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samedi 3 novembre 2012

Du mouvement punk comme sauveur de l'Humanité

Le mouvement punk est peut-être le seul mouvement musical permettant d'intégrer la philosophie, la sociologie ou encore la psychanalyse. Oh je vois les belles âmes qui vont émettre quelques doutes en écoutant Jello Biafra éructer "California Uber Alles" ou "Kill the poor". Qui vont contester qu'il puisse être un Socrate des temps modernes.

Certes, le chanteur des Dead Kennedys n'a pas fondé d'école de pensée et ne porte pas la toge mais il n'en est pas moins vecteur de sagesse. Sigmund Freud a écrit en 1929 un livre d'une puissance assez inégalable nommé "Le malaise dans la culture" (Kultur en allemand renvoyant aussi bien à la civilisation qu'à la culture). Pour vous dire que le père Sigmund était inspiré, 2 petites phrases extraites du livre :

« On se demande seulement avec inquiétude ce que les Soviets entreprendront une fois qu’ils auront exterminé leurs bourgeois. »

"Et maintenant il faut s’attendre à ce que l’autre des deux puissances célestes l’Eros éternel, fasse un effort pour s’affirmer dans le combat contre son adversaire tout aussi immortel… Thanatos
Mais qui peut présumer du succès et de l’issue ?"


On sentait Freud inquiet dans cette dernière phrase. A raison, l'ajout ayant été fait en 1933, année d'accession d'Hitler au pouvoir. Bon mais quel rapport avec le punk ? En fait, Freud postule que nous sommes des êtres de pulsion et de désir (le "ça"). En gros, si nous croisons un joli petit couple, notre "ça" égorgerait bien le bellâtre avant de violer sauvagement son amante. Mais nous sommes des animaux sociaux et la petite scène que j'ai décrite n'est pas très sociale. C'est là qu'intervient l'économie libidinale. Nous acceptons de censurer nos pulsions (enfin une partie - appelez ça la morale, la loi, l'éthique, les lois entravant la liberté d'expression) en échange de l'intégration à la communauté, sa chaleur et sa (relative) sécurité. Ce lien est appelé Eros par Freud, lien d'amour, acceptation de se placer sous l'ombrelle d'une autorité à la fois douce mais castratrice (la mère), puissante mais punitive (le père).

Je vous sens sceptiques .. Et pourtant, notre société ne s'est jamais autant autocensurée (principe de précaution, moratoire sur les gaz de schistes, lois interdisant la parole raciste, haineuse, misogyne, ..) mais jamais elle n'a autant eu envie de se placer sous une autorité bienveillante. Que nous vendent les partis politiques sinon une protection maternelle bienveillante (l'Etat-providence généreux et juste) pour la gauche ou une protection paternelle ferme (la Nation, dure mais juste, assurant la sécurité pour ses membres) pour la droite ?

Seule ombre au tableau : le renoncement libidinal permettant la création de l'Eros entraîne mécaniquement une frustration, celle-ci débouchant sur un lien de mort et d'auto-destruction : le Thanatos. En clair, se civiliser c'est bien, mais ça finit par taper un peu sur le système. Et le couvercle risque de sauter. En chacun de nous mais aussi pour les foules où l'enfouissement des pulsions primaires peut se retourner en une anomie totale et un déferlement de barbarie. L'Allemagne des années brunes en est un exemple parfait.

Nous voilà donc sur une chemin de crête bien étroit, devant chérir notre Eros sans trop laisser gonfler notre Thanatos. Il nous faut trouver des dérivatifs pour laisser sortir les vents mauvais. Une soupape de sécurité. Un exutoire. Le punk.


"Living fast and having diarrhea,
 Living fast and having diarrhea,"

Chanson éponyme de l'album éponyme d'un groupe oublié entendu dans les années 2000 au Transbordeur à Lyon


"Efficiency and progress is ours once more
Now that we have the Neutron bomb
It's nice and quick and clean and gets things done
Away with excess enemy
But no less value to property
No sense in war but perfect sense at home?

The sun beams down on a brand new day
No more welfare tax to pay
Unsightly slums gone up in flashing light
Jobless millions whisked away
At last we have more room to play
All systems go to kill the poor tonight

Gonna
Kill kill kill kill Kill the poor?Tonight "

Dead Kennedys, Kill The Poor

"Fuckin' nihilists"
'The Dude' in "The Big Lebowski"

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