste avant le journal par ordre alphabétique "Saint Gobain +0,43% à 17.42, Suez -3.49% à 22.49" dans une ambiance qui n'est pas sans rappeler la météo marine le soir sur Inter ("vent de secteur nord-Ouest 3 beaufort en Iroise").
Le pekin moyen était donc déconnecté de ce beau monde où il était pourtant fortement invité à venir espérer gagner de l'argent (tout en le perdant en général au profit des institutionnels, c'est le point commun avec la Française des Jeux).
Et là arriva le sauveur, le génie de la communication boursière : Jean-Pierre Gaillard et son faciès rubicond.


Jean-Pierre comprit que les abstractions chiffrées n'allaient pas passionner les français. Il entreprit tout d'abord de sanctuariser le Palais Brongniart. Celui-ci était devenu un musée ? Qu'importe, il continua à perpétuer les fameux directs depuis celui-ci. Aujourd'hui encore, on peut entendre "quelle est la tendance au Palais Brongniart ?". La tendance est que c'est un musée où rien ne se passe mais qui s'en soucie ?
Surtout, JP Gaillard a eu la géniale idée d'anthropomorphiser une abstraction aussi sèche qu'un indice boursier. Le CAC 40 n'est rien d'autre qu'un panier pondéré de 40 valeurs qui elles-mêmes varient au fur et à mesure des carnets d'ordre d'achats et de ventes. Sexy, hum ? Avec Jean-Pierre, c'est un être à part entière qui a des états d'âmes, des espoirs, des coups de barre. Jean-Pierre est à la retraite mais son esprit demeure, j'en ai encore eu la preuve lors du flash de France Info de 13h.

- Alors comment va la bourse aujourd'hui ? (oui on a gardé le principe d'interroger un envoyé spécial à la bourse alors que le type est à 3m de la présentatrice)
- La bourse est très déprimée ... elle baisse aujourd'hui suite à des mauvaises nouvelles en provenance des Etats-Unis


On dirait une grande-tante déprimée par l'annonce de l'aggravation de la santé de la cousine d'Amérique.

On a droit aussi à la bourse euphorique, la bourse attentiste, la bourse en vacances, la bourse qui attend les résultats. La bourse est devenue une entité à part entière dont les différents medias nous donnent les états d'âme très changeants. M'est avis qu'elle est un peu bipolaire la bourse ... ça sent la cure de lithium.

Bon, le principe est un peu réducteur et ridicule, simplifier cette complexe mécanique qu'est la bourse ainsi mais enfin il faut bien dire que Gaillard a eu une idée lumineuse. Peut-être faudrait-il un Gaillard de l'écologie pour intéresser au sujet.

- Alors René, comment va la planète aujourd'hui ?
- Ah elle déprime Josette ... son taux de CO2 est remonté ... elle n'a pas la forme, elle va rester au pieu toute la journée

Peut-être ça intéresserait plus les foules que les rapports du GIEC (qui au passage reconnait s'être planté sur la vitesse de fonte des glaces en Himalaya mais souligne que en fait ça ne change rien, ça fond vite quand même ... voilà qui va renforcer sa crédibilité ...).

Saint-Valentin et cheveux gras


Par suite d'arrêt d'activité professionnelle, de rhube et de voiture épavisée, je sors assez peu dans la rue en ce moment. Je ne peux donc guère témoigner de la tournure des 4x3 en ce moment.
Par contre, sur le Net, c'est un envahissement mammaire tous azimuts (non pas Noël ... les élections s'approchent mais le moustachu de Bègles reste assez discret). Partout, des publicités de sous-vêtements féminins rivalisant de poitrines toujours plus grosses, rondes, aériennes, à la fois lourdes et défiant la gravité. Du soutif à armatures, sans armatures, push-up, dentelle, tulle, slip, caraco, porte-jaretelles. Il y en a plein l'écran (et je vous prie de croire que je ne visite que des sites biens sous tous rapports).
Car la Saint-Valentin arrive. Il s'agit donc de donner des idées au bovin mâle en mal de cadeau pour sa chère et tendre pour qui l'absence de présent signifierait la rupture ipso facto. On va donc présenter au-dit mâle un copieux échantillon de sous-vêtements affriolants sur des modèles au corps parfait mais malgré tout retouché, à lui de se les imaginer sur le corps de sa partenaire (pas de sexisme ici ... il en est de même pour nous avec les boxers sous-lignant d'impeccables et improbables carreaux de chocolats ...).
Est-ce que quelqu'un (Roselyne ?) a pensé aux conséquences sanitaires de cette débauche de lingerie ? On peut facilement imaginer que les mâles soumis à ce bombardement d'attributs sexuels secondaires féminins vont se mettre à sécréter de la testostérone comme des malades.
J'ai donc cherché pour vous, amis lecteurs, les conséquences de l'excès de testostérone. Ca fait peur :
Un excès de testostérone peut entraîner une musculature trop développée, une odeur virile, des cheveux gras, une agressivité plus marquée et un désir sexuel qui peut être gênant.

Moralité : mesdames, suite à ce déferlement publicitaire, vous risquez de voir débarquer votre homme vous balançant un cadeau à la tronche grâce à ses gros biceps puis il va chercher à vous sauter dessus sauvagement et vous allez passer un sale moment à renifler l'odeur aigre provenant de ses aisselles et être enduite de la graisse de sa tignasse lorsqu'il se frottera contre vous ...
Mesdames, une bonne Saint-Valentin à vous ...

Une mort utile


Une mort peut-elle être utile ? Oui, définitivement oui. Bon, pas toutes. Prenons l'exemple du jeune homme qui, l'autre jour, s'est suicidé en se jetant sous un métro. Pas franchement utile ... là où ça commence à être glauque, c'est qu'il a bien pris son élan pour être sur de ne pas rater son coup, foncé tête baissée ("t'auras l'air d'un coureur") et ... bousculé un autre type au passage qui a eu droit au même traitement : démembrement, eviscération, et tout le toutim. Résultat : deux fois plus de taf pour les nettoyeurs de la RATP, un arrêt du-dit métro pendant 3h. Ah, pas de quoi être fier !
Alors que Bruce Wassertein, lui, peut-être heureux et contempler le vaste monde du haut de son nuage **** du paradis (il en a un pour lui tout seul grâce au don maousse qu'il a fait pour la réfection du portail d'entrée du purgatoire ... comme quoi, ça sert de monter au paradis avec un peu de cash sur soi ... surtout que pas moyen de trouver un distri là-haut !).
Evidemment, vous ne connaissez pas ce cher Bruce. Sorti de Willis, ya plus personne ! Bruce Wassertein dirigeait la banque franco-américaine Lazard. A 61 ans, en octobre dernier, il casse sa pipe d'un arrêt cardiaque. Trop de travail, de responsabilités, de repas d'affaires et de gros cigares. Arythmie, admission à l'hôpital, mort en 48h.
Vous allez me dire : où est l'utilité ? Et bien, ce brave Bruce avait accumulé 86.5 millions de $ d'intéressement qui était bêtement bloqué. Mais, par la grâce de se mort, la banque avait 30 jours à compter du dernier battement de son dernier ventricule pour virer la somme à sa famille. A se demander si sa femme n'aurait pas versé un peu de digitaline dans son café du matin. Si j'étais le FBI ... (je passerai sur TF1).
J'imagine la scène chez les Wassertein :
- Les enfants et petit-enfants, si je vous ai réunis ce matin, c'est pour vous apprendre une mauvaise nouvelle ...
- Quoi, la Bentley est encore en panne ??
- Non, pire ...
- La fontaine à Dom-Perignon est encore entartrée ?
- Un peu de sérieux enfin !!! Papy est mort à l'hôpital ce matin ...
- (silence consterné)
- Ceci dit, ce cher papy avait pensé à nous et nous a laissé 86 millions de dol !
- YYYYYYEESSSS
- YYYIIIPPIIII
- YYYAAAAHHHHA
- Paix à son âme
- Recueillons-nous
- Prions pour que cette somme fructifie en paix


Mais Bruce a fait encore plus d'heureux. En effet, la banque s'est dit que la mort du patron ayant plombé son résultat du quarter, autant y aller à fond. Elle a donc débloqué et payé en cash l'intéressement de toute la banque. Pour le coquet total de 615.5 M$.

- Messieurs, je vous ai réunis pour vous annoncer une bien triste nouvelle
- Quoi, on va taxer nos bonus ???
- Non, Bruce nous a quittés ce matin
- Ah bon, il s'est tiré à la concurrence ?
- Non, il est mort
- ...
- Mais grâce à lui, on va se faire des testicules en or massif
- OOuuuuuuuaaaiiissss
- BRUCE FOR EVER !!!!


Et voilà, encore des heureux. Par la seule grâce de sa mort, Bruce répand la joie. Même pas besoin de résusciter (surtout pas malheureux !). La seule victime est éventuellement la banque qui, du coup, affiche une perte de 142 M$ sur Q4. Mais gageons qu'elle trouvera très vite de quoi se refaire.

RIP Bruce ... Rend l'Intéressement Palpable

jeudi 4 février 2010

Best-of

Un best-of ?
Quoi ?
Ce truc de flemmard quand on a rien à dire ?
Le truc qu'ils passent à la téloche quand les animateurs sont en vacances aux Maldives ?
Et oui après 3 mois de blogs et 7.600 pages vues, voici le 1er best-of des posts les plus lus (par ordre de popularité) :

Mefiez-vous des allemandes
Le DARD et les restos du cul
Emotions
Libéralisme, gros mot du début de siècle
On a les classements que l'on mérite
L'impôthon
Dexter et le déterminisme
Surdoué, précoce, différent ou .... rien
L'anti-Hulot et anti-Yann Arthus-Bertrand
Main de Dieu ou doigt dans l'oeil ?

