BO du Blog

dimanche 25 novembre 2012

De l'ESS et des SCOP, de l'hôpital et de la charité, des pigistes et de l'hypocrisie

L'ESS (Economie Sociale & solidaire) est désormais dotée d'un Ministre. Sous cette appellation, on retrouve des choses assez hétéroclites telles que les associations, les ONG, les mutuelles ou encore les SCOP. SCOP ? Sociétés Coopératives et Participatives. Il s'agit d'une forme alternative à la Société Anonyme  (SA) classique. Tout y est équivalent à un (gros) détail près : chaque actionnaire (et les salariés sont fortement incités et aidés à le devenir) a une voix quelque soit son importance dans le capital. Une sorte d'entreprise plus démocratique mais pas anarchique non plus : le PDG y est élu mais, une fois élu, c'est lui qui commande.  Une formule intéressante qui peut résoudre certains problèmes liés à l'actionnariat classique mais qui ne peut remplacer la SA traditionnelle. On retrouve notamment les SCOP dans des secteurs à faible intensité capitalistique (comprendre qui n'ont pas besoin de trop d'apports en cash pour démarrer et se développer). Il y a de belles réussites dans les services (Chèque Déjeuner), la presse (Alternatives Economiques) et même l'industrie (Acome, 1800 salariés). Au global, il y a en France 2.000 SCOP qui emploient 40.000 salariés et, plus globalement, 21.000 entreprises "coopératives" employant près d'un million de personnes. C'est une voie qui m'intéresse, une sorte de zone médiane entre capitalisme et communisme, une 3ème voie qui peut s'insérer dans le jeu économique de notre temps. Comme une niche, mais une belle niche (100 millions de salariés dans le monde, quand même).

Un des défenseurs ardents de la cause de l'ESS, c'est le magazine Alternatives Economiques, notamment par la voix du talentueux Philippe Frémeaux. Et Alternatives Economiques applique à elle-même ses propres principes : c'est une SCOP. Alors quand, petit économiste amateur et bloggaillon, je suis contacté le 8 septembre 2011 via Facebook par le rédacteur en chef dudit magazine pour "faire des choses ensemble", qu'il me donne son numéro de mobile et m'invite à déjeuner à Paris, je réserve mon billet de TGV aussitôt et, fier comme un paon, je Skype ma mère. Alors le 14 septembre 2011, je me rend au fameux déjeuner. Celui-ci est agréable, près du siège d'Alternatives Economiques. Nous échangeons, je suis toujours aussi fier, heureux et étonné qu'un homme comme celui que j'ai en face de moi me prenne un tant soit peu au sérieux. Nous convenons d'un sujet. Nous parlons argent, je lui dit que c'est un tel honneur pour moi que j'accepterai volontiers de le faire gratuitement mais il refuse "non non tout travail mérite salaire", c'est entendu alors, je lui dit que je reverserai ça aux Restos du Coeur ou à l'Association des Lecteurs d'Alternatives Economiques. Je n'ai pas vraiment besoin de cet argent et j'ai peur que chiffrer ce qui est pour moi un élan de passion ne vienne quelque peu affadir celui-ci.

Le soir-même, je reçois du rédac'chef cet email que je m'empresse de forwarder à ma mère (toujours elle, il y a un truc à creuser là, j'en (re)parlerai à mon psy) :

J’ai été très heureux de faire votre connaissance ce midi et j’espère que notre collaboration sera longue et fructueuse. Suite à notre rencontre je vous confirme donc la commande d’un papier de 7500 signes (yc les espaces) accompagné d’un pour en savoir plus avec quelques réf papiers et/ou internet ainsi que des données pour une infographie (schéma ou graphe up to you) sur le thème «  la chute des cours en bourse est-ce grave docteur pour une entreprise » à remettre fin septembre pour notre rubrique « comprendre –gestion ». Le papier sera payé 300 euros en droits d’auteur à publication. 


Je me mets au travail, bien décidé à ne pas foirer le coup et rend ma copie le 29 septembre 2011 à 12h05 (GMT+1). Le rédac'chef (appelons-le X à ce point du récit, cela facilitera l'écriture et, je l'espère, la lecture) me répond 3 heures plus tard qu'il va regarder mais pas tout de suite, trop de travail à abattre. Entre-temps, j'ai bien entendu envoyé mon "épreuve" à ma mère bien-aimée (non, vraiment, il faut que je repense à ce rapport mère-fils ...).

Le 17 octobre, n'ayant eu aucune nouvelle, je me dis que ça commence à sentir le sapin. Je relance donc X. Qui me répond très vite :

Désolé mais pas encore. Je finis d’abord le n° de novembre et je m’y mets à la fin de la semaine. Il paraitra en décembre.
A bientôt (en vous priant de m’excuser pour le délai) 


Ouf, ça n'est pas foutu. Je suis juste un peu stressé et peu au fait des us et coutumes de la presse certainement. Le 31 octobre, X me renvoie une version assez largement remaniée en me demandant de la relire et de faire des modifications le cas échéant. Je suis un peu paralysé, la large retouche me laisse à penser que mon travail n'a pas été à la hauteur et mon background journalistico-économique ne m'incite guère à retoucher les retouches de X. Alors que je m'interroge depuis un peu moins de 37h, ce laps de temps incluant la journée de Toussaint, X me relance :

Bonjour Nicolas,
Je sais que j’ai bcp traîné, mais maintenant je suis assez pressé. Si vous pouviez reprendre rapidement le papier retravaillé que je vous ai transmis cela m’arrangerait bien.
En vous remerciant encore pour ce papier et à bientôt,  


Grosse pression. Je réponds dans la minute en demandant quelques heures de répit car je traite un problème client. Ah oui, j'ai un métier au fait. J'aurais du mal à nourrir ma famille (et juste moi-même d'ailleurs) avec des piges à 300€ (bruts) une fois de temps en temps. 4 heures et 18 minutes plus tard, j'envoie ma correction : je n'ai pas osé faire plus que changer un mot pour éviter une répétition. X me remercie et me confirme le 7 novembre que "c'est parti". L'article sort donc dans le numéro de décembre. Bien qu'étant abonné, j'ai le plaisir de voir mon nom dans le magazine avant, ma femme n'ayant pas résisté au plaisir de l'acheter en kiosque. Ma mère non plus d'ailleurs (origines juives, peut-être ? pourtant, la généalogie pointe plutôt vers des cathos de la Creuse ...).

Quasi-immédiatement, X me demande si j'ai des idées pour la suite. Ca tombe bien : grisé par l'affaire, j'avais rencontré à titre amical une connaissance professionnelle qui m'avait gentilment reçu et accordé 2h de son temps (qu'elle n'a pas en abondance, croyez-moi !) pour me donner des informations qui pourraient me servir pour "un article, un jour" et je ressors avec 5 bons kilos de documents impossibles à obtenir par ailleurs (à moins d'être du sérail) à trimballer dans le TGV. Démarche pas totalement désintéressée de s part bien sûr mais la mienne non plus. Vu ce qu'elle avait à y gagner (peanuts divisé par le nombre d'Avogadro), cela ressemblait nettement plus à une démarche amicale qu'autre chose. Je propose donc une idée d'article sur le Private Equity à X. Qui me répond :

Bon sujet en effet : «  les déboires du CR en France » c’est ça ? Quand est-ce que vous pourriez l’écrire ? 


Moi grisé, réponds dans l'heure que je peux l'écrire dans la semaine. Nous convenons alors que j'écrirai l'article sous 7 à 10 jours. 6 jours, 6 heures, et 5 minutes plus tard, j'envoie le draft à X. Qui me répond le lendemain matin :

Merci. Je relis et je reviens vers vous mais pas tout de suite. Il faut d’abord que je finisse le n° de décembre. 


