BO du Blog

samedi 10 novembre 2012

Quand un grand quotidien français national mise à fond sur le web mais ne sait pas le gérer

J'ai été blogeur économique pour le compte de Libération pendant 3 ans : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr. Pour des raisons que j'ai explicitées sur le blog, j'ai décidé d'arrêter. Eu égard aux 1,5 millions de pages vues et aux 2722 personnes qui ont eu la gentillesse de déposer des commentaires, souvent très argumentés, sur le site, je décide de faire un post d'adieu :http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2012/10/this-is-the-end.html. Celui-ci a donné lieu à de nombreuses réactions très touchantes (avant que la fonction commentaire ne soit supprimée).

Evidemment, je me doutais que ce post serait rapidement supprimé par les équipes de Libé. Je publiais avec Typepad qu'utilise Libé. J'ai donc changé le mot de passe, ce que je peux faire librement (et du coup, les équipes Libé perdent la main). Rapidement (enfin ça a eu le temps de remonter en home de liberation.fr), je reçois un mail me demandant de restituer les codes. Je propose le deal suivant : laissez le post & les commentaires vivre encore une semaine et je vous rends tout. Je reçois alors sur mon GSM un message courroucé du "responsable adjoint web" ou quelque chose comme ça (je ne suis pas trop familier des arcanes hiérarchiques de la presse, je le confesse) qui me demande d'arrêter mes conneries, que Libération ne peut accepter ce "putsch", qu'il en va de la "responsabilité éditoriale" inaliénable du quotidien. Soit. J'ajoute un petit bandeau d'adieu précipité sur le blog en disant que la censure arrive (oui le terme est un peu fort, je le reconnais). Remessage du hiérarque de Libé qui me dit que le mot "censure" ne fait pas partie de l'"ADN de Libération" et que je devais rendre les codes immédiatement. Et qu'il laisserai mon post vivre (sans le bandeau "censure") et que Libération me ferait un réponse. Je vais sur l'interface Typepad dans l'intention de le faire. Mais le Monsieur a pris les devants et a récupéré le mot de passe auprès de Typepad. Je n'ai donc plus accès. Enfin si, ayant une session connectée, j'ai encore la main. Mais je décide d'arrêter de jouer au con et de faire confiance au monsieur. Qui ne supprime pas le post. Mais coupe les commentaires au bout de quelques heures. Je lui ai demandé par mail pourquoi ? "car nous n'avons plus personne pour les modérer". Soit.

En guise de réponse, j'ai reçu un email d'un autre responsable web de Libé (supérieur ? subordonné ? pair ? je ne sais) très gentil et qui m'a quasi ému aux larmes. Puis une réponse de Libé sur le site même  : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2012/11/fermeture-du-blog-message-de-lib%C3%A9ration.html. La responsabilité éditoriale est sauve. Sauf qu'il y a un petit bandeau à droite avec un lien sur un groupe Facebook que j'ai créé. Que je poste sur la page Facebook ou que quelqu'un me réponde et cela apparaît instantanément sur la page (voir photo en tête de ce message prise par capture d'écran il y a 15 minutes).

Mentionnerais-je que les 2.722 internautes ayant posté un commentaire sur mon site et les milliers voire dizaines de milliers d'autres ayant posté sur les autres LibéBlogs, notamment les plus populaires (je pense au très populaire et excellent blog de Jean Quatremer) sont censés faire l'objet d'une déclaration à la CNIL? Qui n'a, à ma connaissance, pas eu lieu.

Je ne suis pas certain que le web, 2.0 ou pas, soit l'avenir de la presse écrite. Ce que je pense, c'est que, pour que ce soit le cas, c'est qu'il faut un minimum maîtriser l'outil.

7 commentaires:

  1. "Un minimum maîtriser l'outil". Bonne remarque, mais j'ai bien peur que pour la première fois de son histoire l'Homme n'ait inventé un outil qu'il ne maîtrise pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. c'est vrai mais disons que quand même certains le font mieux que d'autres. Les marques commerciales ou les lobbys mieux que le journal sus-mentionné. Pas forcément une bonne nouvelle pour la démocratie.