Le genou de Claire


Le présentateur de JT qui faisait du gringue à ses invitées, on connaissait. Il y a avait eu PPDA-DJ (pour Don Juan) qui avait eu à faire à Miss Dalle, vieux beau attiré par le côté éminemment vulgos de l'actrice à grosse bouche. Bon, il s'était fait méchamment rembarré. Il faut dire que le type de mec de la donzelle, c'est plutôt Joey Starr. Comparer Joey Starr à PPDA, c'est un peu comme confondre Xavier Bertrand et Antonio Banderas.
Le père PPDA avait remis ça avec Uma Thurman, les yeux énamourés, susurrant, oubliant totalement les caméras autour de lui pour se focaliser sur un improbable emballage-express.
Mais un invité qui drague la présentatrice du JT, c'est plus nouveau. En effet, Jim Carrey s'est offert une belle séance de drague sur ... Claire Chazal. Et là, je ne comprends plus. Que se passe-t-il avec Claire Chazal ? Quel est ce fantasme ?
Ne serait-ce que sur ce blog, plusieurs visites ont eu lieu via cet chère Claire. Je cite en vrac les requêtes Google : "claire chazal", "claire chazal en jupe courte", "claire chazal jupe courte et bas noir", "claire chazal nue". Et ce en un seul mois ... Claire serait-elle devenue l'obsession sexuelle indépassable du mâle français ? Est-ce le fait d'avoir présenté le journal assise sur le coin du bureau et montré son genou à la manière d'un Yves Mourousi ? (question : est-ce que Marie-Laure Augry avait aussi provoqué une vague de fantasmes ?)
Mes premières pensées vont à Laurence Ferrari, qui a 10 ans de moins, fait des efforts pour être un poil plus sexy, fait des lapsus invitant à la rêverie-lingerie ("string" au lieu "sting"). Et pourtant, ses audiences plafonnent et pas un invité ne la drague ouvertement ... et aucune requête à son nom sur mon blog.
Enfin quand même, il y a plus frais et plus excitant que Mme Chazal. Heureusement, la lecture trônesque (que celui qui n'a jamais lu aux WC me jette le premier rouleau de PQ) de Selection du Reader's Digest (source fiable donc) m'apprend qu'un sondage donne pour trio de tête à la question "en qui auriez-vous plus confiance pour passer la nuit" (quel rapport avec la confiance, on se demande ?) : Laetitia Casta, Emmanuelle Beart et Carole Bouquet. Bon, pour Carole Bouquet, elle est plus toute jeune. C'est plus bouquet d'automne que bouquet de printemps, m'enfin, c'est autre chose que Claire Chazal. Par ailleurs, le même sondage apprend que les français plébiscitent Michel Drucker pour confier les clefs de sa bagnole. Sur qu'il va pas taper du 220, pépère.
Donc mystère Chazal. Je soupçonne une réminiscence du fantasme de la bourgeoise BCBG bien sous tous rapports mais qui dans l'intimité se révèle être une lionne. Bref, le scenario typique Marc Dorcel époque Alban Ceray avant que le porno (lui aussi) ne se mondialise et ne délocalise ses fantasmes à l'Est ...
Elle a du bol, Claire. Il y a quelques temps, l'Etat du Queensland avait fait un buzz d'enfer en faisant un concours pour le "meilleur job du monde". Mais c'est Claire qu'il l'a le meilleur job du monde. La semaine, elle est libre de flâner. Elle n'est de service que le week-end. Et encore, pendant une heure. Evidemment, elle est journaliste (probablement la même promo que Pernault et Narcy) mais bon, on voit bien qu'elle a laissé toute ambition journalistique il y a bien longtemps. Elle fait ses courses avenue Montaigne le samedi après-midi, se pointe chez TF1 une heure avant le journal, s'enquiert machinalement des nouvelles en se faisant maquiller :
- Ya quoi aujourd'hui ?
- Un tremblement de terre, 200.000 morts
- Pffffoouu faut que je fasse la tête alors ? Ca va être dur, j'ai trouvé un petit sac Gucci à -50% ...
- T'inquiète, on va te maquiller avec des cernes, genre "j'ai été sur le pont toute la nuit"
- Super ... bon, tout sera sur le prompteur hein ?
- Ouais comme d'hab

Et elle s'en va ânonner, tranquillement, sereinement, ce qu'elle lit sur son prompteur. On voit bien qu'elle galère parfois, qu'elle ne sait pas prononcer les anglicismes ou qu'elle bute sur les noms propres. Le plus drôle, c'est avec le résumé des sports et notamment le foot (what else ?). La lassitude de sa voix montre combien elle se fout de ce jeu d'abrutis braillards et combien elle est ignorante de ce monde. "Et le PSG a encore perdu malgré un but de Bakaya-Bayakakla-Bakakayao-Tatayoyo".

Mais bon, après 1/2 heure de travail, elle se fait démaquiller, ramasse ses sacs Gucci & Dior dans sa loge et prend un taxi pour rentrer retrouver les déclamations de son comédien d'amant. Et chaque mois, une enveloppe arrive avec un gros chèque à l'en-tête de TF1. Et de temps en temps, un acteur connu la drague devant 10.000.000 de gens. Et, à plus de 50 piges, des mecs cherchent à la voir à poil sur le Net. Pas la peine d'aller au Queensland !

Collision numérique


En lisant mon quotidien favori ce matin, deux brèves accolées m'ont accroché l'oeil. Tout d'abord, encore et toujours Henri Proglio, l'über-manager, le chantre du "Travailler plus pour gagner plus" (2 présidences, 2 salaires). Tellement irremplaçable chez Veolia, tellement indispensable chez EDF. On pourrait d'ailleurs au passage lui confier la SNCF, la RATP et Areva. Donc Proglio qui donne du travail à tout le gouvernement pour justifier sa double-rémunération (avant de la sucrer), sa double-position (provisoire, forcément provisoire) et maintenant la retraite-chapeau.
Cette fois, c'est le bon Luc Chatel qui s'y colle avec une mauvaise foi à soulever les montagnes. C'est qu'il nous prendrait pour des jambons, le garçon !
Jugeons-en :
Que quelqu'un qui a passé quarante ans dans son entreprise touche sa retraite, ça ne me choque pas particulièrement

Qui pourrait dire le contraire ? Proglio a cotisé pendant toutes ses années au profit de la retraite par répartition dont l'UMP, promis-juré-craché, est l'ardent défenseur. Il est donc bien normal qu'il puisse à son tour profiter de la solidarité nationale sur ses vieux jours. Sauf que Mr Proglio ne veut pas, comme le vulgus pecum, se contenter de la retraite-sécu. Son salaire ne lui ayant visiblement pas permis de se couvrir pour ses vieux jours, il a obtenu que son employeur Veolia lui verse environ 1 millions d'euros par an en plus de la retraite-sécu. Et ce jusque mort s'en suive. D'où les 13,1 millions d'euros provisionnés par Veolia. Notons que ça n'est qu'une provision. Si Proglio s'avisait de suivre les traces de Jeanne Calment, il pourrait continuer à ruiner Veolia à petits feux pendant encore une cinquantaine d'années. Est-ce normal ? Est-ce moral ? A voir ... Ce qui est à coup sur immoral, c'est la présentation éminemment tronquée qu'en fait Chatel ! Mais qui est cohérente avec la position de son parti qui a refusé de légiférer sur le sujet. Ah, la belle moralisation du capitalisme !

Juste en-dessous de ce sujet, une brève sur les conséquences de la baisse de la TVA dans la restauration. Ce joli cadeau fiscal, au grand étonnement de tous, ne tient pas ses promesses. L'on apprend dans cet article que les salariés des fast-food, qui n'ont de chapeau qu'un pauvre calot sur la tête qui leur sert de témoin à graisse, se voient royalement proposer dans le cadre de la baisse de la TVA, 2 cts d'euros de l'heure d'augmentation. On passe sans transition des millions aux centimes.

Alors, par un calcul extrêmement complexe, faisant appel aux intégrales par parties et aux transformées de Fourrier, j'en arrive au fait que la provision de Veolia pourrait servir à financer l'augmentation annuelle de 400.000 travailleurs de fast-food sur un an ...

Oh, je vous vois venir ... Comparaison n'est pas raison ... Démagogie ... Certes, mais il y a des jours où ce genre de collisions laisse un goût amer au fond de la gorge ...

mercredi 3 février 2010

L'armée qui possédait un pays



Critique de Tsahal : Nouvelle histoire de l'armée israëlienne de Pierre Razoux (paru en 2005, 707 pages)

J'ai eu envie de lire ce livre après avoir décidé d'aller en Israël pour visiter. En fait, je l'ai lu après. J'avais quelques appréhensions. N'étant pas féru d'armement, j'avais peur de me perdre dans 700 pages de description de chars divers et variés. Effectivement, on a droit régulièrement aux revues d'effectifs avec passage en revue des différents type d'armes. Mais ça n'alourdit pas le récit.
En fait, ce qui est passionnant, c'est qu'il s'agit d'un livre sur l'histoire d'Israël, le pays et son armée étant étroitement entremêlés (les 3 ans de service militaire + la réserve forge des réseaux d'amitié ou professionnels, tous les grands hommes politiques ont par le passé été de grands guerriers sauf exception type Benjamin Nethanyaou (son frère oui lui non), Ehud Olmert non ... signe d'une certain dépolitisation (très partielle) de la vie politique). Comme l'a dit je-ne-sais-plus-qui, presque tous les pays possèdent une armée mais TSAHAL est une des rares armées à posséder son propre pays.
La première décision intéressante est de consacrer un premier chapitre à l'histoire 'antique' d'Israël. Sans ce contexte, on ne comprend rien aux fondements de la société Israélienne, de l'histoire du peuple juif ni à son armée. Ensuite, Razoux parle de la phase de 1920 à 1948, date pendant laquelle les juifs ont émigré en Israël mus par l'idéologie toute fraiche du sionisme inventée par Théodore Herzl (un journaliste autrichien). Cette date a connu une armée fantôme (et secrète), la Hagannah, ancêtre de Tsahal mais aussi diverses milices plus ou moins extrémistes n'hésitant pas à recourir aux attentats.
Ensuite, défilent à la fois, les différents conflits (48, 56, 67, 73) majeurs mais aussi les plus mineurs (si j'ose ...) : Liban (x2), Intifadas (x2), accrochages sporadiques ainsi que les opérations audacieuses dont les israéliens ont le secret (Entebbe, destruction de siège de l'OLP à Tunis, destruction de la centrale d'Osirak, ...).
Mais le livre a aussi l'intelligence de passer en revue la puissance du complexe militaro-industriel d'Israël et surtout les alliances. Ainsi, j'ai vraiment découvert que les USA n'ont pas toujours été un allié indéfectible d'Israël (plutôt un mariage de raison tardif). Alors que la France a été alliée pendant les 20 premières années, fournissant des armes et même des soldats français déguisés style black ops (guerre du Sinaï). C'est même nous qui avons été à l'origine du programme atomique israélien (les Israéliens ont fini, notamment pour les vecteurs, avec les USA).
Bref, c'est un récit passionnant, un livre très abordable intellectuellement et qui donne vraiment des clefs pour comprendre l'histoire de cette zone et les enjeux des conflits et négociations actuels (par exemple, pourquoi garder Gaza ?).

