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samedi 17 novembre 2012

Non, je ne suis pas anti-grève et antisyndical mais ...

Après ce post précédent où j'exposais mes vues sur le préavis de grève déposé dans les TCL (Transports en Commun Lyonnais), j'ai eu droit à pas mal de nom d'oiseaux. Pour n'en citer qu'un, on m'a dit que je faisais du syndicalisme "jaune", mouvement anti-grève, d'extrême-droite et antisémite. Moi qui admire tellement le peuple juif et son histoire (sans forcément cautionner tous les actes menés par les juifs et/ou israéliens d'hier et aujourd'hui mais c'est une autre histoire), ça me fait un peu mal aux seins (comme dirait ma mère).

Alors qu'on se mette bien d'accord. Je ne suis pas contre le droit de grève, je suis contre une certaine façon abusive de l'exercer. Je ne suis pas contre les syndicats, je suis contre les pratiques mafieuses de certain syndicalistes. La nuance est de taille !

Droit de grève

Le droit de grève est un droit fondamental, c'est entendu. Peut-il être restreint ? C'est, au fond, la question qui a été posée par Nicolas Sarkozy avec le service minimum (débat déjà examiné par exemple en 1979 par le Conseil Constitutionnel). Avec un certain écho (favorable) auprès des français (ces veaux diront les syndicalistes). Question qui s'est traduite par une tartufferie, le service minimum ayant gardé son nom mais son contenu a, lui, été édulcoré en un droit d'alerte. Droit d'alerte pas si inefficace mais, enfin, il y a eu tromperie sur la marchandise.

Bon, disons le aussi, la France n'est pas le paradis du gréviste que certains décrivent. Le nombre de jours de grève ne cesse de décroître mais il reste un abcès de pus assez concentré à certains endroits : ainsi, un salarié de la SNCF fait 29 jours de grève quand un salarié du privé en fait 1 et un du public 7. Bien entendu, le management et le "sens du travail" que l'on propose aux salariés dans ces différents secteurs explique bien des choses.

Certaines profession n'ont pas le droit de grève en France : gardiens de prison, gendarmes, militaires, pompiers. Dans certains services de santé, les personnels ont le droit, à condition de bosser (avec un brassard). Le droit de grève est donc déjà limité dans les faits sans que l'on enlève le mot "République" de nos cartes d'identité ou que ne soit déclassé comme démocratie. Bien. Bruxelles a aussi récemment songé à restreindre le droit de grève avant de faire machine arrière. Certes, l'Union Européenne souffre d'un certain déficit de démocratie mais ça n'est pas l'Iran des Mollahs. Dans tous les pays européens, des restrictions au droit de grève, plus ou moins fortes, existent. En Pologne, depuis 1991, le recours à la grève est limité s'il elle est faite au détriment de la vie et de la santé des personnes. Au Royaume-Uni, la grève doit être votée à bulletin secret. En Hongrie, un vrai service minimum existe pour les transports ou l'énergie. Certains rétorqueront que ce ne sont pas de "vraies" démocraties mais ce sont nos partenaires européens et ils ne suivent pas vraiment les préceptes de la Corée du Nord.

Aux Pays-Bas, la grève n'est pas inscrite dans la constitution ni dans la loi mais fait seulement partie du corpus de la jurisprudence. Dans ce pays, les syndicats peuvent appeler à la grève mais aussi les salariés, directement, sans passer par les syndicats. Par ailleurs, en Hollande, un tiers peut saisir (efficacement, je le précise) un tribunal pour contester le bien-fondé de la grève.Celui-ci peut alors interdire la grève ou encore imposer d'en moduler les modalités (OK pour faire la grève mais de telle heure à telle heure ou sur un périmètre limité, de façon à faire valoir ses droits sans gêner les tiers). Il est évident que cette façon de faire ne marche qu'avec une justice indépendances (magistrats nommés par le pouvoir politique à éviter).

Bref, il est largement possible de moduler le droit de grève tout en restant dans une vraie démocratie. Et même le moduler pour être encore plus une démocratie. Les exemples de nos voisins européens (je n'ai pas été chercher aux USA ou au Japon ...) sont éclairants. Une harmonisation européenne serait certainement une voie (la seule étant donné le manque de courage de nos politiques ?) de sortie vers le haut pour la France.