Entre-temps, en bon perfectionniste obsessionnel que je suis, je renvoie le 18 novembre une V2 améliorée. Pas de risque dans la gestion du versioning (ce que je craignais) au vu de la réponse de X :

Merci. Je n’avais pas encore eu le temps d’y regarder…
Bon WE et à bientôt


Petite relance le 20/12 et réponse de X :

Désolé mais pas encore. Il passera en février et je le reprendrai donc début janvier. Nous travaillons en « juste à temps » (toujours assez proche de la rupture) et avons bcp de mal à faire du stock…
En vous remerciant encore et en comptant sur votre compréhension, 


Je souhaite de joyeuses fêtes à X en réponse puis une bonne année en le relançant le 17 janvier (tout en discutant d'un projet de courte critique de la bio de Steve Jobs que je viens de lire, projet qui s'enlisera dans les sables. Enfin, il me semble avoir lu cette critique - pas très bonne à mon goût, mais mon goût n'est pas très sur et je ne suis pas très objectif sur le coup). Réponse de X le 18 janvier :

ON va le publier en février. Je m’y mets dans les prochaines heures et je reviens vers vous.
A bientôt


Puis le 25 janvier :

Bonjour Nicolas,
Juste un mot pour vous informer que j’ai encore retardé d’un mois le papier private equity parce que j’en avais un autre au frigo depuis un certain temps déjà sur le marché des télécoms et qu’il fallait vraiment le passer ce mois-ci à cause de l’affaire Free. En vous priant d’excuser ce nouveau retard .
A bientôt, 



J'avoue, à ce stade, avoir ressenti une certaine frustration. Je ne l'ai exprimée qu'auprès de ma femme (oui je sais, ça n'est pas une chose à faire) par email (que j'ai gardé, je garde tout, encore un truc à creuser avec mon psy) : "janvier, puis février, puis mars ... il paraîtra dans le numéro de brumaire je pense ...". Je suis de mauvais esprit parfois, c'est vrai. Car il est bien sorti cet article ! Et il  n'a pas du être dans les kiosques plus de 140 jours après la deadline initiale qui m'avait été demandée et que je m'étais arraché pour respecter (un dimanche, je me rappelle, malgré une migraine fort pénible et, non, je n'avais pas picolé la veille au soir).

Le 29 février, la marmite commence à bouillir un poil. Je m'en ouvre à X par email :

Bonjour,

 Je me permets de revenir vers vous.
J’ai rédigé un article sur « le cours de bourse chute et alors ? » pour la rubrique Comprendre/Gestion qui est paru dans le numéro de novembre.
J’ai par ailleurs, après votre accord, écrit un article (en PJ) sur le « private equity » livré le 13/11 (avec correction le 18/11).
Je vous ai relancé 2/3 fois et je n’ai plus de nouvelles depuis.
J’aurai voulu savoir si vous souhaitiez que nous continuions de collaborer dans le futur ou si vous ne voulez pas donner suite ?
J’utiliserai alors l’article sur le Private Equity pour mon blog sur Libé avant qu’il ne soit trop obsolète ;)
Je pense qu’il s’accorde mieux à un format papier mais bon, cela permet de faire de la récup.
Par ailleurs, et même si c’est une question secondaire pour moi, votre commande sur le 1er papier évoquait une rémunération de 300€ de droits d’auteur. Très honnêtement, comme je vous l’avais évoqué, dans cette histoire, ma motivation n’est clairement pas l’argent. Je serai donc ravi de les offrir à la société des lecteurs ou directement à AE. Mais j’aimerai par contre avoir le status sur notre collaboration.


Quelques jours après, X me répond :

Bonjour nicolas,
Je suis vraiment confus et désolé de tous ces contretemps. J'ai enchaîné depuis décembre dernier les bouclages difficiles de deux hors séries en plus des mensuels, raison pour laquelle j'ai laissé en plan votre papier (ainsi que quelques autres). De plus la nécessité de caser ds cette rubrique des papiers que l'actualité risquait de périmer rapidement m'a fait repousser (lâchement) ce papier plus intemporel. J'ai bien l'intention par contre de le passer dans notre prochain n° et je souhaite pour ma part poursuivre cette collaboration (si vous me pardonnez ces ratés).
En vous priant encore de m'excuser, 

PS : je suis en vacances cette semaine mais je vais voir la semaine prochaine pour les droits d'auteurs...



Les excuses me touchent, je dois le dire. Et puis, je ne suis pas du genre rancunier alors ... mais je suis un peu anxieux de nature et je manque de confiance. Je m'interroge pour savoir si je suis à la hauteur et si X ne me fait pas travailler plus par charité qu'autre chose:

Pour les droits d’auteurs, comme je vous l’ai dit, ça n’est pas une priorité pour moi.
Je voulais avant tout savoir « où nous en étions ». J’ai moi-même été pas mal « dans le dur » cet hiver, je n’ai pas fait de nouvelles notes sur mon post depuis 3 mois donc je cherche à reprendre un peu les choses en main et savoir où j’en suis.
Et je serai ravi de poursuivre notre collaboration.
J’attends votre retour sur le papier pour le prochain n°


Sur ces entre-faits, le 9 mars, X revient vers moi sur la papier concernant le "Private Equity" avec la réponse habituelle :

Bonjour,
Désolé encore une fois pour le retard. Ci-joint le papier capital risque repris. J’ai bcp tardé mais si vous pouvez réagir (très) rapidement, cela m’arrangerait infiniment…
A bientôt,


Je réagis dans l'heure et procède aux corrections. Je suis par contre sacrément chiffonné car X a sabré tout le paragraphe issu de ma discussion avec ma contact dans le monde du "Private Equity" (appelons-là Y). D'une part, il me semblait foutrement intéressant (mais peut-être pas dans la ligne "Alternatives Economiques" car disant que des investisseurs privés pouvaient aussi se préoccuper de social et de création d'emplois ; on n'abandonne pas ses grilles de lecture du monde aussi facilement, j'aurais du m'en douter). Je me sens un peu merdeux vis-à-vis de Y, aussi. Je m'en ouvre timidement à X :

C’est dommage à mon sens car cela développe l’idée assez contre-intuitive que l’entrée de « financiers » au capital d’une entreprise n’est pas forcément synonyme de compression de coûts salariaux, dégraissage, etc etc ce qui me semble être un message intéressant.
Vous pensez que ça peut être possible de le réintégrer (en allégeant peut-être ?)


Trois jours plus tard, X me renvoie sèchement dans mes 22 :

Oui vous êtes passé trop vite je crois. Votre papier (mais c’était aussi le cas du précédent si je ne me trompe) partais d’un niveau de présupposés je crois nettement trop élevé pour nos lecteurs. D’où effectivement la nécessité ensuite de supprimer certains passages comme le § que vous mentionnez. Je me suis permis de le faire parce que à vrai dire je ne trouvais pas cette info bouleversante d’originalité ni vraiment contre intuitive… Mais c’est évidemment une appréciation très subjective. Le fait que je doive reprendre un peu lourdement ces papiers est une des causes principales de retard à la publication. Et c’est aussi pour cela que je préférerais que vous vous fassiez payer et qu’en contrepartie vous passiez plus de temps à les écrire…  


C'est vrai que le fait que des investisseurs privés ne soient pas de gros méchants qui cherchent à sabrer des emplois pour faire grimper leur RoE et leur TRI (respectivement Return of Equity et Taux de Rendement Interne) n'est pas une info bouleversante d'originalité mais j'aurais du mal à la qualifier de mainstream, notamment au sein d'Alternatives Economiques. Pour ce qui est de la contre-intuitivité, là encore, peut-être me mets-je le doigt dans l'oeil mais si le niveau de présupposés des lecteurs l'Alternatives Economiques n'est pas aussi haut que je le croyais (selon X), n'ont-ils pas l'intuition que les investisseurs privés sont seulement   obsédés par les licenciements boursiers comme on le voit un peu partout (inclus Alternatives Economiques) ? Mais bon, en terme de présupposé, justement, je pars du principe que X a raison : c'est lui le journaliste et pas moi. Je suis tout de même un peu chagriné par sa notion de "présupposés" qui revient un peu à dire que les lecteurs d'Alternatives Economiques sont un peu cons mais enfin il ne fait pas être démago, hein ! Je lui fais part de mon auto-déception le 14 mars.