Maboule à facettes


Ce livre, paru en 1981 sous le titre de The Minds of Billy Milligan, et traduit en français sous le nom de Les Mille et Une Vies de Billy Milligan (la traduction approximative du titre faisant fi du 's' à Mind pour le remplacer par un '1001 vies' très loin du sujet n'augurait rien de bon de ce côté-là. Effectivement, la traduction a été faite avec les pieds, ce qui plombe pas mal la lecture ...).
Ohio, fin des années 70, un jeune délinquant est arrêté. Il s'est rendu coupable de vols, petit larcins et enfin de 3 viols sur le campus d'une université. Ses avocats se rendent vite compte qu'il a un problème mental très lourd. En remontant, dans son passé, cela fait des années qu'il mène une vie d'errance totale au gré des divagations de son esprit. Ses avocats réussissent à lui faire éviter la taule pure et simple (pas simple face au système judiciaire américain, surtout il y a 30 ans).
Il est alors pris en charge par des psychiatres qui diagnostiquent ce qu'on appelle alors un trouble mental dit de personnalités multiples. Ce type de diagnostic était fortement controversé à l'époque et il l'est encore du fait de la difficulté à croire à la maladie et aussi à ses apparitions erratiques dans l'histoire (une première vague début XXème, puis plus rien, puis une vague dans les années 80 - ceci dit, on ne trouve que ce que l'on cherche ... et il est bien possible que suite au cas très médiatisé que le livre relate, nombre de copycats aient tenté le coup pour éviter le pénitencier). Le DSM-IV (nomenclature des troubles psys) donne une définition plus éclairante : il parle de trouble dissociatif de l'identité et en donne les caractéristiques suivantes :
A. Présence de deux ou plusieurs identités ou " états de personnalité " distincts, chacun ayant ses modalités constantes et particulières de perception, de pensée et de relation concernant l'environnement et soi-même.
B. Au moins deux de ces identités ou " états de personnalité " prennent tour à tour le contrôle du comportement du sujet.
C. Incapacité à évoquer des souvenirs personnels importants, trop marquée pour s'expliquer par une simple " mauvaise mémoire ".
D. La perturbation n'est pas due aux effets physiologiques directs d'une substance ou d'une affection médicale générale.

En clair, suite à un événement traumatique de sa jeunesse (a priori un viol par son beau-père à 8 ans) et plus globalement une éducations catastrophique, l'esprit de Billy Milligan s'est clivé en un total de 24 personnalités qui cohabitent en lui - certaines plus prégnantes que d'autres. Chacune de ces personnalités ont leurs caractéristiques propres (langage, expression faciale, intelligence, culture, compétences, ...) et prennent possession de la conscience (du 'projecteur' comme le dit Billy) à tour de rôle. Ainsi, une personnalité peut effectuer quelques chose qu'ignore une autre personnalité qui, quand elle va prendre la conscience, se demander ce qu'elle fait là. Ce qui est fascinant, c'est que le changement de contrôle peut se faire plusieurs fois par jour, en quelques secondes. La personne dans la pièce va alors avoir à faire à un interlocuteur totalement différent, bien qu'habitant la même enveloppe corporelle.

Ainsi, la vie de Billy Milligan de 8 à 22 ans (âge de son arrestation) n'est qu'une trajectoire totalement incohérente, un long zig-zag au gré des personnalités prenant le contrôle. L'auteur a suivi et rencontré Billy Milligan à de nombreuses reprises suite à son arrestation. Le livre est donc clairement écrit dans le parti-pris envers Billy, l'auteur se faisant en quelque sorte le porte-plume. Il montre les difficultés de soigner une pathologie mentale aussi complexe (à ne pas confondre avec la schizoprénie), l'incompréhension des autres et notamment des médias, l'embarras de la justice à traiter d'un tel cas, de la possibilité aléatoire d'une réinsertion sur le moyen terme ...

Ce livre a le mérite de mettre en lumière un cas extrême dont l'histoire continue à fasciner trente ans après. J'étais convaincu de la puissance de l'esprit et de ce dont le cerveau humain était capable mais il a encore repoussé les limites de ce que je croyais. Par contre, la forme du récit et la proximité de l'auteur avec Billy Milligan empêche celui-ci de prendre du recul, tant sur le cas lui-même que dans une perspective plus générale (traitement des cas extrêmes, liens justice/medias/institutions psychologiques). Par ailleurs, il faut reconnaître que le livre est assez mal écrit, souffre d'une traduction approximative et aurait pu être plus court (620 pages ...).

Prosternez-vous devant le dieu PIB


L'ensemble du monde, au moins le monde dit "occidental" est assujetti au dieu PIB et à son prophète-dérivée, la croissance. Les religions se sont affadies mais les peuples et leurs gouvernants, de Séoul à Paris, de Londres à Los Angeles, prient, se prosternent et font des offrandes à ce dieu capricieux qui semble se refuser à nous en ce moment (et plus globalement depuis 30 ans pour l'Europe). Tout l'échiquier politique, pour des raisons diverses mais convergentes, se sont elles aussi converties à ce culte moderne. Culte auquel adhèrent d'un même élan syndicats, ONG, think-tanks... Seuls quelques groupuscules alter-mondialistes et certains écologistes prônent la décroissance, mais, agissant ainsi, ils se référent encore, en creux, au PIB.

Il paraît indéniable que le PIB en tant qu'indicateur souffre de nombreuses carences:

- Il intègre principalement les services marchands. Les services publics sont sous-évalués ; l'associatif et les ONG sont comptés pour une valeur nulle (dès lors, accroître le PIB ne peut que servir la doxa libérale puisque la privatisation d'un service public ne peut qu'accroître le PIB).
- Il sur-évalue certains secteurs par rapport à leur valeur réelle (la croissance récente pré-crise des États-Unis a été tirée par les secteurs banque/assurance; cela reflète-t-il une réalité?).
- Il postule que la variable environnementale a un coût nul: le pétrole ne coûte que sa valeur d'extraction (Mère Nature donne le matériau brut) et les dégâts à l'environnement n'influent pas le PIB (ou alors à la hausse via le marché de la dépollution).
è Il ne tient pas compte de variables humaines certes subjectives mais essentielles telles que santé, sécurité, éducation, liberté...

Le fait que la mesure du PIB soit entachée de nombreuses tares est aujourd'hui largement admis. Pour preuve le fait que Nicolas Sarkozy a enrôlé le fameux Joseph Stiglitz (qui partage largement ce constat) pour s'atteler au grand œuvre qui consisterait à trouver une nouvelle mesure.

Quelques réflexions à ce sujet:

- Il existe déjà des indicateurs alternatifs tels l'IDH (Indice de Développement Humain) ou encore l'IBED (Indice de Bien-Etre Durable) visant à pallier les carences du PIB.
- La démarche consistant à créer un seul indicateur synthétique visant à mesure l'avancement supposé de nos sociétés n'est-il pas une démarche vaine? Arriver à réduire l'activité de millions d'individus (ou milliards à l'échelle de la Planète) en un seul nombre et à en calculer les variations trimestre par trimestre n'est-il pas vain?
- Pourquoi cette ambition d'arriver à cette synthétisation extrême? Ne pourrait-on pas se contenter d'avoir des indicateurs ciblés? On peut postuler que cette volonté correspond à une époque de médiatisation extrême, alliée à une volonté (politique notamment) de communication simple (simpliste?) et à une faible culture économique des populations.

Au-delà de ces considérations purement rationnelles, je pense que le PIB joue pour notre civilisation le rôle de totem au sens où Freud l'a défini (in Totem & tabou, 1913). Freud définit le totem comme un animal qui joue le rôle d'esprit protecteur, et qui est protégé par tout une série d'interdictions dont la transgression est passible de graves punitions. L’animal-totem est considéré comme un membre du clan à part entière. Le totémisme est également un système social dans la mesure où il crée des obligations entre les membres du clan et un système religieux qui définit les relations entre l’Homme et le totem. Enfin, le totem, malgré l'ensemble des interdictions qui lui sont lié, représente une source de sécurité et de repos psychique pour l'Homme. A mon sens, le PIB joue pleinement ce rôle aujourd'hui (fédérateur, créateur d'un système de valeurs, source d'adoration et de crainte, symbole quasi-religieux, ...).

Je renvoie par ailleurs à la lecture de l'excellent ouvrage de Dominique Meda sur le PIB.

