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mardi 30 octobre 2012

Cannabis, salles de shoot, économie du vice et vices de l'économie

Cannabis pour Peillon, salles de shoot pour Marisol Touraine. Voilà deux marronniers de la scène politico-sociétale française qui sont de retour. Une bonne diversion (dans tous les sens du terme) vis-à-vis de la crise économique. Mais qu'est-ce que cette discussion vient faire sur un blog éco ? C'est que l'économie du "vice" (drogue, prostitution, jeu, ...) est loin d'être négligeable par son chiffre d'affaires et par les externalités qu'elle génère (crime notamment). Les choix de société et de santé publique peuvent être couplés avec des considérations économiques. Ainsi, faire venir le cannabis dans l'économie légale et permettre de le vendre chez les buralistes ouvrirait des opportunités de taxation assez alléchantes. Bien entendu, il ne faut pas oublier la santé et je prendrai en compte cet aspect armé de quelques lectures, visionnages documentaires et expériences personnelles menées en tout légalité je vous rassure (de tout façon, je n'ai pas avalé la fumée). Partons sur les pas de Peter Tosh, Bob Marley ou encore Cypress Hill ...

Un peu de santé ...
Commençons par la santé donc. Je vais choisir de considérer les drogues selon 4 critères : la dépendance ("je ne peux pas m'en passer"), l'accoutumance ("je dois en prendre de plus en plus pour le même effet"), la dangerosité pour soi ("ça donne le cancer") et les conséquences pour les autres ("je dois attaquer des petites veilles pour m'acheter mon fix").

     Dépendance

Pour la cannabis, la dépendance est très faible (uniquement psychologique) alors qu'elle est très forte pour l'alcool (sevrage terrible) mais aussi la cigarette ou l'héroïne (on peut également inclure les benzodiazépines comme le Lexomil).

     Accoutumance

L'accoutumance, elle, est quasi nulle, contrairement à l'alcool (plus je bois souvent, plus je "tiens" l'alcool). Accoutumance que l'on rencontre également pour l'héroïne ou les benzos.

     Dangerosité pour soi

En ce qui concerne la dangerosités, le tabac possède un beau palmarès (50.000 morts / an en France) et l'alcool est dans les mêmes eaux. Notons que la dangerosité pour soi-même impacte les conséquences pour les autres puisque le sécu doit bien payer les chimios. L'héroïne est elle aussi dangereuse, les benzos a priori un peu moins (même si une étude récente montrerait éventuellement un lien avec une consommation prolongée et l'apparition d'Alzheimer). A côté, le cannabis fait figure de jouet pour enfant. Bien entendu, il y a le risque de cancers des voies respiratoires comme pour le tabac (ni plus, ni moins, même peut-être plutôt moins). Il y a aussi le développement possible de psychoses (schizophrénie, paranoïa) pour les sujets à risque. En gros, cela développerait ces affections mentales chez des ados ou jeunes adultes qui auraient ces maladies en "gestation" (gestation qui n'aurait peut-être jamais aboutie).
     Impact sur les autres
Bien sûr, un ado qui fumerait des joints en continu avant d'aller en cours (ou pas) risque fort de foutre en l'air sa scolarité et partant une partie de sa vie. D'autant que le shit n'est pas le meilleur aliment cognitif (en gros, ça rond mou et con). Mais l'alcool est aussi connu pour libérer la violence, notamment conjuguale. Quant à la dangerosité routière dont on parle tant, nul doute que l'alcool et le cannabis (surtout mélangés) sont un facteur de risque (amenuisement des réflexes, mésestimation du risque, effet tunnel). Mais si je devais risquer ma vie sur le siège passager d'un conducteur ayant enquillé trois pastis ou fumé trois pétards, je choisirais le second. Donc, pour ce qui est des conséquences pour les autres, l'alcool est très certainement plus nocif, là encore, que le cannabis. Qui lui-même (l'alcool) l'est certainement autant que l'héroïne (criminalité induite) et plus que le tabac (tabagie passive), bien que la hiérarchisation soit fragile et subjective. Avec cette même subjectivité, on pourrait dresser le tableau suivant :
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En bref, si l'alcool est licite et le cannabis prohibé en France, il semblerait bien que ce soit parce que nos belles collines du Beaujolais accueillent (pour des raisons climatiques et culturelles) de la vigne et les montagnes du Rif de la ganja. Oui mais le pinard c'est plus naturel ! Pas forcément si l'on se réfère au processus de fabrication. Par ailleurs, on observe que le cerveau est muni de récepteurs cannabinoïdes spécifiques alors que l'alcool se répand partout et affecte tous les mécanismes (GABA, cervelet, ...) comme le ferait une boule de flipper. Ah et il y a la vieille objection du "qui vole un oeuf vole un boeuf" : le cannabis serait une rampe d'accès vers les drogues dures. S'il paraît plausible et même logique que près de 100% des héroïnomanes aient fumé des joints auparavant (avant de s'injecter un truc dans les veines, il paraît normal de tenter quelque chose de plus "soft"), l'inverse est plus que douteux. Evidemment, cela arrive, il peut y avoir escalade dans la recherche de sensations. Mais c'est à peu près aussi censé de penser qu'il faut enfermer les voleurs de mobylette à vie car ils risquent fort de se transformer en Anders Behring Breivik.