bon je crois que j'ai un peu manqué la cible semblerait-il :(
Pour le paiement et le temps passé, il n'y a pas de lien pour moi. Comme je vous l'avais dit, l'argent n'est pas une motivation pour moi dans ce projet, ce qui ne veut pas dire que je refuse d''être payé. En général, ça n'est pas l'argent qui drive mes décisions et d'autant plus dans cette activité parallèle à mon activité professionnelle "principale". Pour ce qui est du temps passé, je n'ai pas le sentiment d'avoir bâclé le travail, j'ai passé du temps sur la documentation, lu plusieurs études en anglais. Donc pas de lien argent/temps dans ma tête et j'ai passé nettement plus de temps que j'aurai fait pour un papier sur mon blog (logique vu que c'est du papier et 100.000ex).
Maintenant, visiblement, je n'ai pas réussi à atteindre la barre. Il y a probablement le problème des présupposés. C'est vrai que je découvre le fait d'avoir une limitation en taille et que j'ai une tendance naturelle à être "verbeux". Et j'ai aussi je crois pensé qu'AE étant un journal économique, reconnu, etc etc je devais plus pousser dans le détail et être plus "technique" pour être au niveau du journal. J'ai donc fait un contresens ...
Bon, je déteste rester sur un échec et je suis partant pour relever le défi si vous m'en laissez l'occasion. Par contre, outre le problème évoqué des présupposés, quels sont les défauts que vous avez trouvé dans les 2 articles soumis ? Problème de style ? de fond ? d'argumentation ?

Je fais donc oeuvre d'humilité (non feinte) et cherche, sans arrière-pensée, à m'améliorer. Malgré les frustrations décrites plus haut, j'ai encore envie d'écrire pour Alternatives Economiques (bien sûr, avec le recul, il est facile de distinguer de l'auto-aveuglement ou une conduite inconsciente de recherche de l'échec mais sur le moment ...). Pour le debrief, on repassera. X ne me répond pas. L'"aventure" Alternatives Economiques est finie dans ma tête, je n'ai pas touché un centime de droit d'auteur, bon je ne cours pas après ça mais ça n'est pas très honnête quand même tout cela ..

Et là, oh surprise, X me contacte le 29 juin 2012 sur Facebook :

Bonjour Nicolas, Je suis sûr que vous ne vous ennuyez pas mais j'aurai un sujet pour vous si vous étiez d'accord pour refaire une tentative : faut-il limiter la déductibilité des intérêts d'emprunts sur le plan de l'impôt sur les bénéfs ? Ce serait surtout l'occasion de revenir et de réexpliquer les différents modes de fi des entreprises et les raisons qu'il y aurait ou non de chercher à les favoriser d'un point de vue fiscal ? ça vous tenterait et ce serait possible pour vous d'ici début aout ? A bientôt.

Certes, je ne m'ennuie pas, j'aurai même comme qui dirait pas mal de travail mais je suis partant ! Alors c'est parti, 8.000 signes et une infographie, fin juillet. 26 juillet 13h02 (j'ai aussi un problème avec les dates et heures, non ?), j'envoie ma copie sur le mail de X. Qui me répond sur Facebook le 8 août :

  • Bonjour Nicolas, il se peut que vous ayez déjà envoyé quelque chose que j'aurais zappé ds ma montagne de mail mais sinon j'aurais besoin de savoir d'urgence où vous en êtes sur ce papier... A bientôt
  • OK je viens de retrouver le papier que je n"avais pas vu passer. désolé pour le dérangement et je reviens vers vous qd je l'ai lu...


Houla, il y a eu visiblement surchauffe pendant les congés estivaux (excès d'UVB sur la casquette ?). Le 14 août, je reçois le réponse désormais classique (je me demande si X n'a un petit software qui insère cette formule dans tous les mails à destination des pigistes ?)

Merci. Ci-joint le papier repris. Merci de repartir du papier du haut pour les modifs de modifs. J’ai tardé mais si vous pouviez réagir vite ça m’arrangerait bcp…
A bientôt,
PS : est-ce qu’il n’y a pas aussi une question d’évasion fiscale au sein des multinationales via des prêts internes ? 


Je réponds au Post-Scriptum 51' après et envoie quelques modifications le lendemain matin. Je m'enquiers aussi de savoir si ce nouvel essai avait provoqué autant de nécessités de reprises (et donc de travail) chez X. Aucune réponse mais le papier sort dans l'édition du magazine d'Août

Le 29 octobre de cette année, retrouvant un poilounet de lucidité, je me dis que bon, X n'est pas un as de la communication et des rapports humains, que la page Alternatives Economiques est tournée pour moi mais que je pourrai quand même toucher ces fameux droits d'auteur, ne serait-ce que pour les reverser à une oeuvre caritative. J'écris alors à X mais, habitué ses non-réponses, je mets en copie quelques-uns de ses très médiatiques collègues, espérant trouver là une oreille un peu plus attentive :

au cours des 12 derniers mois écoulés, vous avez eu la gentillesse de me faire confiance pour écrire 3 articles dans Alter Eco. Papiers qui devaient être payés 300€ pièces en droit d'auteur (voir ci-dessous). J'ai bien écrit les 3 articles, ils ont bien été publiés mais ... je n'ai rien vu en droit d'auteur.
Certes, si j'ai bien compris votre retour, vous avez visiblement estimé que mon travail était médiocre et qu'il nécessitait des reprises nombreuses. Mais enfin travail il y eut, avec coeur il fut fait, dans les délais il a été délivré et vous m'avez même recommandé 2 articles suite au premier.
Alors je ne suis pas très au fait des usages de la presse, peut-être aurais-je du demander un BdC en bonne et due forme mais le fait est que j'ai "un peu" le sentiment de m'être fait avoir. J'aurai fait ces articles gratuitement si vous me l'aviez demandé ... A défaut d'argent, un zeste de reconnaissance m'aurait suffi.
J'avoue être déçu, je suis abonné et fan de AE, je suis avec intérêt et attention les différentes apparitions des membres de la rédaction. Je trouve ça d'autant plus dommage que AE fait partie et milite pour l'ESS ("Social" et "Solidaire") ... 
J'ajoute que ma démarche n'est pas mue par l'argent. Les 3x300€ ne me serviraient pas à grand chose. Le mieux serait encore de les donner aux Restos du Coeur si le coeur vous en dit, justement ...


Les médiatiques collègues ont passé leur tour mais X a répondu, rapidement pour une fois et à 4h05 du matin même !

Bonjour Nicolas,
Désolé mais je tombe de l'armoire. Je pensais ces paiements effectués de longue date. Pour ma part j'ai bien entendu donné à chaque fois consigne de vous régler ces papiers, mais nous sommes situés sur deux sites et les gens qui effectuent en pratique les paiements sont installés à Dijon ce qui fait que la communication n'est pas directe. Pour effectuer ce règlement, nous avons cependant des procédures internes assez strictes et il faut aussi que vous ayez rempli une fiche sur www.alternatives-economiques.fr/redacteurs . Il me semblait vous l'avoir signalé mais j'espère ne pas l'avoir oublié dans le feu de l'action et des urgences. Je ne connais pas non plus les usages de toute la presse mais pour nous toute peine mérite salaire et il n'est pas question de publier des papiers non payés. Désolé donc pour ce retard très important mais je vais faire le nécessaire pour qu'il soit rattrapé rapidement.
Sur le fonds des papiers en question je vous ai indiqué en effet qu'ils me paraissaient encore parfois ressembler un peu trop à des billets de blog et nécessitaient d'être repris un peu lourdement. Mais rassurez-vous c'est généralement le cas d'à peu près tous les papiers, surtout dans cette rubrique, simplement j'étais (je suis) à la recherche d'un mouton à cinq pattes qui m'évite ce travail... Et si je vous ai encore sollicité avant les vacances sur la question de l'imposition des bénéfices c'est bien que j'apprécie votre compétence (rare) sur ce genre de questions et la compréhension fine de ces questions difficiles, à la fois sur le plan technique et des enjeux sociopolitiques qui sont derrière. Et je m'apprêtais justement à reprendre contact avec vous pour une suite éventuelle.
Désolé pour ce malentendu (nous ne sommes qu'une toute petite PME ballotée par les vagues dans un marché difficile et pas une puissante multinationale très structurée),je m'occupe de le réparer rapidement mais n'hésitez pas à utiliser mon tel en cas de besoin avant d'arriver au niveau de frustration qui vous amené à écrire ce mail...