Syndicats

Le second problème vient des syndicats. Commençons par les syndicats de salariés. On le sait, le taux de syndicalisation français va de faible dans la fonction publique à ridicule dans les PME en passant par dérisoire dans les ETI et grands groupes. Les syndicats sont donc faibles donc extrémistes donc recrutent encore moins d'adhérents. 

Mais le problème est nettement plus large. Listons en quelques-uns :
  • Les liens syndicats/partis politiques. Que certains syndicats soient liés à des partis politiques, qu'ils appellent à voter pour un candidat à la présidentielle, ça n'est pas génial à mon sens. Mais enfin, contrairement à ce qu'affirment certains, ça n'est pas franco-français. IG Mettal, le plus puissant syndicat allemand, est lié au SPD sans que cela ne pose trop de problèmes. Par contre, quand des syndicats français ont partie liée avec des formations politiques remettant en cause le fondement même de nos institutions (la Vème république et la démocratie, ...), là c'est beaucoup plus gênant. On peut citer les liens très forts entre CGT et PCF. Evidemment, le PCF ne rentre plus dans le cadre des partis anti-démocratiques que je nommais plus haut mais la relation existait entre CGT & PCF alors que ce dernier recevait encore ses ordres en direct du Kremlin. On peut également citer, entres autres, les liens entre Solidaires (Sud) et la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Evidemment, défendre des salariés quand on a par ailleurs pour agenda de renverser le pouvoir ("révolutionnaire"), ça peut mener à quelques grands écarts
  • La guerre d'usure menée par les syndicats, FO en tête, contre Bricorama et pour empêcher cette enseigne de fermer le dimanche risque fort de se faire au détriment de l'entreprise et de ses salariés (perte de salaire, licenciement économique). On a vu la même chose à Plan de Campagne il n'y a pas si longtemps. Le plus "drôle", c'est que les syndicats, se considérant visiblement comme une "élite éclairée", agit contre l'avis des salariés. Et on peut légitimement se demander si les syndicats ne jouent pas plus pour eux que pour les salariés. Ou, plus grave, pour eux contre les salariés.
  • Dans certaines collectivités territoriales, les élus n'ont de facto plus le pouvoir. Ce sont les syndicats qui décident de beaucoup de choses (organisation, politique d'embauche, gestion du personnel) en faisant régner le terreur
  • Le rapport Perruchot, dénonçant le financement véreux des syndicats (captation des fonds des Comités d'Entreprise, détachement abusif et massif de personnels de la fonction publique, pillage des organismes paritaires par les syndicats patronaux, abus de biens sociaux), a été enterré par tous les groupes représentés à l'Assemblée Nationale, fait rarissime sous la Vème République (et indisponible sur le Net, la "police politique" a veillé au grain). Cet enterrement de première classe montre la terreur que font régner les syndicats, même sur la classe politique. Qui doit avoir des choses à cacher sur son propre financement, n'en doutons pas !
  • Enfin, certains syndicats ont opéré depuis longtemps une dérive mafieuse voire terroriste (pour la CGT du Livre, la double dénomination n'est pas de moi mais, "off", de patrons de presse). Ainsi, cette CGT du Livre en est le parangon : opération "coups de poing" (au sens littéral du terme), menaces physiques, accusations d'antisémitisme à l'égard d'un journaliste, abus de bien sociaux, vol qualifié au profit de Fidel Castro, stockage de 5.000 armes (fusils, carabines, armes de guerre, ...) qui ont été rendues en échange de l'impunité totale, poursuite de colporteurs de journaux gratuits sur l'autoroute avec queues de poisson à la clef (et non-intervention des CRS). Ces braves gens, comptant parmi eux des rotativistes qui gagneraient 4.500€ bruts par mois pour 32h30 de travail hebdomadaire (nocturne) n'ont rien à envier à Vic McKey ou à Tony Soprano. Mais laissons de côté la fiction : leur vrai modèle, c'est Jimmy Hoffa, tout puissant patron du syndicat des routiers US et dont on suppose qu'il tient compagnie (ou lieu de repas) aux crocodiles, quelque part dans les Everglades depuis 1975. Mais je m'en voudrais de ne pas évoquer les dockers du port de Marseille qui s'évertuent du mieux qu'ils peuvent à couler cette entrée maritime majeure tout en palpant 4.400€ nets pour 12 heures de travail. Au menu ? Pots de vin (reçus par les dockers de la part des clients qui veulent juste faire décharger leur marchandise), méthodes musclées, "copinage", ...
  • Je vous fais grâce du reste, la non-transparence des comptes ("on ne vit que des cotisation des adhérents !"), les largesses juridiques & comptables accordées par l'Etat (qu'on n'accorderait pas pour tout l'or du monde aux PME susceptibles de créer des emplois), une encyclopédie n'y suffirait pas !
Ma conclusion ? le syndicalisme salarial est un cancer de la société française. Le syndicalisme patronal ne vaut pas beaucoup mieux : méthodes hors la loi (caisse noire UIMM), extrémisme, conflit d'intérêts, confusion entre intérêt des adhérents et intérêts des dirigeants. Mais je ne veux pas généraliser. Le cancer est certes généralisé et les métastases nombreuses. Reste que l'organisme syndical compte encore de nombreuses cellules saines : des hommes et des femmes honnêtes, portés par un idéal, engagés et soucieux de l'intérêt général.