... et d'économie

Venons au point de vue économique. Un marché illicite, comme celui du cannabis, présente les caractéristiques d'une économie de pénurie. La demande est forte, les prix élevés et il en ressort des profits élevés pour ceux qui contournent la loi (passeurs, grossistes, dealers). La contrainte apprauvit les consommateurs au profit des criminels. C'est ce qui s'est passé lors de la Prohibition aux Etats-Unis où la mafia s'est considérablement enrichie en distillant de l'alcool (bootleggers) ou en le faisant transiter depuis le Canada sur le lac Michigan. On connaît la suite de l'histoire : Al Capone, le décollage de Las Vegas (investissement/blanchiment), la corruption politique, le crime. La seconde caractéristique est celle de l'asymétrie d'information, chère à Joseph Stiglitz. Dans un échange commercial, pour que celui-ci se passe bien à un prix "normal", il faut que acheteur et vendeur soient dans la transparence par rapport au produit échangé. Si le vendeur (au hasard, un garagiste) possède des éléments que l'acheteur maîtrise mal ("ma voiture est cassée, j'y connais rien !"), alors l'échange est déséquilibré ("je me suis encore fait entuber"). Or, ces déséquilibres existent partout et même là où on s'y attend le moins (le médecin qui me prescrit des médicaments possède l'ascendant informationnel sur moi et l'industrie pharmaceutique sur lui). Il est possible de les atténuer : l'acheteur peut "jauger" le produit ("elle est belle cette tomate"), l'Etat peut imposer des informations (composants, teneur en calorie) et des tiers peuvent donner des informations (TripAdvisor, revues de consommateur). Mais le fumeur qui va acheter son shit dans la rue se trouve bien démuni. Jauger la marchandise dans le noir est malaisé, l'Etat ne peut imposer un quelconque étiquettage et il n'y a pas de TripAdvisor de la fumette (à ma connaissance). Résultat : il se fait entuber par le dealer et fumer du cirage ou des rebuts pneumatiques.

To smoke or not to smoke

Qu'en conclus-je ? Pas grand chose en fait, je dois bien le reconnaître. Dans un monde idéal (beurk), personne ne devrait avoir à fumer (du tabac ou autre chose), boire ou s'injecter des opiacés dans les veines. Mais le monde est loin d'être idéal. Dépénaliser et surtout légaliser le cannabis n'est pas forcément une bonne solution dans le sens où celà peut être un signal malvenu. Mais intégrer l'économie du vice dans l'économie formelle peut avoir ses vertus : réduction de l'asymétrie d'information et arrêt de l'économie de pénurie ce qui revient à ruiner les dealers et donc l'économie illégale. Cela permet aussi à l'Etat d'imposer son rôle de régulateur sur la qualité de la marchandise (et donc protéger le consommateur-citoyen). Ou encore de jouer son rôle de protection sanitaire (vis-à-vis des héroïnomanes dans les salles de shoots ou les bordels pour les prostitués). Ainsi, la légalisation des jeux en ligne en France, contrôlée par l'ARJEL, permet au moins de tracer le jeu, d'en limiter les mauvaises conséquences voire d'arrêter quelques handballeurs appâtés par le gain facile (bon, en l'occurence, ça n'était pas l'ARJEL mais directement la Française des Jeux). Comme quoi, la vision économique n'est pas forcément inutile, même sur le sujet !
NB et pour éviter tout conflit d'intérêt : l'auteur est fumeur de cigarettes seulement, buveur régulier mais (en général raisonnable) et n'a jamais consommé de drogues dites "dures".

1 commentaire:

  1. C'est bien mais il ne faudrait pas hésiter à s'appuyer sur des statistiques, des chiffres, et de citer les sources. Ça donnerait plus de crédit aux arguments.

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