Ah les PME ballottées par les vagues, jolie allégorie qui me va droit au coeur, moi qui les conseille à longueur d'année. Je me sens un peu honteux, j'ai peut-être sur-réagi ou pas assez réclamé (encore que je l'avais signalé dans mes emails). Que voulez-vous, réclamer n'est pas ma nature (penser à l'ajouter dans la to-do list pour le psy). Je tente d'apaiser les choses par email :

Bonjour et merci de votre réponse tard dans la nuit,

    je ne sais pas si j'avais atteint un tel niveau de frustration, heureusement. Mais il est vrai que j'avais gardé une certaine frustration en "arrière-plan" que j'ai voulu faire "sortir". Je sais que c'est un de mes défauts : parfois laisser la frustration "pourrir" là où elle est plutôt que l'exprimer et ensuite là laisser sortir parfois de manière un peu disproportionnée. On a beau le savoir, on retombe souvent dans les mêmes patterns ...
Repartons sur de bonnes bases alors !
Je vais remplir la fiche fournisseurs.
Et pour une suite éventuelle, je suis totalement ouvert.

Je remplis la fiche fournisseur et reçois un chèque de 710,99€ en date du 25 octobre. Entre-temps, j'ai reçu une proposition d'abonnement à des hors-séries d'Alternatives Economiques. J'ai répondu favorablement et payé. J'ai aussi reçu une demande de renouvellement d'adhésion à l'Association des Lecteurs d'Alternatives Economiques et j'ai rempilé, payé mon écot de 15€ en ajoutant les 711€ reçus par chèque. Pourquoi là plutôt que les Restos du Coeur ? Je ne sais pas ... A voir avec le psy sous la rubrique "masochisme" (nos séances vont être bien occupées pour les quelques mois à venir, je le sens !). J'ai aussi reçu une convocation à une Assemblée Générale de l'Association des Lecteurs d'Alternatives Economiques, j'ai décliné (j'ai un RDV client à cette date), coché la case "Candidature au conseil d'Administration" (pour la raison, merci de voir avec mon psy) et donné procuration à X (là, mon psy va sécher, c'est certain !).

Le 28 octobre, en redemandant encore (Kyrie Eleison), j'envoie ce mail à X :

    j'ai bien reçu le chèque correspondant aux droits d'auteur avec une grande célérité.
Je vous en remercie. J'espère que nous pourrons faire table rase de ce différent et retravailler ensemble.
Ca a été et ce serait un honneur pour moi.


Le 5 novembre, X m'envoie cet email :

Bonjour Nicolas,
Je serais preneur d’un papier pour notre n) de décembre (cad pour très bientôt). Pourrais-tu en écrire un et aurais-tu une (ou plutôt des) idée de sujets qui te tenterait ?
A bientôt


Le lendemain, tel Novak Djokovic himself, je prends la balle au bond :

   la grande affaire du moment, c'est le rapport Gallois et la compétitivité. Je suis assez atterré par ces histoires de "choc" à 30 Mds€ ou 60 Mds€ (Borloo). Qu'on puisse penser qu'il faille réflechir à qui finance quoi dans la protection sociale (actifs/retraités, riches/pauvres, capital/travail etc etc), c'est plus que nécessaire. 
Mais, pour faire court (j'ai développé par hier sur blogs ou discussions LinkedIn), si on fait moins porter le "poids" des 600 Mds€ annuels du modèle social sur les travailleurs, on le fait porter sur qui ? les retraités ? le capital ? les enfants ?
Pour un vrai choc de compétitivité, à mon avis, il n'y a pas 107 solutions:
1/ Dévaluation monétaire : impossible
2/ Financer la protection sociale à crédit : déjà partiellement fait et plus très possible
3/ Désinflation compétitive : on coupe dans les pensions de retraite, on fait baisser les salaires (désindexation/inflation), on baisse les remboursements sécu, on fait monter le forfait hospitalier : moralement/politiquement inacceptable, économiquement désastreux (contraction de l'offre)
Donc pour moi ce "choc" tient de la pensée magique. Mais je ne suis pas économiste. Peut-être raisonne-je qu'en statique plutôt qu'en dynamique.
Bon, vu la couv' du dernier numéro d'AE, il semblerait que vous ayez traité abondamment le sujet mais je n'ai pas encore lu le dossier (j'ai l'habitude de commencer par la fin ...).
L'idée n'est donc certes pas de reprendre cela. Par contre, peut-être descendre à la case "micro" avec un cas d'entreprise (fictif ou "fictivisé") et l'incidence qu'aurait une TVA sociale ou une CSG sociale au niveau micro (comptes de l'entreprise) ?


X me répond ceci en joignant deux extraits INSEE de données macro-économiques sectorielles (données trimestrielles de l'emploi, du volume d'heures travaillées, production, valeur ajoutée, ...) :

Bjr NIcolas
On a bien couvert en effet mais ça peut valoir le coup d’y revenir en effet sous un angle plus micro. CI-JOINT deux fichiers de compta nat qui permettrait peut-être de détailler plus finament les difficultés des E du secteur manuf en comp avec celles des services marchands par ex… en revenant sur les marges, le taux d’autofi etc… 


Il m'envoie aussi copie partielle d'un article :

L'endettement des sociétés non financières augmente moins rapidement et se réalise surtout sur les marchés
Le taux de croissance de l'endettement des sociétés non financières diminue en septembre (+ 4,6 % en rythme annuel, après + 5,4 % en août) du fait d'une moindre progression des crédits bancaires (+ 0,6 % en rythme annuel, après + 1,6 % en août), et d'un ralentissement de l'endettement de marché (+ 12,8 %, après + 13,2 %). L'endettement à moins d'un an continue de croître à un rythme élevé (+ 7,4 %, comme en août) tandis que celui de durée supérieure décélère (+ 4,2 %, après + 5,1 % en août).

Le 7 novembre, nous convenons d'une deadline 6 jours après. C'est court, je suis débordé mais bien décidé à ne pas laisser passer cette dernière chance. Je suis quand même un peu court et le 13 novembre, jour de la remise, je demande un délai de grâce. Accordé jusqu'au lendemain midi. Je travaille une partie de la nuit et rend ma copie à 11h58 pétantes. Content d'avoir tenu le délai et pas mécontent de mon article

X me répond qu'il revient vers moi rapidement. Je connais la chanson et m'attends à ne pas avoir de nouvelles pendant une semaine. Syntax error comme disait mon Oric-1 aux temps glorieux des débuts de l'informatique. X me rappelle sur mon mobile dans l'après-midi. Je vais essayer de restranscrire le plus fidèlement et le plus objectivement possible la conversation (chose qui n'est pas aisée, croyez-le bien !). Adoptons la convention suivante : "X" pour X, "NQ" pour moi, "VDMT" pour ce qui me passe dans la tête.