Petit baromètre de la haine ordinaire


Après mes aventures du week-end, retour à la réalité sèche et crue. Je dois occuper mes premières journées de break professionnel à réparer les pots (ou plutôt les vitres) cassés. Assurance, visite au garage pour rien, laisser la voiture pour expertise, attendre l'avis de l'expert, faire faire la réparation. Rien de grave, juste du temps perdu en avant, du temps qui aurait pu être dépensé à autre chose et qui est gâché dans les méandres des petits arrangements raisonnables. Sans compter les 350 euros perdus dans l'histoire.
Je me suis toujours senti démuni face à ce que les gouvernants appellent pudiquement les incivilités. Je ne vais pas m'auto-canoniser mais enfin je ne me rappelle pas avoir frappé quiconque dans ma vie, avoir volé quoique ce soit de significatif ou fait du tort bêtement à autrui. Surement une question d'éducation, de censure morale, de surmoi. Rien d'héroïque à cela mais cela me laisse assez démuni quand j'ai à faire face à cela de la part de quelqu'un.
J'ai eu mon lot de ces petites surprises, pas plus que d'autres, pas moins non plus. Ca a commencé à l'adolescence ou j'ai du, plaqué à un mur par trois lascars, assister au cassage de gueule en règle d'un pote. J'ai eu droit à diverses avanies sur mes différentes voitures : vol d'une roue, puis de deux, de l'autoradio, casse d'une vitre. Un petit cambriolage aussi. Rien de grave, l'assurance m'a remboursé mais la sale impression du viol de son chez-soi et la perte de tous mes CDs.
J'avoue qu'à chaque fois, j'ai eu une poussée de haine, un désir de vengeance par procuration né de mon incapacité à comprendre le phénomène. Curieusement, c'est moins le cas cette fois-ci. Tout ne m'énerverait-il plus ? Le titre de ce blog serait-il une usurpation ? Ai-je atteint les rives de la résignation bouddhiste ? Je ne sais ...
Est-il si anormal, face à ces agressions certes peu graves, de ressentir un désir de vengeance, voir de haine ? De souhaiter que les coupables soient punis ? Je ne le pense pas. Or, c'est bien ce sentiment d'impunité qui fait naître le ressentiment. Ce genre d'acte ne conduit à aucune enquête (sauf si on est fils de Sarkozy). Il faut donc que les auteurs soient pris en flag', ce qui a peu de chances d'arriver. Et dans ce cas, l'on sait que les auteurs vont faire l'objet d'un rappel à la loi, puis de sursis et enfin de peines légères qui ne seront effectuées qu'à 50%. Sachant encore que 20% des peines en France ne sont jamais effectuées (oui, cela paraît étonnant, mais c'est la réalité).
Alors quoi ? Donner dans les sirènes sécuritaires ? Se ruer dans les bras de Jean-Marie ou de ses avatars plus respectables ? Ce n'est pas et ce ne sera pas mon cas. Pour tout un tas de raisons :
- En tout immodestie, je pense que mon éducation me protège de ces nageurs sous les lignes de flottaison des foules, comme dirait Cantat
- Ces incivilités me sont arrivées à un rythme assez faible pour que le désir de vengeance puisse retomber avant la suivante
- J'ai la chance de pouvoir décaisser 350 euros sans que cela ne mette en péril mes fins de mois
Serait-ce la même chose si j'habitais en banlieue, étais payé au SMIC, n'était même pas assuré tout risque et s'il m'arrivait des choses de la sorte trois fois plus souvent ? Je n'en suis pas certain ... Il est facile de jouer les belles âmes quand on habite dans le VIIIème et que tout cela n'est qu'un fantôme bien lointain. Je n'ai pas peur des tsunamis, j'habite à 300 kms des côtes dans une zone non sismique. Dois-je me moquer de ceux qui les redoutent en Asie du Sud-Est ?
C'est pour cela que je me suis toujours gardé d'ostraciser les électeurs du FN. Je dis bien les électeurs, pas les dirigeants. Certes, il y a parmi eux un pourcentage de racistes ou antisémites indécrottables mais aussi et surtout des pauvres gens qui ne peuvent gérer le sentiment d'injustice que je décris autrement que par les urnes.
Là encore, les belles âmes diront que les voleurs d'autoradio de voitures échouées sur le bord de la route étaient des pauvres âmes en déshérence ne cherchant qu'à vendre le matériel à la casse du coin pour pouvoir payer un steak qu'ils ramèneront à leur enfants aux yeux embués de larmes ... mais j'ai du mal à y croire.
Alors alors quelle solution entre l'angélisme dont la gauche jure être sortie mais et les gesticulations sarkozyennes qui font monter stratosphériquement le taux de garde à vue mais ne résout rien ? Peut-être pas grand chose finalement ...
Une des rares lois qu'a votée le parlement depuis 2007 et qui ne me semble pas déraisonnable face au phénomène sécuritaire sont les peines planchers. Certes, les juges et les défenseurs des droits de l'homme pleurent la perte de l'individuation de la peine mais celle-ci n'est-elle pas une fumisterie quand les audiences de comparution immédiate durent cinq minutes ?
Cela s'inspire du three strikes act californien qui est certes un peu exagéré (prison à vie à la troisième sentence) mais aussi très caricaturé. Un exemple avait ému la France : un type qui avait commis son troisième larcin, à savoir volé une pizza, avait pris perpet'. Les médias avaient oublié par la suite de préciser que le jugement avait été cassé. Forcément moins croustillant ...
L'application de ces peines planchers semblent ne pas vraiment marcher car il est possible d'y déroger (et les juges ne s'en privent pas). Personnellement, sans céder à la haine (y essayant en tout cas), un principe de peine croissante automatique en fonction du nombre de récidive de délits du même niveau (oui car en France, pour qu'il y ait récidive, il faut avoir fait deux fois la MEME chose, ce qui limite pas mal ...). 1 fois = sursis ; 2 fois = 1 an ; 3 fois = 3 ans, ...
Bien sur, cela n'est à réserver qu'à des délits mineurs, il n'est pas question de traiter les viols, braquages ou meurtres de la sorte. Mais ce ne sont pas les meurtres qui créent le sentiment d'insécurité : il y a 10 fois moins de chance d'être tué volontairement que dans un accident de la route en France ..
Les belles âmes y verront une dérive sécuritaire. J'y vois personnellement une règle du jeu claire, connue d'avance, qui permet de tracer une frontière claire et fait passer un message de non-tolérance par la société. Et peut-être la possibilité à terme de dépolluer le débat politique de l'insécurité dans lequel il est englué depuis 10 ans.

mardi 2 février 2010

RIP Didier Lombard



Ca y est, Didier Lombard dégage ! Out, dehors, casse-toi pov' con. Lombard, vous vous rappelez ? les suicides ? France Telecom ? Le type avec une sale tronche qui avait l'air aussi concerné par les suicides que par la grossesse de la fille de son chauffeur ? Le super-autiste social ? L'handicapé profond de la communication ? Celui qui animait ses séminaires en disant que c'était fini, la "pêche aux moules" pour ces veinards de salariés de Province. Quel boute-en-train. Faut dire aussi que c'est un ingénieur, nous ont expliqué les médias. Bon oui, un ingénieur c'est formé pour ne pas avoir de coeur et pour parler comme un Goebbels des temps modernes.

Bon, il se casse-pov-con pas tout en fait. Car oui,
Didier Lombard conservera la présidence non opérationnelle de l'opérateur jusqu'au terme de son mandat
C'est fou le nombre de types qui sont dans les directions non-opérationnelles de groupes (Proglio/Veolia par exemple). Que foutent ces types là-dedans ? Ils tapent des bouffes en discutant de choses non-opérationnelles ?

- Dis donc, qu'est ce que tu penses du marché du triple-play en ce moment ?
- Houla, trop opérationnel vieux !
- Ah ... et ton put ?
- Mieux mieux ... fait passer la louche pour le caviar, STP

Donc en fait, il reste encore un an. C'est vrai qu'il n'a que 68 ans, il est encore vert le bougre ! Bon, maintenant, les paris sont ouverts. Quand vont éclater les scandales suivants :

- le scandale de la rémunération de Mr Lombard en tant que "non opérationnel" (il touchait 1.65 ME en tant qu'opérationnel)
- le scandale de la retraite-chapeau de Mr Lombard

Vous ne pensez quand même pas qu'il va se barrer comme ça sans prendre un petit quelque chose ? C'est qu'il a 3 gosses et Dieu sait combien de petit-enfants. Et puis c'est un auvergnat le garçon ...

Ce qui m'avait étonné à l'époque, c'est comment il avait fait pour ne pas sauter au 24ème suicide. Surtout quand Christine Lagarde lui avait assuré son soutien. En général, dans ce cas-là, ça sent très fort le sapin. Mais non, il a encore tenu 3 mois alors que l'opposition et la France entière réclamait sa tête au bout d'une pique. Votre dévoué serviteur, du haut de son fauteuil, a donc repris le fil de l'affaire en regardant fondre la neige de son jardin. En route pour une leçon de realpolitik ...

15 septembre : Face au 23e cas de suicide à France Télécom recensé par les syndicats en un an et demi, rencontre entre le PDG Didier Lombard et le ministre du Travail Xavier Darcos. En bref, le pouvoir politique prend les choses en main. La conférence de presse était assez cocasse, Darcos coupant la parole à Lombard pour l'éviter de raconter des conneries. Et pourtant, Lombard se désole de la "mode du suicide" au sein de son entreprise.

Le 19 septembre, Lombard invente cette excuse pitoyable qui mérite de figurer au Top 5 des excuses-à-deux-balles-bidouillées-en-vitesse-par-le-staff-de-comm (dont la directrice s'est faite virée peu après) au coude à coude avec le "mais nnoooonnn je parlais des auvergnats" de Brice Hortefeux :

Le PDG de France Télécom s'est excusé, mercredi, des propos qu'il a tenus la veille évoquant une "mode du suicide" au sein de son entreprise. " [Mardi], par erreur, j'ai utilisé le mot 'mode' qui était la traduction du mot mood (humeur) en anglais. Je m'excuse d'avoir fait ça", a déclaré Didier Lombard sur RTL, ajoutant : "Je suis focalisé sur : arrêtez cette spirale infernale [du suicide] dans laquelle nous sommes", a-t-il ajouté.

J'avoue que j'avais raté cette épisode ... Wow, je suis tellement bilingal que j'ai made a fault dans my comm. Gosh.

30 septembre : Lombard est auditionné par le Sénat où on lui demande ce qu'il attend pour démissionner.
Le même jour, un article de Libé que j'avais raté (damn encore) nous donne peut-être la clef de son non-débarquement de l'époque :

Exemple, ce ministre qui lâchait hier à Libération :«Lombard, c’est un brave type, mais il est complètement à côté de la plaque. Il n’a pas pris conscience de ce qui se passait.» Voilà pour le jugement lapidaire. Alors qu’attend-on pour le remercier ? L’affaire n’est pas simple. «Bien sûr, on se pose la question, poursuit le ministre. Sauf qu’on préférerait agir à froid.» Et d’ajouter, un brin cynique : «Parce que si les suicides continuent après l’avoir débarqué, on va se trouver mal».


