BO du Blog

mardi 11 décembre 2012

Si on gagnait tous 300E par mois, le tx de pauvreté serait = 0%

On entend en ce moment à nouveau parler de la pauvreté (sûrement l'effet hiver) et c'est bien. Mais il faut faire attention aux chiffres et aux statistiques. Combien de gens savent comme est calculé le taux de pauvreté (et partant le nombre de pauvres) ? Combien de journalistes le précisent-ils quand ils citent les chiffres ? Le savent-ils eux-mêmes ?





Comme le nombre de pauvres est-il calculé ?

En Europe, le taux de pauvreté est un taux relatif qui mélange mesure de la pauvreté et des inégalités. Par convention, on est pauvre si son revenu est inférieur à 60% du revenu médian de son pays. Le revenu médian est le revenu qui coupe la population en deux (1 personne sur 2 gagne plus, 1 sur 2 moins). Notez que c'est arbitraire, en France, c'était pendant longtemps 50% et puis avec l'Europe on est passé à 60% et notre taux de pauvreté calculé (pas forcément le vrai) a bondi d'un jour à l'autre ... Cela veut dire que si tous les français gagnaient 300€ par mois (ou mettons entre 300 et 500€, ou entre 400 et 550€), nous serions tous pauvres. Mais le taux de pauvreté serait égal à ... 0% (sisi faites le calcul !). En voulant mesurer deux choses à la fois, on mesure mal et on embrouille tout le monde. Pour les inégalités, des indicateurs dédiés existent (rapport inter-déciles, coefficient de Gini) et sont efficaces.

D'autres méthodes

Aux USA, le taux est calculé différemment. C'est intéressant de le savoir car nos médias pointent souvent les US du doigt "ohlala les vilains libéraux qui laissent les pauvres gens sur le côté" (ceci dit, il y a des poches de pauvreté extrêmes aux USA dignes du tiers-monde). Mais les US calculent un panier moyen de biens/services "de base". Cela donne un montant en $. Si on est en-dessous, on est pauvre. Ainsi, pour avoir 0% de pauvreté, il faudrait que pas mal de gens soient moins pauvres. Alors qu'avec le système européen, il suffit que beaucoup de gens deviennent pauvres. Conception bien différente (et assez symptomatique)

Après, on peut discuter du panier de base. Il n'est pas forcément le même à New-York ou San Francisco (où le coût de la vie est 44% plus élevé que la moyenne américaine). Les USA en tiennent un peu compte (mais très peu) en différenciant les 48 Etats continentaux (seuil à $10,850 par an pour un célibataire) et Hawaii ou l'Alaska ($13,530 pour ce dernier). Notez qu'en France, le coût de la vie à Paris ou dans une petite ville de province n'a rien à voir (ne serait-ce qu'avec les loyers) mais le seuil de pauvreté est identique (l'INSEE ne calculant pas d'indice des prix régionaux et encore moins locaux).


Pauvreté ressentie

On peut aussi débattre du panier de base. Il y a une part de rationalité (apport calorique minimal) mais est-ce qu'avoir un GSM ou un accès Internet doit en faire partie ? On peut vivre sans mais cela crée de l'exclusion sociale, une pauvreté ressentie et, en plus, réduit considérablement les chances de décrocher un job (et donc de sortir de la pauvreté). On arrive ainsi à toute une série d'indicateurs sectoriels (pauvreté ou précarité énergétique) ou ressentis (isolement) difficilement quantifiables mais au moins aussi importants que la pauvreté purement monétaire.

Je ne conteste pas le drame de la pauvreté mais notre mesure, à nous européens, me semble mal adaptée. Et la lecture qui en est faite par les médias (sans parler des comparaisons internationales) est très légère et souvent trompeuse. Mieux connaître la pauvreté, c'est mieux se donner les armes pour la combattre.

Men of good fortune
often cause empires to fall
While men of poor beginnings
often can't do anything at all


Lou Reed "Men of good fortune"



7 commentaires:

  1. Il y une catégorisation de Michel Serres que je trouve intéressante :

    Le miséreux : SDF et pas de quoi se nourrir.

    L'indigent : manque de nourriture.

    Le pauvre : il a de quoi se nourrir, a un toit, mais n'a pas accès à la conso de masse.

    Je ne suis pas précis parce que c'est une catégorisation qu'il a faite à une de ses interventions télévisées, mais en gros, son but était de montrer que sur une histoire longue, il y a nettement moins de miséreux ou d'indigents de nos jours. Même à l'échelle de la planète.

    Autre élément, vous avez raison de pointer le mauvais usage des statistiques de la part des médias. Autrefois, je me disais que cela était dû à une simple inculture de la part des journalistes. Mais maintenant j'estime qu'ils contribuent, à peu de choses près, sciemment à cette confusion ambiante. On fait passer l'idée qu'on a envie de faire passer et tant pis pour les moyens (même au prix d'une tromperie). Après, il y aura toujours des gens qui vont s'apercevoir de l'erreur (comme vous et d'autres), mais finalement, ils ne sont qu'à la marge...

    Sinon, on pourrait conseiller pour ceux qui veulent être vigilants sur les stats : "Attention statistiques !" de Joseph Klatzmann.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Nacer : très bonne réponse de Serres comme d'hab. Le pb est qu'il faut à un moment traduie en chiffres si on veut comparer les pays où suivre l'évolution des politiques menées et c'est toujours périlleux
      Pour le bouquin, je connais pas. Vais aller sur Amazon jeter un oeil (quoique je viens de dépasser les 40 livres en retard soit 8 mois de lecture !!!! côte d'alerte)

      Supprimer
    2. @Nacer : pour les journalistes, mon coeur balance aussi. Sur CE sujet, c'est de l'inculture ou juste qu'ils doivent simplifier (pas plus de X signes ou Y secondes). Sur d'autres sujets, c'est plus ... tangent !

      Supprimer
  2. Comme souvent dans ce cas ce qui est intéressant c'est la mesure (même si elle n'est pas totalement satisfaisante) au fil du temps en utilisant le même indicateur. En l'occurrence pour la France le constat est celui d'une augmentation de la pauvreté.

    RépondreSupprimer
  3. justement non, on ne peut pas suivre (ou mal suivre dans le temps). L'augmentation du taux officiel de pauvreté peut refléter une hausse du nombre de pauvres ET/OU des inégalités. Et donc ça monte mais c'est plutôt la pauvreté ? plutôt les inégalités ? dans quelles proportions ? On peut bien sur croiser tout ça mais c'est un peu dommage d'avoir un indicateur synthétique s'il faut se palucher de le croiser avec 3 autres !

    RépondreSupprimer
  4. Le taux de pauvreté est très facilement transformable en valeur absolue; tu sais alors à la fois si le "nombre de pauvres" en valeur absolue augmente et si en proportion de la population ils sont plus nombreux ou pas. Ca me paraît assez simple.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ben ouais. Faut juste le faire. Mais c'est l'UE qui décide désormais. Alors c'est pas près de changer (je sais, je suis mauvaise langue !)

      Supprimer