VDMT : reconnaissant le numéro (enfin mon HTC/Android le faisant pour moi), je suis passablement étonné et inquiet de la célérité du rappel
NQ : Allo ?
X : Oui, c'est X
VDMT : houla, vu le ton, mon article ne doit pas être bon. Ou alors il vient de se faire tomber une enclume sur les doigts de pieds
NQ : vous avez eu le temps de lire mon article ?
X : Oui
NQ : Et ?
X : Ca va pas du tout, ça n'est pas du tout ce que je voulais
VDMT : vu le ton dont la température n'est pas sans rappeler Vostok à ses pires heures, je m'en serais douté
VDMT : ça fait combien de temps que dure ce silence ? il va enchaîner ou bien ?
X : Je vous ai demandé un papier sur de la micro et vous me faîtes de la macro
NQ : Il y a eu incompréhension, vous m'avez envoyé une tonne de fichiers macro, j'ai cru que c'était à dessein
VDMT : bizarre, ces silences ... les comms entre Paris et Lyon passent par satellite ? ça expliquerait le lag ... il faudra que je vérifie sur le Net
X : Vous êtes charrette (...)
VDMT : je hais cette expression
X : (...) ou vous avez le temps de reprendre l'article ?
NQ : Vu votre commentaire, reprendre n'est pas le terme approprié me semble-t-il, c'est refaire le bon mot, non ?
VDMT : A moins que ces silences ne viennent d'un problème chez Orange ... ou alors j'ai installé trop d'applis sur mon smartphone, ça le ralentit
NQ : Si c'est refaire l'article en 24 heures, non, je ne peux pas
VDMT : et je ne veux pas et ton article, tu peux te le foutre où je pense, avec ton magazine roulé en boule
X : OK, je le fais
NQ : d'accord
X : aurevoir
EOT (End of Transmission)

Bon, là, il devenait évident que l'aventure était VRAIMENT finie avec Alternatives Economiques. L'article étant appelé à être entièrement refait (je viens de recevoir le dernier numéro et c'est bien le cas : il comprend un très bel article signé X, (presque) entièrement remanié, présentant une très belle présentation macroénonomique de la situation des entreprises françaises et de leur environnement ; c'est du macro mais du macro à la sauce X, ça change tout !), je l'ai publié sur mon blog perso. J'ai décidé pour de bon de ne plus répondre à la moindre sollicitation de X, j'ai Skypé ma mère (longtemps qu'elle n'était pas apparue dans le récit, tiens) pour lui dire. Elle n'a pas compris. Peut-être ces lignes l'éclaireront-elles (ou pas) ?

Quelle est la conclusion ? Au mieux, j'ai vécu partiellement et pour peu de temps (et sans les implications financières qui vont avec) le sort ordinaire d'un pigiste. Au pire, X m'a vraiment pris pour le dernier des cons. Au mieux, X répond aux canons de son métier. Au pire, c'est un sale con. Quelle importance, après tout ? Non, ce qui me gêne vraiment, c'est la chose suivante : un des dadas d'Alternatives Economiques, ce sont les Risques Psychosociaux dans l'Entreprise (RPS, RPSE), l'aliénation au travail, l'impact mortifère des nouvelles méthodes managériales (le lean management par exemple), la façon dont les managers reportent les injonctions qui leur sont faites (rentabilité, deadline, politique du chiffre prônée par Nicolas Sarkozy et vilipendée à longueur de numéros d'Alternatives Economiques, minutage des opérateurs de call-center) sur leurs équipes aboutissant à des traumatismes psychiques et, au pire, à des suicides. La responsabilité du capitalisme financier là-dedans. Les TMS (Trouble Musculo-Squelettiques). On peut dire qu'Alternatives Economiques est engagé dans cette noble cause, à laquelle j'adhère (d'autant plus que ma soeur est psychologue - diplômée - du travail, qu'elle a fait un mémoire sur les RPS qui est certainement excellent mais que, ingrat que je suis - le mot est fiable -, je n'ai même pas trouvé le temps de lire). On peut dire aussi qu'Alternatives Economiques considère que l'ESS et les SCOP, dont elle est, sont une réponse, certes insuffisante, mais une réponse quand même à ces problèmes. En tout cas face aux entreprises soumises au diktat du profit par des actionnaires inhumains.

J'ai 40 ans. Cela fait 17 ans que je travaille. Cela se divise en gros en :

  • 11 années de salariat dont :
    • 2 au sein d'une société cotée en bourse
    • 1 au sein d'une société contrôlée par une société US contrôlée par des investisseurs (VC) californiens (vous savez pourquoi il n'y a pas de requins dans la Bay Area ? parce que les VC de la Silicon Valley leur font trop  peur ... arf arf)
    • 4 au sein d'une société française où les VC étaient majoritaires
  • 3 ans en tant que créateur/dirigeant d'entreprise
  • 3 ans en tant qu'indépendant

Bref, selon Alternatives Economiques, je suis en parfaite position pour avoir expérimenté les risques psycho-sociaux liés aux ravages du capitalisme financier (au bémol près que je suis plutôt diplômé et plutôt haut dans la chaîne de management ces dernières années mais selon la littérature des RPS, les cadres supérieurs n'échappent pas aux conséquences des dilemmes issus des injonctions contradictoires). Et bien vous savez quoi ? Mes managers et/ou actionnaires ne m'ont jamais traité comme X l'a fait. Jamais. J'ai connu la frustration (oh combien), la colère, des affrontements, le manque de reconnaissance (il faut dire que mon besoin tend vers l'infini en ce domaine dirait mon psy) mais surtout la compréhension, la compassion, l'humanité, la reconnaissance, l'empathie et des conseils avisés. Jamais, non jamais, on ne m'a pris comme un con comme l'a fait X. Il est vrai qu'en tant que salarié ou créateur d'entreprises, j'ai eu 2 ou 3 fois à faire à des clients qui m'ont un peu traité aussi comme de la merde. Mais enfin, si je devais situer mon expérience avec X dans l'échelle des rapports professionnels que j'ai eu dans ma vie, je dirai que 99,99% de ces derniers ont été plus emprunts de respect que ceux que j'ai eu avec X.

Alors peut-on professer une chose, en être militant même et faire l'inverse ? Bien entendu, on voit ça partout et tout le temps (la politique en est le paragon). Peut-on se regarder dans la glace dans ce cas ? Sans problème, je pense. Mais moi, de mon côté, qu'est-ce que je fais ? Je continue à lire Alternatives Economiques (auquel je suis encore abonné) et les articles de X sachant que ses actes ne sont en rien en accord avec ses écrits ? Cela invalide-t-il pour autant la justesse de ses articles ? Vais-je faire confiance aux autres rédacteurs du magazines, aux autres journalistes d'autres magazines et journaux ? Comment puis-je arrêter le feu de forêt de la suspicion ?

Je n'ai pas de réponse. En finissant de rédiger ce post, j'ai vu le chèque de droits d'auteurs d'Alternatives Economiques posé sur la table du salon. Je me suis dit que j'aurai honte de l'encaisser, que cet argent est sale, que ce chèque me salit les doigts. Alors j'ai sorti mon briquet, y ait mis le feu, pris en photo (en haut à gauche) et balancé dans la cheminée.

"Depuis trente ans, plusieurs enquêtes statistiques suivent l'évolution des conditions de travail en France. Elles témoignent notamment d'une intensification importante du travail, avec des marges de manoeuvre plus réduites pour les salariés."

Témoignage de Thomas Coutrot, in Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Octobre 2011

"Loin de toucher uniquement le secteur industriel, le lean est également déployé dans des entreprises prestataires de services informatiques. 
Les élus du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) d'Outsourcing Services, filiale du groupe Capgemini, se sont ainsi démenés pendant près d'un an pour obtenir une expertise."


"Le lean, avec ses méthodes d'amélioration des postes de travail, empiète sur le champ d'intervention des ergonomes et tend à restreindre leur capacité d'intervention sur l'organisation du travail. Un sujet de débat pour la profession."

"Déployé en 2007 sur le site d'Airbus de Bouguenais, près de Nantes, le lean suscite une véritable controverse entre les syndicats et avec la direction quant à ses effets sur les conditions de travail et la santé des salariés. Reportage."