Eh oui ... un peu comme si la police arrêtait un serial-killer, avec conférence de presse, serrage de paluches, autocongratulation ... et qu'un nouveau meurtre arrive. Moralité : attendons que la vague de suicide se tasse (ou que les medias s'en désintéressent) et ensuite on virera cette tringle.

1er octobre : Didier Lombard est reçu par la ministre de l'Economie Christine Lagarde qui lui renouvelle "sa pleine et entière confiance".

3 mois après ... on sait ce qu'il est advenu. Oui, la politique c'est vraiment un métier ...



A quoi songeait-il le Didier Lombard de 20 ans, celui dont les traits n'étaient pas encore déformés par la lippe dédaigneuse qu'il arbore désormais et alourdis par les kilos des repas d'affaires ? Imaginait-il qu'il deviendrait 48 ans après la caricaturale quintessence du patron insensible à la souffrance de ses employés ?
A-t-il eu du mal à communiquer pour séduire Gilberte, qui lui a donné 3 enfants mais a réussi malgré tout à devenir Directrice de Banque ?
Est-ce que le Lombard d'aujourd'hui a gardé ne serait-ce qu'une petite connexion avec le jeune adulte qu'il était alors ? Comment le jeune Didier jugerait le Lombard non-opérationnel de 2010 ?
Autant de questions qui resteront sans réponse. RIP, Lombard. Remplis Immodéremment tes Poches.

lundi 1 février 2010

Dans la Zone verte : Les Américains à Bagdad


Rajiv Chandrasekaram, journaliste au Washington Post, a passé un an à enquêter dans la zone verte à Bagdad. Qu'est-ce que la Zone Verte ? Une enclave américaine au sein de la capitale irakienne, superprotégée, bunkérisée. Elle accueille l'Etat-Major de l'armée américaine mais aussi l'armée de consultants envoyés pour la reconstruction de l'Irak.
La description de la vie dans ce morceau (immense) de la ville est surréaliste : c'est une mini-Amérique qui a été recréée en plein Moyen-Orient : footings, salles de jeux, connexions Internet partout, petit-dej avec bacon à gogo (en plein pays musulman), salles de travail ou gymnases dans des anciens palais de Saddam, le fait est déjà étonnant.
Est étonnant également comment ont été montées les équipes chargées d'épauler/diriger/coordonner la reconstruction / réorganisation de l'Irak. Tout laisse croire à une équipe de Pieds Nickelés, montée de bric et de broc, mélange hétéroclite de vrais spécialistes et de béotiens complets, attribution des postes au pistonnage / copinage, sur des critères plus politiques (pro-bush) que de compétences.
Mais derrière cette charge (légitime je pense) contre les US pointe aussi les difficultés de faire progresser un pays comme l'Irak : outil industriel totalement laissé à l'abandon par Hussein, travailleurs très souvent sous-formés/incompétents, matériel obsolète, sous-investissement chronique, organisation à la soviétique (sur 1.000 ouvriers, 300 ne servent systématiquement à rien et ont juste été imposés là par le parti Baas, 300 autres ne font pas grand chose de plus et le reste fait ce qu'il peut ... c'est à dire encore pas grand chose - d'où une productivité misérable), achat de matière première à des prix au-dessus du marché, ...
Par ailleurs, le livre montre que les américains ont eu à faire face à des questions très complexes que d'autres ont eu à affronter (Allemagne post WW II, RDA post-Stasi, AfSud post-Apartheid) : fallait-il déBaasiser l'administration, ce qui est le plus juste moralement mais a contribué à la désorganisation ? ou laisser une bonne partie de ceux qui avaient trempé dans le sale boulot de Hussein, fermer les yeux mais obtenir une meilleure efficacité ... entre la morale et la Realpolitik, les américains ont choisi la morale (dans ce cas). Difficile de dire ce qui était le mieux mais cela donne un exemple d'actions des américains en Irak plus nuancé que ce que nos médias veulent bien en dire.
A lire pour avoir une autre vision de cette guerre, en complément de toutes les informations (souvent formatées) que l'on a pu recevoir sur ce conflit.

Fausse innovation, destruction créatrice, vraie souffrance... et la pub encore!


Notre société est marquée par l'innovation. C'est un truisme aujourd'hui mais on peut postuler que cela l'a été depuis que l'Homme est Homme. Une question essentielle a été creusée par les économistes, l'éternelle, celle de la «poule et l'œuf». L'intuition première donnerait à penser que c'est le besoin qui crée l'innovation. On identifie un besoin, des chercheurs trouvent une solution et une société la commercialise. Dans la réalité, c'est plutôt rare et n'est surtout vrai que pour résoudre des problèmes (trouver un vaccin contre la grippe A/le Sida, trouver des véhicules/sources d'énergie moins polluantes). Donc essentiellement de l'innovation curative.

Jean-Baptiste Say, compatriote lyonnais, a sorti au début XIXème la loi qui porte son nom et qui postule que «l'offre crée la demande», postulat qui a été bien entendu contesté (Malthus) et pondéré notamment par Keynes (qui dit qu'encore faut-il une demande solvable; en clair, on peut offrir ce qu'on veut, si le pouvoir d'achat n'est pas là, les ventes stagneront). Cette loi, malgré son caractère simpliste, a quand même de forts accents de vérité: Internet répond-il à une demande? Non car personne n'imaginait Internet avant qu'il ne soit créé (puis offert puis vendu). Idem pour les téléphones mobiles, les écrans plats, le micro-ondes. Plus il s'agit d'une technologie dite de rupture plus cette loi est vraie (on ne peut avoir besoin de ce qu'on n'imagine pas...).

Essayons donc de nous concentrer sur ces innovations qui augmentent la palette de l'offre et créent de la demande. Il est indéniable que de nombreuses innovations, au cours des dernières années et décennies, ont amélioré notre vie. J'entends par là que, si aucune innovation n'est 100% positive ou 100% négative, le rapport bénéfices/inconvénients est clairement positif. Citons Internet évidemment, le téléphone mobile, le four à micro-ondes (liste totalement non-exhaustive et entièrement subjective!) et nommons les innovations de rupture. Mais il est aussi assez peu contestable que nombre d'innovations (ou prétendues telles) sont de l'ordre de l'inutile, du superflu, voire du mensonge. C'est ce que j'appellerai la fausse innovation. Soit on reprend une technologie existante en ajoutant une fonction subalterne, soit on fait dans le faux complet ("ma lessive lave plus blanc que blanc").

Vous allez me dire, pourquoi des sociétés commerciales iraient dépenser de la Recherche&Développement (R&D) pour apporter des améliorations bidons alors qu'elles pourraient se contenter de vendre l'existant? Si l'on caricature un peu, la base de toute la technologie que nous utilisons quotidiennement a été développée jusqu'aux années 80 (voitures bien sûr, télévision, hi-fi, électroménager,...). Il y a eu peu de ruptures technologiques depuis (téléphone mobile par exemple). Par contre, le danger pour les marques, c'est qu'une technologie se banalise. Dans ce cas, la guerre ne se fait plus que sur le moins-disant en terme de prix, l'investissement technologique initial est perdu et le gain va aller aux producteurs à faible coût (asiatiques, cela va sans dire).

Donc pour conserver des marges et un avantage compétitif, il faut innover... ou faire semblant. Mon micro-ondes a plus de 10 ans, il marche très bien. Mais quand je vais chez des amis, je vois des nouveaux modèles dont le tableau de bord ressemble à celui d'un A380. Quelle plus-value? Aucune. On retrouve ces exemples notamment dans l'électro-ménager, l'audiovisuel (prenons l'exemple de la télévision. Quelles ruptures technologiques depuis son invention? Deux: la couleur puis l'écran plat. Mais entre temps, tout un lot de micro-pseudo révolutions: HD-Ready, Full-HD,... pour prendre les dernières), mais aussi dans des secteurs plus inattendus comme la pharmacie où l'on trouve beaucoup de molécules rebrandées qui n'apportent qu'une très faible plus-value (voir aucune).

Dès lors, comment convaincre le consommateur d'adopter des nouvelles technologies dont il n'a pas besoin ? 1ère phase: créer le désir pour susciter l'acte d'achat chez une classe d'early adopters. Ceux-ci essuieront les plâtres de la technologie et en paieront le prix fort. Pour cela, la publicité sous toutes ses formes (recherche de notoriété, branding, sponsoring,...) est le vecteur nécessaire. Ensuite, atteindre une masse critique permettant de faire baisser les prix et d'entraîner une portion significative de la population. Au final, faire passer la voiture-balai soit en retirant du marché les anciens modèles soit en faisant du lobbying (adoption de nouvelles normes) pour les rendre inutilisables (ex: extinction du signal analogique pour la TV en France). On instaure donc ici de facto une obligation de consommation.



Bien entendu, ce que je nomme obligation de consommation alimente la surconsommation de marchandises, accélère fortement les cycles de remplacement des appareils et participe activement à la dégradation de l'environnement. Mais il y a pire. Devant cette offre sans cesse renouvelée et ce désir sans cesse attisé, il faut que la demande suive (revoilà Keynes!). Quelle est une des plaintes principales des citoyens? Le pouvoir d'achat! Il est normal que cette avalanche de stimuli de création de désirs soit aussi à la base d'un intense sentiment de frustration pour les moins biens lotis (même s'ils ont le nécessaire, ils envient le superflu...). Que répond l'Etat? Que nenni, le pouvoir d'achat ne baisse pas, il augmente. En effet, l'INSEE (de façon normale dirais-je, d'un point de vue méthodologique), inclut dans l'indice des prix (inflation, qui sert aussi au calcul de l'évolution du pouvoir d'achat), l'évolution technologique du matériel. Ainsi, la machine à laver que vous avez payée 500€ il y a 10 ans et que vous payez 600€ aujourd'hui n'a pas augmenté à technologie constante. Elle s'est enrichie technologiquement (de fonctions inutiles). Mais vous ne pouvez pas acheter une machine au même prix qu'il y a 10 ans car celle-ci n'existe plus. D'où (entre autres) cette controverse permanente sur la perception du pouvoir d'achat.