Si le gouvernement avait du courage (au moins plus que ces prédécesseurs), il mettrait en place des actions fermes et un cadre permettant la (re)formation d'un syndicalisme sain, efficace, humain et au service des salariés. On n'arrivera peut-être pas au niveau des allemands (qui, sans être une référence absolue, sont quand même largement devant nous dans ce domaine précis) mais il y a de la marge. Cela relèverait d'une exigence  démocratique et de "salut public". De justice aussi, notion à laquelle le gouvernement est si attaché. Et sur le plan économique, une énorme partie de nos problèmes seraient ainsi résolus. Cela vaudrait bien plus que ce qui a été déjà fait par le pouvoir PS (et UMP avant) et tellement, tellement plus que l'illusoire choc de compétitivité. Sorry, I Had a Dream ...

Now it is 1984
Knock-knock at your front door
It's the suede/denim secret police
They have come for your uncool niece

Come quietly to the camp
You'd look nice as a drawstring lamp
Don't you worry, it's only a shower
For your clothes here's a pretty flower.

Dead Kennedys "California über alles"

Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,
Tu masques ton visage en lisant ton journal,
Tu marches tel un robot dans les couloirs du metro,
Les gens ne te touchent pas, il faut faire le premier pas,
Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,
Impossible d'avancer sans ton gilet pare-balle.
Tu voudrais donner des yeux a la justice
Impossible de violer cette femme pleine de vices.

Antisocial, tu perds ton sang froid.
Repense a toutes ces annees de service.
Antisocial, bientot les annees de sevices,
Enfin le temps perdu qu'on ne rattrape plus.

Ecraser les gens est devenu ton passe-temps.
En les eclaboussant, tu deviens genant.
Dans ton desespoir, il reste un peu d'espoir
Celui de voir les gens sans fard et moins batards.
Mais cesse de faire le point, serre plutot les poings,
Bouge de ta retraite, ta conduite est trop parfaite
Releve la gueule, je suis la, t'es pas seul
Ceux qui t'enviaient, aujourd'hui te jugeraient.

Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,
Tu masques ton visage en lisant ton journal,
Tu marches tel un robot dans les couloirs du metro,
Les gens ne te touchent pas, il faut faire le premier pas,
Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,
Impossible d'avancer sans ton gilet pare-balle.
Tu voudrais donner des yeux a la justice
Impossible de violer cette femme pleine de vices.
Antisocial, antisocial, antisocial, antisocial

Trust "Antisocial"

2 commentaires:

  1. Tiens, j'avais raté l'article précédent. Le sytral/TCL est connu comme étant un des gros "bastions" très difficile dans le monde des transports (enfin, je reste assez soft sur par rapport aux qualificatifs que j'ai pu entendre sur ce réseau et ses syndicats).

    Le vrai soucis, c'est que le passage à un syndicalisme "mafieux" (je met les guillemets, mes des fois...) à un environnement plus sain passe généralement par une crise lourde (ie. une bonne, longue, grosse grève) sur laquelle direction de l'entreprise de transport et collectivité locale ne doit rien céder. C'est à dire un échec syndical net et sans bavure. Et pour tenir ça, faut un sacré courage politique (l'exploitant, en la matière s'alignera sur ce qu'il pense être la volonté politique).

    Et le courage politique, hein...

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    1. oui le courage politique
      dans une ville ou l'élection ne se fait pas à 70/30
      A un an et demi des élections
      Je ne savais pas que le SYTRAL/TCL était connu comme un bastion ..

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