      Supprimer
  2. Je ne comprends pas pourquoi Libé auraient voulu supprimer cet article... Ou bien, autrement formulé : je savais que Libé s'autocensuraient, pardon "s'imposaient une ligne éditoriale stricte", mais à ce point-là, c'est de la folie furieuse, non ? Votre post d'adieux n'a vraiment rien de méchant...

    Deux heures en moyenne par post, chapeau ! Il me faudrait au moins le double.

    La question se pose de comment on pourrait vous fournir une solution de rechange pour les services que vous rendaient Libé. Il y avait la relecture de fond et la correction de la frappe, et quoi d'autre ? Un service de documentation ?

    Pour la correction de la frappe, il faut que vous donniez à une personne de confiance un moyen de corriger elle-même, parce que sinon, vous allez être submergé de mails et de commentaires qui vous indiquent une virgule de travers, et vous dépenserez un temps pas possible à chercher de quelle virgule il s'agit et à la remettre droite. Je veux bien le faire si ça vous arrange et si aucun autre volontaire ne se présente, mais je ne suis pas sûr d'être suffisamment de confiance :-D

    Pour la relecture du fond, c'est plus compliqué. Peut-être un panel de primolecteurs qui colleraient plus ou moins de "j'aime" au post avant qu'il soit publié pour tous ? Pas sûr que ce forum-ci ait cette fonction, sur Facebook vous pouvez peut-être faire plusieurs bandes d'amis avec des droits d'accès différents...

    Quels autres services seraient utiles ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Remy :

      "Deux heures en moyenne par post, chapeau ! Il me faudrait au moins le double." ==> il y a un gros écart type ceci dit. "PSA Bankster" m'a pris 1h15. "Lettre ouverte aux grands patrons" 1h. Les posts sur le présent blog 15 à 30'.
      Mais certains blogs comme celui sur les impacts du mariage sur la fisca m'ont pris bien plus, simul Excel oblige.

      "Il y avait la relecture de fond et la correction de la frappe, et quoi d'autre ? Un service de documentation ?" ==> relecture de fond, pas de correction de fautes (et malheureusement, j'en fait trop et relis mal), documentation non

      "Pour la correction de la frappe, il faut que vous donniez à une personne de confiance" ==> pas faux, on m'a souvent fait des mails concernant des fautes ... à raison. J'ai appris (par ex la vraie signification de derechef)

      "Pour la relecture du fond, c'est plus compliqué. Peut-être un panel de primolecteurs qui colleraient plus ou moins de "j'aime" au post avant qu'il soit publié pour tous" ==> oui ce serait une idée car là était la plus-value de la relectrice de Libé : me forcer à modifier l'angle si nécessaire, me forcer à expliciter mieux une notion que je considérais acquise, etc etc

      Supprimer
  3. Cela est malheureusement symptomatique du comportement de la presse écrite française pour qui le web n'est qu'un accessoire mal maitrisé du papier ...
    Dans 10 ans, ils se demanderont ce qui a mal tourné ...

    RépondreSupprimer
  4. Au fond un banale histoire des rapports hiérarchique mal maîtrisés, des conditions et un mode d'exploitation (d'actualité) visant à rendre plus performant le journaliste en tant qu'outil ou plume. Aujourd'hui il semble que le gouvernement ayant changé, la presse et les sympathisants, partisan, militant n'ont plus le nécessaire besoin de critique économique et resteront quoi qu'il en soit dans l'acceptation sinon à rejoindre l'opposition ou être exclu. Je comprends cette colère mais ce déballage me peine. Cela me ferait presque penser à un naufrage. Celui de la presse et d'idées creuses comme Liberté, Démocratie, etc. Des mots galvaudés qui ne correspondent par forcément à la réalité (ni à la pluie qui tombe)

    RépondreSupprimer
  5. Pourtant libé n'est guère regardant quand il s'agit de laisser s'exprimer à tort et à travers des "forumeurs" qui viennent insulter les autres et monopoliser les sujets. Son forum à une nette tendance sous leur influence à devenir le principal lieu d'expression d'une droite décomplexée qui vient sans vergogne y jour aux trolls.

    RépondreSupprimer