Mais si l'on pousse le raisonnement plus loin, les conséquences sont pires. Joseph Schumpeter, économiste difficilement classifiable du début du XXème siècle, a beaucoup théorisé sur le rôle de l'innovation dans l'économie. Il met en avant la figure de l'entrepreneur qui, mû par son intérêt propre (reconnaissance, gloire, gain financier), apporte une plus-value à toute la société (prolongement d'Adam Smith). Ainsi met-il en évidence une économie en mouvement perpétuel où des pans d'activités vont disparaître (destruction) et être remplacés par de nouvelles activités, un peu à l'image d'une ville dont les quartiers se rénovent à tour de rôle. C'est la destruction créatrice. Il entendait également par là que l'économie était fatalement cyclique puisqu'entraînée par ces cycles destruction/création (crise des années 80 liée à une certaine désindustrialisation puis croissance à la fin des 90 par le développement de l'économie liée aux nouveaux moyens de communication).

Cette théorie s'applique parfaitement à notre époque et à l'homme en général. Les tracteurs ont remplacé les charrues, les maréchaux-ferrands n'existent plus, les informaticiens sont apparus. Mais il y a un facteur supplémentaire: la VITESSE. Si les cycles se font à l'échelle de générations, on peut imaginer que le fils du constructeur de charrue fasse des études et deviennent constructeur de tracteur. Mais le facteur temps, mû par cette course fictive à l'innovation, s'est considérablement rétracté. Ainsi, une fraction des salariés (les moins formés) ne peut suivre les cycles destruction/création et vont rejoindre la couche incompressible des inemployables (qui, si l'on suit Marx, va devenir le siphon entraînant les salaires vers le bas).

Ainsi, des industries qui autrefois disparaissaient en quelques décennies, peuvent aujourd'hui sombrer en quelques années (photographie argentique vs numérique, industrie musicale, ...). Mais surtout, cette course-folle oblige les entreprises à l'agilité pour reprendre un terme managérial en vogue. Donc à une transformation/réorganisation permanente. Les cycles de destruction/création se sont insérés à l'intérieur même des entreprises. Là encore, le maillon faible, c'est l'humain. L'humain qui a besoin de temps, de formation, de routine, bref qui n'est pas assez agile (peut-être dans quelques milliers d'années, l'évolution Darwienne nous aura adaptés... si notre civilisation survit jusque-là!). Donc, au gré des cycles, les plus jeunes et résistants survivent et les plus fragiles ou vieux (réputés non agiles) cassent (chômage, dépression, suicide,...).
L'exemple de France Télécom vient bien entendu en tête (sans fustiger cette société en particulier qui suit une tendance globale). Si l'on fait un pas de côté et que l'on se demande quel besoin fondamental non-assouvi justifie une réorganisation permanente de l'entreprise si drastique qu'elle fait peser un poids énorme sur ses salariés, la réponse ne s'impose pas. Mais il faut relancer la machine fausse innovation/publicité/destruction/création/reconstitution des marges/conservation des parts de marché.



Frustrations sociales, chômage incompressible, casse humaine: un coût bien élevé pour quelques gadgets à cristaux liquides... On ne réveille pas la machine pulsionnelle de l'Homme sans s'exposer à des retours de flamme. J'ajoute en guise de conclusion que je suis bien loin d'être un opposant du progrès ou un admirateur des Amish. Je pense simplement qu'il faut séparer le bon grain de l'innovation de l'ivraie des gadgets et ne pas trop jouer avec les démons qui sommeillent en nous.

Tu le vaux bien ton stage ...

L'Oreal-parce-que-je-le-vaux-bien-cheveux-ondoyants-dans-le-vent est vraiment une entreprise super hype. En effet, ils chevauchent à brides abattues les modes du business/serious game, du Net, de la second life et le tout au service de la diversité.
Fichtre ! En effet, ils vont recruter 1/3 de leur stagiaires via un jeu vidéo en ligne. Trop ddjjjeeeeunn's.
Et moi qui bêtement comme un vieux con que je suis dégoisais il y a peu encore sur la rigidité du contrat de travail qui poussait les entreprise à une surenchère dans le ceinture-bretelles de l'embauche. Des entretiens à rallonge tel un tournoi de tennis du Grand Chelem avec 7 tours à passer pour soulever la coupe. Avec à la clef discrimination et uniformisation.
Entretiens psychotechniques, références pros demandées mais aussi les références personnelles qui deviennent à la mode. Oui, on vous demande les numéros de vos parents, de vos potes ou de mémé Jeannette, qui va raconter au recruteur la fois où vous aviez cassé les fenêtres du voisin à 8 ans. Paf éliminatoire. Si vous avez triché aux petits chevaux en 1977 ou oublié de regarder Julien Lepers, même pas la peine de vous présenter.
Mais L'Oreal casse tout ça, maintenant le recrutement c'est FUN. On s'éclate. Mais là je me dis, pourquoi tant de frilosité ? Pourquoi d'abord que les stagiaires ? Pourquoi pas les CDI ? Et ensuite, j'ai une idée de business qui devrait agrémenter le P&L de nos amis Loréaliens et leur permettre de mettre du beurre dans les épinards au caviar de leur cantine Clichyssoise.
En effet, pourquoi ne pas faire un couplage télé-réalité / recrutement ? Imaginez des concepts tels que Nouvelle Star ou Secret Story ou encore Intervilles avec des vrais candidats à des postes. Et hop, L'Oreal en profite pour fourguer le tout à Endemol à prix d'or. Car c'est le carton assuré : des candidats qui poireautent à Pôle Emploi depuis 18 mois, ils vont être prêts à tout !! A se battre, à s'humilier, à humilier les autres.
Pensez au type qui veut un poste de cadre déguisé en coton-tige qui doit faire tomber un autre type attifé de la même façon et postulant pour le MEME poste. Avec à la clef un poste à 60 k€ avec pleins de beaux avantages maison. Les types qui battent avec l'énergie du désespoir, le gros plan sur le perdant, émergeant de l'eau et contemplant la perspective de son retour à Pole Emploi. Avec Castaldi l'interviewant : "alors à quel Pôle Emploi vous allez retourner ? Allez, on les salue, ils font un super boulot"
Ou encore un Nouvelle Star. L'Oreal a organisé des casting dans toute la France. 10.000 candidats tous frais émoulus de "Pole Emploi" ont participé à des castings partout en France. A la fin, 12 seront retenus pour bosser à Clichy dans le marketing de notre dernier eyeliner Gemey-Maybelline New-York/Tokyo/Moscou/Villejuif. Le jury, impitoyable, est composé du top management du département marketing. Imaginez les auditions.
- Ouais, suivant !
- Euh, ouais j'm'appelle Kevin, j'ai fait Sup de Co Gif-sur-Yvette option marketing viral H1N1
- Ouais, t'as fait quoi comme stages ?
- Euh manutention et caissier chez Carrouf'
- Bon Kevin, tu vois, on est des pros ici. Dans 6 semaines, on doit vendre le prochain eyeliner partout worldwide. Des femmes vont se battre pour ça. Des wifes. Des youngs. Des it-girls. Des Housewises
- Tu seras pas à la hauteur. Retourne faire du marketing pour ta grand-mère
- Blaireau
- hihihi


Ah merci l'Oreal. En route pour le XXIème siècle.

Méfiez-vous des allemandes

Ceci est l'authentique récit d'un week-end de loose total, de manque de chance, de succession de foirés, le tout d'une pureté proche de 100%, garanti sans coupage à la paraffine. Mais c'est également le récit de presque 20 ans d'embourgeoisement progressif et inéluctable, du passage de statut de jeune con à celui de presque-quadra-bobo ... tout un programme !

Quand j'avais 20 ans, je me levais à 5h du mat' le samedi ou le dimanche, en général en ayant fait la bringue la veille. Nous nous entassions à 3 ou 4 dans ma Super 5 SL (Sport & Luxe), ses 700 kilos à vide et ses 45cv tous mouillés. Nous bourrions nos affaires, skis, surfs à l'intérieur (pas question de mettre des barres de toit, cela aurait beaucoup trop ralenti la voiture ...), mettions l'autoradio à fond, prenions la nationale (trop chère l'autoroute) et foncions vers les sommets. Malgré la pente, les montées étaient avalées le plus souvent sur la file de gauche, le moteur de la Super5 hurlant dans les tours. Si la route était enneigée, nous continuiions jusqu'au point de non-retour. Avec ses petits pneus, la 5 tenait pas si mal la route. Et puis, les virages en glissade ne nous faisaient pas peur. Les têtes-à-queue nous faisaient marrer. On passait devant les grosses bagnoles allemandes plantées dans la neige, devant les quadras ou quinquas roulant à 20 à l'heure ou montant leur chaîne en se marrant et en les traitant de blaireaux. A peine arrivés, nous déballions le matériel, skiions toute la journée en avalant ce qui passait (ou pas) et reprenions la route dans l'autre sens, à même allure (voir plus, ça va mieux en descente), arrivions à 22h pour nous doucher et rebringuer. Nous étions jeunes, cons et pleins de fougue.