Joelle Maraschin, Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Avril 2012



"Que des gens soient mal au boulot, je ne le supporte pas."
Rien d'étonnant à ce que Dominique Chopin soit entré, il y a dix ans, au CHSCT de SPBI-Etablissement Jeanneau, société des Herbiers (Vendée) où 1 200 salariés fabriquent des bateaux de plaisance. 
Secrétaire du CHSCT depuis huit ans, ce Nantais partage sa vie professionnelle entre son métier de stratifieur, qu'il aime beaucoup, et le combat pour l'amélioration des conditions de travail. 


Portrait par Nathalie Querel in 
Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Octobre 2012
"Tout d'abord, le tournant gestionnaire opéré à partir du début des années 1990 a disqualifié toute référence au travail bien fait. Deuxième rupture: l'introduction de l'évaluation individualisée des performances, source d'injustices, mais surtout délétère pour le travail collectif et la coopération. Enfin, la référence à la sacro-sainte "qualité totale" a considérablement alourdi la charge de travail, mais a également incité les salariés à la fraude."

Laureant Jeanneau, Alternatives Economiques, Novembre 2009

"Un million de personnes mettent fin à leurs jours chaque année, a rappelé l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, le 10 septembre. En France, le nombre de suicides est évalué à plus de 10 000 par an, dont environ 400 seraient directement liés au travail, selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese). "

Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Octobre 2012


"Le travail peut-il amener des personnes à attenter à leurs jours ? D'après les résultats d'une étude conduite par deux médecins du travail auprès de 70 personnes, le travail apparaît être l'élément principal du passage à l'acte dans près de la moitié des tentatives de suicide ! "


Joelle Maraschin, Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Octobre 2012




"Suite à l'essor des risques psychosociaux, certains chercheurs en sciences de gestion et dirigeants d'entreprise se penchent à nouveau sur le travail et tentent de définir des modes de management plus respectueux de la santé des salariés. Enquête."

"Et pour expliquer cette situation, certains chercheurs désignent les évolutions récentes des organisations et modes de management. "Il est évident que ces évolutions ne vont pas dans le bon sens, note Emmanuel Abord de Chatillon, maître de conférences en sciences de gestion à l'université de Savoie. Avec le développement des externalisations, la pénétration de la logique client dans l'entreprise, la compétition généralisée…, il y a une transformation des manières de travailler qui a des composantes pathogènes. La question fondamentale est: de quelles ressources dispose l'individu pour garder le contrôle de son activité? Les évolutions des organisations ont mis en péril l'équilibre des ressources.""

"Les principes fondateurs de la gestion des ressources humaines (GRH) sont porteurs d'effets délétères. Jean-Paul Dumond, maître de conférences en gestion à l'université Paris-Est, en distingue trois: "L'individualisation, qui concerne aussi bien les salaires que l'évaluation, les formations ou les parcours professionnels : la flexibilité, qui, pour ajuster plus rapidement la main-d'oeuvre aux contraintes de la production, entraîne mobilités, licenciements, polyvalence; et le contrôle quantitatif de l'activité, qui vise un lien aussi étroit que possible entre la valeur ajoutée individuelle et la création de valeur pour l'actionnaire. Avec pour effet la négation du travail, car l'effort que représente celui-ci ne transparaît pas dans des indicateurs de résultats ni même de processus."

Négation du travail, perte de sens, déséquilibre des ressources… Ces analyses du management convergent vers la question du travail et proposent diverses pistes d'amélioration. Les approches sociologiques mettent ainsi en avant la nécessité de partir de la réalité du travail, et de l'engagement des acteurs. Pour Norbert Alter, il faut "analyser en quoi les salariés contribuent au bon fonctionnement de l'entreprise, reconnaître ce qu'ils lui donnent" et que les politiques de gestion ignorent. Jean-François Chanlat, pour sa part, juge qu'il faut "reconnaître le travail des gens, en débattre avec eux pour réduire l'écart entre le réel et le prescrit, entre ce qu'ils font et les normes et procédures qui peuvent rendre impossible un travail de qualité".

Mathieu Detchessahar coordonne un projet de recherche sur ces questions à l'université de Nantes. Intitulé Sorg (pour "Santé, organisation et gestion des ressources humaines"), il vise à mettre au jour des modes d'organisation et de management "soutenables" au regard des questions de santé des salariés. "Le débat sur la qualité du travail est nécessaire, souligne Mathieu Detchessahar. Mais il suppose une ingénierie des espaces de discussion. Notre recherche montre que la santé au travail est meilleure dans les configurations où ces espaces sont pensés et où le manager est présent. Le problème, aujourd'hui, est moins la pression exercée par le manager référent que l'absence de ce dernier. Il n'est plus dans la régulation du travail, mais dans lereporting et la réunion."

Mais "si les chefs d'entreprise sont d'accord sur la nécessité de prendre en compte la santé, il est difficile de la faire entrer dans la mécanique de l'entreprise, il faut les convaincre que le retour sur investissement est important", signale Charlotte Duda, présidente du groupe santé en entreprise de l'ANDRH. "La valorisation des compétences, la notion de travail bien fait, la place des collectifs commencent à être repérées comme des éléments constructeurs de santé, remarque Anne-Marie Gallet, chargée de mission à l'Anact. Mais en pratique, l'atteinte des objectifs, dans des univers instables où les centres de décision sont éloignés et les managers coupés du terrain, fait encore souvent passer la santé à l'arrière-plan."

Dans cette veine, Sylvain Breuzard, le patron de Norsys, une société de services en ingénierie informatique (SSII) de 200 personnes, présente son projet comme celui d'une "performance globale: la recherche d'un équilibre économique, humain et sociétal". Elle se traduit, entre autres, par"donner du temps et des moyens aux managers"

Isabelle Mahiou, in Santé et Travail, publication Alternatives Economiques, Juillet 2010

Yeah! Come on!

Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Fuck you, I won't do what you tell me!
Motherfucker!
Uggh!


Rage Against The Machine "Killing in the name"

There is freedom within, there is freedom without 
Try to catch the deluge in a paper cup 
There's a battle ahead, many battles are lost 
But you'll never see the end of the road 
While you're traveling with me 

Hey now, hey now, don't dream it's over 
Hey now, hey now, when the world comes in 
They come, they come to build a wall between us 
We know they won't win 
Now I'm towing my car, there's a hole in the roof 

My possessions are causing me suspicion but there's no proof 
In the paper today tales of war and of waste 
But you turn right over to the T.V. page 
html ] 
Hey now, hey now, don't dream it's over 
Hey now, hey now, when the world comes in 
They come, they come to build a wall between us 
We know they won't win 


Crowded House "Don't dream it's over"

13 commentaires:

  1. Bonjour NQ ;-)

    Ds nos ateliers de recherche d'emploi, nous parlons de ne pas confondre la cause et le contrat.
    La cause est noble, portée par les bénévoles, ...
    Le contrat est régie par le code du travail...

    Vous étiez sous un contrat de pige... Même pour AE... Que le rédac dise que votre travail n'était pas à la hauteur, relève de la relation professionnelle. Je n'ai quant à moi aucune compétence pour juger vos écrits.

    Eco sociale ne veut pas dire "exemplaire" même si on tend à le souhaiter.

    Que cette expérience n'ébranle pas trop vos convictions militantes et servent vos compétences professionnelles...

    Au plaisir !

    PS : bien joué RATM... je préfère "Guerilla radio" mais le contexte était plus approprié...

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    1. "Vous étiez sous un contrat de pige... Même pour AE... Que le rédac dise que votre travail n'était pas à la hauteur, relève de la relation professionnelle. Je n'ai quant à moi aucune compétence pour juger vos écrits." ==> je n'ai aucun problème quant au jugement de mes écrits. Vous pouvez dire que c'est de la merde en barre, ce sera votre opinion et je la respecterai (d'autant plus que le jugement est argumenté).

      Je parle ici de gestion humaine, de relation donneur d'ordre à sous-traitant. Même sorti du cadre, de bête "relation humaine". On peut très bien dire à quelqu'un que son travail est de la merde avec les formes en cherchant à le tirer vers le haut. C'est même un peu un des buts de l'ESS non ? (SOLIDAIRES). J'ai proposé plusieurs fois à X d'arrêter, ne me sentant pas à la hauteur, il a à chaque fois relancé le jeu. Je lui ai demandé ce qui pêchait, il n'a jamais pris la peine de le dire (le savait-il ???).

