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jeudi 8 novembre 2012

Martin Hirsch for president, but will never gonna be (democracy's loss ...)

J'adore, je respecte, j'idôlatre, je surkiffe Martin Hirsch. Il est pour moi l'incarnation même de l'expression "honnête homme" au sens de Montaigne. Intelligence, érudition, brillance aussi. On pourra toujours me pointer ses erreurs, ses errements, ses fautes éventuelles, son choix d'appartenir au gouvernement Sarkozy. Je m'en fous. Tout cela, il en parle, il le revendique, il donne à voir ses analyses et ses doutes, a priori comme a posteriori. C'est un type bien, resté humain, et surement façonné par une éducation exceptionnelle dont il a le mérite de dire que, sans elle, il serait peut-être un tout autre homme. Rendant hommage à son père et son grand-père d'une façon émouvante. Si, un jour, je pouvais rendre hommage de la même façon "aux miens" dans un livre, j'aurai le sentiment que ma vie n'aura pas été inutile. Un type disponible ensuite. Je l'écoute sur Inter, je "devine" son adresse email, il me répond un très gentil mot. Je finis son livre, je remaile (oui je devrais me faire admettre dans une clinique de désintoxication du mail), il répond à nouveau.

Mais pourquoi aime-je Martin Hirsch à ce point ? Il est dans l'action "politique" au sens large. Et pourtant, il fait ce que les hommes politiques ne font jamais : émettre des doutes, se poser des questions sur son action - tant sur le sens que sur l'efficacité -, croire en une cause bigger than life (la pauvreté), tenir des propos d'une rare intelligence et sans tabou, ... C'est pour cela qu'il ne sera jamais président. Michel Rocard l'a bien décrit : être homme politique, c'est jouer sur deux pyramides inversées : une montante pour vous permettre d'accéder au pouvoir, une descendante pour espérer pouvoir agir. Le problème, c'est qu'en l'état actuel de la démocratie, la pyramide montante semble occuper 90% du temps de nos édiles. On peut rapprocher ça (de loin) à Daniel Cohn-Bendit. Un type qui aime être dans l'action directe (parlement européen) et surtout indirecte (grande gueule iconoclaste à la TV ou la radio) mais qui n'a visiblement pas envie de se colleter avec la pyramide montante.

Il y a aussi son impertinence et sa liberté. A l'abbé Pierre dont il est un des plus proches collaborateurs (sans avoir la foi catholique) qui fait un accès de parano et se demande s'il ne va pas appeler place Beauveau pour avoir des gardes du corps suite à des menaces islamistes, il dit que c'est peut-être là le moyen qu'a trouvé Dieu pour accéder au souhait récurrent de l'Abbé de "grandes vacances éternelles". C'est un type qui, reçu à l'Elysée pour parler d'un arrêté anti-mendicité visant à interdire leur chien aux DSF, a les couilles de demander à Sarkozy de faire sortir son labrador de la pièce. Et le président de s'exécuter. C'est un mec qui, lorsque Simone Veil herself lui demande d'écrire un rapport sur la Sécu (destiné à prendre la poussière surement ...), a le cran de refuser. Puis de se raviser en exigeant en échange non du pognon mais deux boîtes de Modafinil (un médicament qui permet de ne dormir que 2h/nuit et qui a notamment été utilisé lors de l'invasion de l'Irak par les troupes US). Pour écrire le rapport et pour le "fun" (tester le médicament, lui qui a travaillé sur la neurobiologie). Et il rédige le rapport en un mois, travaillant le jour, écrivant le rapport la nuit et ne dormant qu'une heure et demie par nuit.

Il s'engage mais il ne joue pas les héros non plus (Martin Hirsch). Il ne se pousse pas du col en Saint-Martin-Hirsch, bonne fée désintéressée des pauvres. Il est un adepte de la théorie du don/contre-don de Marcel Mauss. Si on s'engage à aider les autres, c'est qu'on y trouve soi-même une gratification (la reconnaissance, le sens à la vie, l'utilité sociale, ...). En fait, j'y verrai même un parallèle osé avec Adam Smith. L'économiste postulait que le bien commun était le fruit des égoïsmes particuliers (la "main invisible" permettant de coordonner tout ça, "main invisible" qui a ensuite été mise à bien des sauces mais c'est une autre histoire). Si le boulanger se lève à 4h du mat' pour faire le pain, ça n'est pas pour le bienfait de sa communauté mais pour gagner de l'argent pour lui et sa famille. Mais, au final, cela concourt au bien-être de la communauté puisqu'il y a du pain chaud à vendre tous les matins. C'est un peu la même chose ici, Martin Hirsch nous explique qu'avoir des motivations altruistes pour un engagement envers les autres n'est pas le viatique et, que, comme le boulanger de Smith, on peut le faire par pur intérêt. Mais qu'au final, cela créera de l'engagement favorable à tous. Et c'est ce qui compte.

Son engagement me fait me sentir un peu honteux, moi qui sombre si facilement dans l'"àquoibonisme", qui ne me suis jamais engagé dans une cause ou une association, qui caresse juste  le rêve facile et lâche de le faire une fois que j'aurai les cheveux blancs (enfin complètement, ils le sont déjà pas mal). C'est un homme qui me ferait glisser un bulletin de vote dans une urne avec enthousiasme, pour la première fois de ma vie. Mais ça n'arrivera jamais. Le monde et notre démocratie ne le permettront pas, pour notre plus grand malheur.

J'ai pris l'habitude de citer des textes de chanson et je n'y déroge pas. Je sais que Martin Hirsch est passionné de grande musique mais j'y suis insensible, question d'éducation sans doute ...

Nothing they say makes a difference this way 
'Cos nothing they say will do 
Take all the trouble that you can afford 
At least you won't have time to be bored 
[ Lyrics from: http://www.lyricsfreak.com/m/midnight+oil/power+the+passion_20093259.html ] 
Oh the power and the passion 
Oh the temper of the time 
Oh the power and the passion 
Sometimes you've got to take the hardest line 

Midnight Oil, "Power and the Passion"

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