A 30 ans, la Super 5 avait été revendue. J'avais acquis auprès d'un mandataire une Seat Ibiza essence GTI 16S 130cv avec une allure de frime qui ne m'allait pas vraiment. Mais enfin, elle avait de la pêche. Nous allions souvent (jusqu'à 20 fois par saison) skier le samedi ou le dimanche. Notre insouciance avait un peu disparue : nous regardions la météo avant de se décider, préparions soigneusement sandwichs et barre de céréales à la veille, nous levions un peu plus tard, temps que nous compensions en prenant l'autoroute cette fois-ci, les 130cv permettant d'avaler le bitume à 180 kmh dans l'ambiance feutrée de France Inter. Nous montions parfois en station, surtout par beau temps. La montée était vite faite, des record parfois battus (2h10 pour Lyon - Val Thorens), les dérapages moins fréquents, les tête-à-queue très épisodiques. Nous recourions maintenant de plus en plus aux remontées permettant d'accéder aux stations depuis les vallées. La forme était bonne, les entrainements poussés en course à pied nous permettaient de progresser en surf et de faire du 9h-17h sans arrêt (pistes descendues d'une traite, pas de pause midi, sandwichs dans les remontées). La seule perspective de manquer 5' de surf possible me brûlait les tripes. Nous nous lancions des défis tels que partir d'une extrémité d'un domaine (Orelle pour les 3 vallées) et de "toucher le mur" à l'extrême opposé de la station. S'arrêter prendre un café à une terrasse me semblait une hérésie. Un sondage réalisé sur un parking de Meribel m'apprit un jour que nous avions réalisé 77 kms de montée linéaire de remontée mécanique dans la journée. Mon coeur d'auvergnat s'emplit de fierté : ça, c'était de la rentabilité de forfait.

A 35 ans, plus de surf. Paternité, travail acharné, fatigue le week-end, envie de grasse matinée, de bouffes avec les copains. La voiture, de fonction désormais, dormait au garage et servait à aller faire les courses à Carrefour ou aller au parc faire une promenade. La forme physique allait decrescendo. J'ai bien tenté une fois ou deux d'aller skier le week-end en quatre ans. Moins de plaisir, plus assez de forme pour faire du 9h-17h. Mon tempérament de type "tout ou rien" en souffrait. Quitte à ne pas pouvoir être à fond, autant ne rien faire.

Vendredi 29 janvier 2010 - 38 ans ou presque. Après quatre années de jachère, nous décidons, ma femme et moi, de partir re-skier. Nous ne sommes pas seuls. En effet, nos amis Antoine et Pierrette (*) se sont joints à nous. Il n'est plus question de partir à la journée. Nous avons donc confiés les enfants (2 pour eux, 1 pour nous) aux grands-parents et réservé un hôtel sympa à Val Thorens pour les vendredi et samedi soir. Pour ma part, ce serait le baptême d'une nouvelle vie puisque je terminais mon travail avant de partir en week-end.

Côté équipement automobile, l'embourgeoisement étant patent. Antoine s'était vu attribuer quelques mois auparavant une BMW Touring 320d de fonction, élégante berline blanche couronnant un poste de responsabilité élevé amplement justifié par son âpreté à la tâche et son intelligence aigüe. Pour ma part, alors que je devais rendre ma voiture de fonction (Golf TDI 105 Cv), je faillis également opter pour une BMW par pure fantasme adolescent (et inspiré par l'exemple d'Antoine). Je finis finalement par acheter d'occasion une Audi A4 2.5 TDI de 163 cv avec boîte automatique 6 ou 7 vitesse (je n'en suis même pas certain, trop dur à compter), avec possibilité de commande séquentielle au volant (Sébastien Loeb-like).

Nous voilà donc lancés dès 17h vendredi sur l'autoroute sur nos destriers bavarois. Un vent de liberté soufflait dans nos cheveux au travers des systèmes de climatisation (dissociés conducteur / passagers) et du filtre anti-pollen. France Inter diffusait mezzo vocce les dernières nouvelles. Le coffre, à peu près aussi grand que l'habitacle de la Super 5, était quasi rempli de tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Nous sommes un peu comme un gaz, nous remplissions tout le volume disponible. Nous avions hâte d'arriver à notre confortable hôtel pour nous installer au coin du feu, déguster un apéritif, faire une bouffe un poil gastronomique, dormir du sommeil du juste et s'enfiler une grasse mat'. La météo s'annonçait affreuses et nous n'avions aucune intention de skier sous le mauvais temps et encore moins de nous lever dès potron-minet.

Dès l'abord de Chambéry, les choses se compliquèrent vaguement. En effet, la dépression prévue par Météo-France était bien au rendez-vous (ceux-là, ils ont toujours raison quand ça n'est pas le moment). Ils commençait à neiger dru et la visibilité descendait à vue d'oeil (si l'on peut dire). Rien d'inquiétant, l'insonorisation de l'habitacle et le flux impeccable de la clim se chargeant de nous abstraire de cette réalité et de ne pas laisser l'aiguille du compteur s'insinuer sous les 160 kmh.

A la sortie de Chambéry puis à l'approche de Moutiers, un léger soupçon d'inquiétude commençait à se faire sentir dans l'habitacle. Nous roulions toujours à bonne allure mais la neige collait désormais à la route malgré le ballet des chasse-neige. Rien d'alarmant certes mais nous n'étions encore qu'en plaine et nous devions monter à 2.300m. Je n'avais bien entendu pas de pneus neige et les seules chaînes dont je disposais à la maison n'aurait pas couvert 60% des boudins qui me servaient de pneus (de) tracteurs (235/45/17).

Moutiers, lieu de vérité. Moutiers, entrée de la Tarentaise, bourgade sombre et laide, enkystée au fond de la vallée, ville-étape comme euphémisent les panneaux-routiers des villes moches de France (comprendre si vous n'avez vraiment pas le choix, il y a l'hôtel de la gare au centre-ville). Moutiers, carrefour à l'entrée des stations de ski les plus prestigieuses. Bifurcation vers la montée de Val Thorens. Au menu, 37 kms de montée ininterrompue et 1.800m de dénivelée. D'emblée, le panneau routier refroidit avec son impérieux "équipements obligatoires". La route qui s'ouvre devant nous est blanche. Aucun chasse-neige n'est passé. Antoine est quelques centaine de mètres derrière.

Le sang de mes 20 ans est encore un peu présent dans mes veines. Je ne m'accorde que peu de chances d'arriver aux sommet mais je me lance. Je passe en mode séquentiel, prend un bon élan et avance. Rapidement, je double même un ou deux véhicules. Ca avance, ça glisse un peu, ça patine un poil. A chaque village, on se demande s'il faut s'arrêter mais non, on continue, 15 puis 20 kms sont avalés. Ca patine de plus en plus mais ça monte toujours. Le char d'assaut teuton avance, les panzer divisionen s'approchent des Menuires.

Tout d'un coup, l'adhérence devient très aléatoire, la voiture chasse seulement légèrement mais la traction devient difficile. Je jongle avec la boîte séquentielle mais l'électronique, Big Brother implacable, contredit mes décisions, la vitesse descend dangereusement, le compteur indique encore 50 kmh mais il est évident qu'un coureur à pied nous dépasserait aisément (bien que la probabilité de voir un type courir à pied par -10°c, 7 à 8% de pente et de nuit est assez faible). Je finis par céder et me range sur un dégagement de 3 ou 4 mètres de large sur le côté. Antoine, qui me suivait plus facilement grâce à ses pneus contact, se gare aussi. Il est évident que je n'irai pas plus loin. Il va falloir que je laisse mon char à 2 kilomètres à peine des Menuires (mais également 12 de Val Thorens, ce qui rend la station, bien que proche, aussi accessible que la Lune).

Antoine a tout prévu : lui a acheté des chaînes. Nous déballons le coffret de chaînes toutes neuves. Ce sont évidemment des chaînes à montage rapide. Antoine a également une lampe de poche qui s'avérera précieuse dans la nuit désormais tombée. Comme de bien entendu, les 5' que doit prendre le montage vont se transformer en 45' (que celui qui a réussi à monter des chaînes rapides dans le temps imparti témoigne ici - les chaînes sont le plus bel exemple de mensonge publicitaire de l'ère chrétienne - dire qu'on a envoyé des hommes sur la Lune mais qu'on est pas foutus d'inventer un truc simple pour rouler sur la neige - grandeur et misère de la civilisation).

Des véhicules passent devant nous. Des Fiesta, des Clio, des vieilles bagnoles. Je m'imagine aisément des fantômes de moi-même au volant en train de dire à ses potes "regarder ces baletringues avec leur chars d'assaut allemands en train de galérer". On est toujours le con de quelqu'un d'autre mais on peut aussi être le con de soi-même à quelques années d'intervalle. Enfin bon, il fait -10°C il nous neige copieusement dessus ; nous sommes accroupis dans la neige, les doigts gelés ; mais la bonne humeur est encore là, quelques péripéties qui nous sortent un peu de notre confort de bobos presque-quadras. On en rigolera autour d'un vin chaud plus tard. On finit par y arriver et on entasse tout le bazar dans la BMW ainsi que nous même. Nous finirons le trajet, ma femme et moi, à deux sur le siège passager. Ah, on retrouve le parfum de l'improvisation et du confort incertain de la jeunesse. Antoine roule à 20 kmh car un léger battement lui fait craindre d'abimer sa carrosserie. Je me rappelle et raconte les chaînages avec ma Super 5 où, une fois équipé, je montais à plus de 50 kmh, réussissant même à faire un tête-à-queue avec chaînes dans la montée de l'Alpe d'Huez. Evidemment, je me foutais d'écorcher la carrosserie à l'époque.

Enfin, nous arrivons à l'hôtel. Il est 21h30. Nous avons mis 4h30 à faire la route (à comparer avec mon record cité plus haut). Nous débarquons les bagages et passons directement à l'apéritif. Whisky 16 ans d'âge, cocktails, bières, le réconfort s'empare de nous. Comme prévu, on rigole de la mésaventure. L'hôtel est très chouette, le personnel charmant, le barman (Loulou !) très sympa, on nous a gardé un plateau froid car le service était fini, bref un endroit super à prix correct (j'en profite pour faire de la pub, il s'agit du Sherpa sur les hauteurs sud de Val Thorens).

Minuit, bien repus et encocktailisés, nous allons nous coucher et passer une grosse nuit. Il nous faut même appeler à 9h15 pour obtenir un sursis pour allez prendre le petit déjeuner. Je me rappelle quelques années auparavant que la perspective de rater l'ouverture des caisses ou la première benne me brûlait l'estomac et ce, quelque soit le temps. Si près, si loin ... Nous prenons (surtout moi, je le concède) un petit-déjeuner de trappeurs. Au dehors, le temps, comme prévu, est mauvais, froid, neige, un peu de vent. Néanmoins, sous l'impulsion de Pierrette, nous faisons une sortie exploratoire et décidons de marcher jusqu'à un refuge d'altitude. Bonne mise en jambe, nous nous arrêtons prendre un thé en regardant Serena Williams, dont les seins et l'arrière-train semblent avoir atteint la taille d'un rat-rack, casser le beau rêve de Justine Hénin dont la poitrine, elle, ressemble à une piste dammée par le-dit Rat-Rack.