      "Eco sociale ne veut pas dire "exemplaire" même si on tend à le souhaiter." Visiblement ;) Il y a une différence entre exemplaire (qui l'est ?) et en contradiction flagrante avec ses principes. On doit pouvoir trouver un juste milieu, non ?

      "Que cette expérience n'ébranle pas trop vos convictions militantes et servent vos compétences professionnelles..." Euhh mes convictions militantes, c'est un bien grand mot. Perso, je ne cherche pas à étaler dans un canard des convictions militantes, j'essaie juste, dans mes relation de tous les jours, d'être un "humain aimable" ou, au moins, pas trop casse-burnes. Je ne place pas la barre trop haut. Pour mes compétences pros, je ne vois pas trop à quoi cela me servirait. En général, pour progresser, il ne suffit pas de vous dire que vous avez échoué mais OU et POURQUOI. Management 101.

      "PS : bien joué RATM... je préfère "Guerilla radio" mais le contexte était plus approprié..." ==> oui, je choisis en fonction du contexte, c'est un des petits gimmicks du blog. Mes préférées sont "Freedom" et "Know your enemy".

      De mémoire, pourla seconde : "No escape for the mass mind rape (...) Just victim of a in-house drive by, they just jump, you say how high (...) sleeping gas, every home like Alcatraz and motherfuckers lost their mind" : ils parlent de la TV mais ça pourrait le faire pour la presse. A l'aise !!!

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  2. Bonjour,
    1) vous avez mal compris ce qu'est un journal : un travail collectif, dont le rédac'chef est responsable (et lui seul),
    2) X est un excellent journaliste, et il sort un canard remarquable, mois après mois,
    3) Comme manager, il est un peu moins bon, mais on s'habitue,
    4) On est un poil vexé, la première fois que X vous retourne un texte en suivi des modifs, mais un journaliste n'écrit pas d'article : il envoie au journal un PROJET d'article, dont le texte sera revu et éventuellement coupé par le rédac'chef, les titres et le chapô donnés par le secrétariat de rédaction, les infographies ajoutées ou revues par les graphistes, etc.
    5) Les lecteurs d'AE sont très rarement des "cons", minoritairement des citoyens CPS+, et majoritairement des lycéens, étudiants, élèves d'écoles diverses, ce qui explique l'effort soutenu de mise à niveau.
    En tant que VP de l'association des lecteurs, je regrette le chèque ... mais l'assoc se porte bien, et la santé d'AE nous est plus précieuse que la nôtre.
    Très cordialement
    MM

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  3. Merci tout d'abord d'avoir pris le temps de me répondre. Il m'a fallu faire ce post pour, enfin, obtenir une réponse de collaborateurs d'AE.
    "1) vous avez mal compris ce qu'est un journal" ==> désolé, je n'ai pas la chance d'avoir une carte de presse, je n'ai pas fait X, j'ai peu frayé avec les rédactions

    "un travail collectif, dont le rédac'chef est responsable (et lui seul)," ==> l'ai-je remis en cause (ce pouvoir de décision). Je suis habitué à l'entreprise et pas plus rétif qu'un autre à la hiérarchie, me semble-t-il !

    "2) X est un excellent journaliste, et il sort un canard remarquable, mois après mois," ==> vrai.

    "3) Comme manager, il est un peu moins bon, mais on s'habitue," ==> nuance. VOUS vous y habituez, ne préjugez pas pour les autres. Je peux fort bien m'accommoder de choses que vous jugeriez très désagréables, voire insupportables. Et inversement. Sans sombrer dans le relativisme, je pensais AE et son "écosystème" un poil plus ouvert à l'autre.
    Quand à s'habituer, est-ce que les salariés de FT et du technocentre Renault se sont habitués au management ? Oui, pour la plupart. Non, pour quelques-uns. Pas de bon, ils sont morts (mort toujours multifactorielle en l'occurence, on peut analyser, faire des procès mais on ne parlera que de la ou les gouttes d'eau, peut-être le torrent). Vous allez me dire que je dramatise mais comme je fais partie d'un groupe de population, au demeurant pas si rare, qui a 15 ou 20 fois plus de chance de s'ôter la vie (sans parler des joyeusetés intermédiaires), je crois avoir quelque légitimité pour en parler.
    Qu'est-ce qui vous immunise chez AE à ne pas reproduire les drames de FT ou Renault ? Votre "bonne volonté", le statut SCOP ? RIEN. Et quand vous appelez ces boîtes à réviser leur méthode de management, à former leurs cadres, que faites-vous ?
    X n'est pas un mauvais manager. Il est un manager TOXIQUE, nuance.

    "On est un poil vexé, la première fois que X vous retourne un texte en suivi des modifs" == Vous n'avez pas compris mon post. Je me fous qu'on me dire que mes articles sont nuls. Comme de l'an 40. J'ai montré (cf les emails) que je comprenais les remarques, cherchais sincèrement à progresser et DEMANDAIS des axes d'amélioration (ce que donne un BON manager).

    "Les lecteurs d'AE sont très rarement des "cons" ==> j'en suis convaincu, c'est pourquoi j'avais mis mes presupposés assez hauts, enfin pas tant que ça vu que je ne suis pas économiste, n'ai pas passé une heure de cours d'économie. C'est plutôt X qui prenait les lecteurs pour des cons AMHA

    "En tant que VP de l'association des lecteurs, je regrette le chèque ... " => pourquoi ? j'ai brûle le chèque d'AE à mon nom mais je vous ai envoyé les 710€ par CB. Vous devriez jeter un oeil à la compta ;)

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    1. 1) Merci beaucoup pour l'association (dont je ne vois les comptes qu'une fois par an : comme toute assoc, nous avons un trésorier).
      2) Une précision : je suis dans la même position que vous, pigiste occasionnel, et je n'ai jamais fait partie de la structure d'AE. Par ailleurs je suis quelque peu spécialiste de management (et naguère DRH), et je trouve excessif de comparer des cad' sup ou assimilés comme nous, légèrement bousculés par X, aux salariés de FT ou du technocentre de Renault. Nous pouvons nous retirer à tout moment (sur la pointe des pieds ou bruyamment ...) sans que notre côte de boeuf et notre Saint-Joseph (pour un Lyonnais) soit le moins du monde en danger.
      Cordialement
      MM

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    2. Marc, en mode 2nd degré, nous étions compétiteurs dans pour la même rubrique non ? vous pourriez me remercier d'avoir craqué en premier, ça vous fera + de place pour vous exprimer !!! Fin du second degré

      " Merci beaucoup pour l'association (dont je ne vois les comptes qu'une fois par an : comme toute assoc, nous avons un trésorier)." ==> wow vous touchez tellement de blé que ça qu'un virement du 710E ne remonte pas au VP ? (un pti mail). D'ailleurs, ça n'ouvre meme pas droit à un mail de remerciement (ok ok j'arrête sinon je vais arriver au don/contre-don et Marcel Mauss)
      Dites donc, il est où le lien sur les comtes de l'assoc' ? ça doit être Byzance là-dedans ...

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    3. Les comptes de l'association des lecteurs (fort simples) sont évidemment remis à tous les adhérents lors de l'AG.
      Par ailleurs, j'avais effectivement été prévenu par mèl, pour une raison autre que le montant du don (relativisons : 700 €, c'est moins de 5 cotisations ... et nous préférons que cette somme nous soit apportée par 5 adhérents supplémentaires!) mais la vision du chèque en flammes m'a fait penser qu'il y avait eu contrordre ...