Retour à la station. Les oracle de Météo-France se sont finalement plantés. Une neige abondante était annoncée, mais l'épaisse couverture nuageuse se déchire légèrement et laisse entrevoir un possible soleil. Pierrette nous pousse et nous nous hâtons d'aller acheter des forfaits après-midi (une première pour moi) au tarif honteux pratiqué par les stations de ski. Je chausse mon surf pour des retrouvailles difficiles. Cette appendice vert d'un mètre soixante me semble incongru mais rapidement les sensations reviennent. Nous allons finalement passer une belle après-midi, fraîche par moment (-17°C au sommet) mais avec du soleil et le plaisir de la glisse, certes approximatif mais bien réel. La chance revenait, les dés roulaient dans le bon sens. Finalement, quatre heures de ski étaient suffisantes tant mon niveau physique s'est dégradé. Mes cuisses n'ont bientôt plus été que des éponges à acide lactique.

Retour à l'hôtel, vin chaud, jacuzzi, apéro, repas gargantuesque, fin de journée au coin de feu. Les plaisirs de quadras étaient de retour. A 22h30, éreintés, nous allions nous coucher. L'effort physique tout relatif nous avaient épuisés (je m'endormais en pensant que quelques années auparavant, il m'arrivait de faire un footing de décrassage après 8h de surf ...).

Réveil à 9h la poitrine compressée par un début de bronchite, succession logique de la crève qui m'avait mastiqué le nez toute la semaine. Un peu de codéine me remet dans le bon sens. Un coup d'oeil par la fenêtre m'indique que le ciel est entièrement dégagé et que les remontées sont ouvertes. Quelques années auparavant, le fait d'avoir raté le démarrage m'aurait rendu fou et irascible. Mais les courbatures de la veille et les années font une couverture bien épaisse au-dessus de cet ancien sentiment. Il faut d'abord petit-déjeuner et libérer la chambre. Décision est prise d'entasser les affaires dans la BMW d'Antoine, de filer aux Menuires, de dégager mon tank germanique et de prendre un forfait après-midi (encore !).

Départ de la station à petite allure. La température est en-dessous de -15°C, la route brille mais le soleil aussi. Tout va bien, ambiance au beau fixe. 2 kms après la station, dès alarmes se mettent à sonner dans la voiture. Elles se succèdent rapidement, on se croirait dans le vol AF447 Rio-Paris. Je fouille compulsivement dans le manuel de la belle bavaroise pour essayer de comprendre de quoi il s'agit. Diagnostic : problème électronique, perte de puissance moteur, arrêt imposé. Antoine insiste un peu mais le moteur se coupe. Plus de freinage. Nous finissons par arrêter le blanc carrosse sur un parking en bord de route.

Après 20' d'essais infructueux, la bonne humeur commençait à descendre avec notre température corporelle. Commença alors une séance d'appels à BMW Assistance 24/24. Evidemment, un dimanche, en montagne, ça n'était pas simple. Impossible de faire réparer l'engin. Antoine et Pierrette obtiennent qu'un taxi vienne nous chercher à Val Thorens. Une voiture de location les attendra à Moutiers. Le taxi est prévu pour dans une heure. La perspective de l'après-midi de ski commence à s'éloigner doucement. Des Clio continuent à descendre, l'électronique ne les empêchant pas d'avancer. Nous n'osons plus imaginer ce que se disent les conducteurs.

Nous décidons, afin d'éviter de passer au stade de la double-pneumonie, de remonter à Val Thorens. Nous nous faisons prendre en stop par les pompiers et montons à l'arrière de leur fourgonnette. Nouvelle expérience : j'avais déjà été pris en stop par un flic roulant à 150 sur une départementale et par un tracteur mais des pompiers, jamais. Et des pompiers saisonniers en plus : l'été dans le sud, l'hiver à la montagne.

Arrêt par un bar pour voir Federer crucifier Andy Murray et se goberger d'un 16ème Grand Chelem. Ce type est énorme. Notre taxi arrive. Nous nous engouffrons dedans et partons récupérer nos baleines teutonnes échouées sur la banquise. Premier arrêt auprès de la voiture d'Antoine pour récupérer toutes les affaires. Puis nous descendons aux Menuires pour qu'il laisse les clefs à un garage. La belle allemande est désormais abandonnées à son sort.

Enfin, nous arrivons à la troisième étape qui est mon Audi. Bonne surprise : elle n'est recouverte par un tas de poudreuse poussée là par un chasse-neige. Je me glisse au volant, démarre l'engin qui vrombit au premier tour de clef. Mais je constate rapidement que quelque chose cloche : l'habitacle est rempli de verre. En effet, de gentils plaisantins ont brisés la vitre et le rétroviseur, embarqué l'autoradio ainsi que la console centrale (avec toutes les commandes) en ne manquant pas d'abîmer la portière au passage. Les choses commencent à tourner à l'aigre ... J'avoue qu'en cet instant, les coutumes moyenne-orientales consistant à couper les mains des voleurs me semblent assez acceptables. Autant je suis plutôt un militant du droit à la seconde chance et peut trouver une certaine, sinon indulgence, compréhension pour des violeurs ou autres pédophiles qui sont avant tout, selon moi, des malades, autant des types qui vous pourrissent la vie bêtement pour ce genre de choses ou pire par un cambriolage (avec le sentiment de viol de la vie privée qui s'en accompagne) m'inspirent un dégoût profond. D'autant plus que je sais fort bien que ce genre de choses s'effectue dans une impunité assez forte. Et c'est ce genre de choses qui nourrit le fameux "sentiment d'insécurité" ... Nous sommes tous assez interloqués. Autant laisser sa voiture parquée un week-end à Vaulx-en-Velin expose à ce genre de choses, autant sur le bord d'une départementale de montagne, c'est plus improbable.

Avec l'aide magistrale du taximan, nous arrivons à dégager le paquebot, ce qui ne fut pas une mince affaire dans la couche de neige épaisse. Restait maintenant à le descendre à Moutiers. Je m'équipais de pied en cap, bandeau, bonnet et commençait la descente. Les commandes de la clim ayant été volées, je n'avais aucun accès à l'air chaud et celui de l'extérieur à -14°C s'engouffrait dans l'habitacle. Ayant constaté que la vitesse ne changeait pas grand chose, je descendais à bonne allure (jusqu'à 120), étant seulement un peu gêné dans le passage des vitesses au volant par le port des gants.

Après avoir récupérée la voiture de location d'Antoine et Pierrette, il était maintenant nécessaire d'aller porter plainte afin que la brigade de Moutier puisse se mobiliser pour une chasse à l'homme avec leur experts scientifiques et leurs plus fins limiers ... ou plus probablement établir les papiers pour l'assurance. Mais la brigade n'ouvre qu'à 15h (le temps de respecter la pause post-prandiale, j'imagine). Nous allons donc jusqu'à une station-service où un improbable rastafaraï portuguais ultra-sympathique nous fournir des sacs-poubelle et du Chatterton afin de pouvoir boucher le trou béant de la fenêtre tant bien que mal.

Retour à la brigade qui a ouvert entre temps. Je pus constater que la gendarmerie s'était mise à la page du XXIème siècle car le gendarme de faction vint immédiatement prendre des photos de l'épave qui jonchait leur parking. La suite fut moins science-fictionnesque. Je m'attendais à passer un bout de temps dans la Gendarmerie et ne fut pas déçu : 45' pour obtenir un bout de papier d'une page 1/2 (recto). 30' la page, sacré rendement. Je fus d'abord convié à poireauter environ 10' avant que le gendarme ne revienne. Son premier réflexe a été de me demander pourquoi je n'avais pas été à la brigade de Saint-Martin-de-Belleville, plus près des Menuires (c'est dire s'il avait envie de faire le dossier ... j'imagine qu'il eut préféré regarder la redif' de la finale de l'Open d'Australie). Il se mit alors à son clavier et je pus, en même temps qu'une jeune recrue pleine de talent (il lui a fallu des explications pour faire une photocopie de mes papiers) faire une revue de détail des logiciels de la Gendarmerie Nationale. Comme il me le dit, c'était une procédure simple. C'est-à-dire qu'il lui fallut ouvrir pas moins de 4 logiciels différents, noter des numéros de dossier sur des post-its, les reporter d'un soft à l'autre, faire des copier-coller improbables, faire appel à pas moins de 3 collègues pour qualifier l'infraction (vol avec dégradation ou dégradation avec vol ?), le tout sous le regard bovin de la jeune recrue dont j'observais avec inquiétude le Sig Pro à la ceinture (s'il était aussi doué avec ça qu'avec la photocopieuse ...).

Enfin, nous ressortîmes avec le précieux sésame. 16h, toujours pas déjeuné. Nous finîmes par nous nourrir de sandwichs, Coca et chips dans une station-service. Vint enfin la séance du retour qui eux méritée une photo pour égayer ce post. Pour lutter contre le froid, j'enfilais 2 pulls, 3 paires de chaussettes, mon bandeau, un bonnet, mon masque, me calait l'iPod à volume max dans les oreilles et prenait la route dans cet accoutrement fantaisiste. AC/DC arrivait à couvrir le battement du sac-poubelle et je pus faire la route à allure normale (160).

Arrivée à Lyon à 18h30, belle journée gâchée, une voiture laissée à 2.200m, une autre martyrisée. Le pire, c'est que nous n'étions même pas en colère. La solidarité entre nous nous avait permis de faire front. Et puis, c'est peut-être ça arriver à la quarantaine : on n'a plus les moyens ou l'insouciance des vingt ans, mais on a plus de recul et de sérénité et on se dit que tout ça, finalement, fera des souvenirs !

(*) Pour conserver leur anonymat, les prénoms ont été modifiés.

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