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    4. 700€ = 5 cotis'? je croyais que la cotis' était à 15€ ? ça veut dire que l'adhérent moyen verse près de 10 fois ce qu'il est "obligé" de mettre ?
      Moi je dis, virons Mosco, nommons Mousli ! ;)
      Je ne peux pas aller à l'AG pas plus qu'aux dernières, il y a moyen d'avoir une copie des comptes (ceux de cette année + année précédente) ?
      Merci d'avance

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    5. @Marc :

      "Par ailleurs je suis quelque peu spécialiste de management (et naguère DRH)" ==> je le reconnais. N'ayant moi-même que fait fonction de DRH (sans le titre) dans une PME de 50 personnes alors que vous avez été DRH de la division fret de la SNCF, je ne peux donc que m'incliner et adopter avec vous une relation hegelienne où vous serez le maître. Je me permets, à ce titre, de faire quelques remarques (et vous poser quelques questions) :

      "Nous pouvons nous retirer à tout moment (sur la pointe des pieds ou bruyamment ...) sans que notre côte de boeuf et notre Saint-Joseph (pour un Lyonnais) soit le moins du monde en danger." ==> c'est tout à fait vrai. Les revenus tirés d'AE (de haute lutte) ne représentent pour moi même pas 1% de mes revenus. Mon Saint-Jo (que j'adore) n'est pas en danger.

      "je trouve excessif de comparer des cad' sup ou assimilés comme nous, légèrement bousculés par X, aux salariés de FT ou du technocentre de Renault." ==> les suicides de FT ont aussi concerné des cadres sup' (http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hkqY5-leQF_-Eo6j-U6EEiclbXpg). Comment dois-je me placer, en terme de CSP, par rapport cette personne ?

      "légèrement bousculés" ==> comment définir le niveau de "bousculade". Vous qui êtes expert en management, comment définir ce qui ressort de la banale bousculade ou d'un trauma psychologique violent ? Quelle est votre méthode ? J'ai cru comprendre que les suicides (et autres dégâts moins "visibles" ne sont pas forcément proportionnels (ni linéaires) au traitement qui a été fait. Par ailleurs, tout cela est hautement multifactoriel.

      "Nous pouvons nous retirer à tout moment" ==> certes mais qu'est-ce qui fait que des cadres sup', souffrant d'un mal-être au travail tel qu'ils peuvent en mettre fin à leur jour, alors même qu'ils pourraient mettre un pain à leur manager (faute lourde/grave, il faudrait que je vérifie), touchent leurs ASSEDIC 24 mois, tapent dans un patrimoine qui ne doit pas être nul, s'appuient sur leur femme/famille/ami et retrouvent, assez facilement, un travail ailleurs. Pourquoi restent-il comme des lapins dans le faisceau des phares, Marc ? Votre réponse m'éclairerait bcp là-dessus. Certes, j'ai lu quelques traités de psycho, de psycho sociale, Freud, Lacan, Foucault, mais enfin dans la posture hégelienne que nous avons adopté, c'est de vous que j'attends la réponse, Marc

      "Nous pouvons nous retirer à tout moment" ==> est-ce que le fait de se retirer d'une relation devenue conflictuelle/toxique permet à l'intéressé un oubli total et l'exonère de trauma, petit ou grand

      "Nous pouvons nous retirer à tout moment" ==> vous semblez chérir cette situation et la trouver très adaptée pour nous, cadres sups et assimilés. Diriez-vous que pour des CSP++, le statut indépendant devrait avantageusement remplacer le CDI. Vous devriez écrire un article pour AE là-dessus, Marc, je le lirai avec grand intérêt. A moins que X n'exerce sa prérogative de redac'chef, ce qui a 99.99999999% de chances d'arriver (pas dans la ligne du parti)

      Merci de vos réponses,

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    6. Pour les 700 €, nos adhérents sont fidèles ... nous avons un taux de renouvellement qui nous permet de tabler sur une moyenne de dix ans de cotisations ... ce dont nous nous réjouissons sur tous les plans.
      Par ailleurs mes remarques sont évidemment contingentes. J'ai exercé ou j'exerce plusieurs activités pour lesquelles il m'arrive d'être rémunéré (par exemple publier un article), mais que je ne confonds pas avec mon activité principale (dans laquelle je suis attentif et syndiqué). Par exemple, je n'enseigne pratiquement plus, et j'évite de diriger une mission de consulting, même s'il m'arrive (de + en + rarement) de faire un cours, et que je donne parfois un coup de main à mes copains consultants. C'est ce que j'appelle "se retirer sur la pointe des pieds".

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  4. Excellente chronique, très belle analyse de la réalité de la vie des journalistes rémunérés à la pige. Et le "pas le temps" avec un (long) silence qui se termine par "pouvez-vous, svp, relire très rapidement..." est le quotidien de bien des pigistes. Bon vent dans votre autre métier, dommage qu'AE ait perdu un profil comme le votre !
    - Une journaliste avec carte de presse, tantôt "en pied" (cf les fermetures de journaux parisiens ces derniers mois), tantôt à la pige (on a toujours besoin de spécialistes prêts à se plonger dans des dossiers compliqués pour plusieurs fois 300 €/mois )!

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  5. Pas terrible AE sur ce coup.

    Sinon, l'histoire des directeurs qui font ièch, ça m'est arrivé quelques fois, et à chaque fois il ont été surpris, car j'ai failli en casser des gueules, je me suis retenu, mais je les ai renvoyés dans les cordes. La dernière fois, j'ai collé 2 procès, ça coûte en frais d'avocats, mais j'ai gagné.

    Effectivement, il est curieux de se suicider quand on peut envoyer paitre son employeur et chercher ailleurs, d'autant plus un cadre diplômé qui a un peu d'argent d'avance et le chômage pour amortir la transition. Quant aux DRH francais, la plupart étaient des salopes de première, tordus complets.

    Bon maintenant, je m'en fous, je me suis barré de la France, et ça se passe bien mieux.

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  6. From Sebenat to Nicolas Quint,

    Bsr Nicolas, je vous retrouve apres vous avoir perdu de vue sur votre Blog@Liberation.

    Tres interessant et amusant article qui m'interpelle sur 2 points :
    - on ne s'improvise pas manager, et les experiences diverses que nous avons tous je pense et en tout cas la mienne le prouvent. On doit rencontrer 20% de vrais bons managers. Le reste se répartit entre les toxiques (je n'en ai pas subi, quelle chance et pourtant je suis dans une entreprise à risque....) et ce que j'appellerai les go-between (pas toxiques, mais ne vous apportent pas grand chose car en général ne vous disent pas comment progresser) qui se contentent de repercuter les demandes d'en haut et de remonter les reponses...
    - le 2nd point sur lequel je vous rejoins complètement, dans votre conclusion : la déception que vous avez eu par rapport à un certain manque de conformité entre les valeurs pronées et les actes ... n'est ce pas le probleme absolu de notre société en général, de sa représentation politique (pensée émue pour les militants UMP), déphasage entre les valeurs pronées par les entreprises et ce qui est appliqué en interne, radicalisation des postures à tous les niveaux (tout ce qui est contraire à mon discours / ma pensée / ma philosophie est mis de coté, tout ce que fait "l'autre" est forcément mauvais) etc etc... Bref je m'interroge à 40 ans pour etre un peu plus citoyen, au service d'un collectif (mouvement politique ? syndical ? association ? m'impliquer ds le club de basket de mon fils ?) mais j'ai bien peur d'etre déçu et de perdre mon temps, de tomber dans des luttes de clans et de personnes qui relèguent l'objectif principal au second plan, qui s'affranchissent de leurs valeurs au nom d'un "interet" supérieur : le leur au pire, personnel (argent, pouvoir) ou celui de la "cause" (je détiens, nous detenons la verité)... Mais dans votre experience précise à AE, comme dirait Marc, ya pas mort d'homme, le journalisme c'est comme cela que cela fonctionne, d'ailleurs cela marche tres bien la preuve les gens se reabonnent, et pourquoi pleurer pour avoir été legerement bousculé : ouvrez une bouteille de St Joseph ce soir ! Les valeurs ? quelles valeurs ?

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