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mercredi 2 janvier 2013

L'avenir des banques françaises ? Amazon mais en moins bien !

Pour commencer, rappelons d'abord le fonctionnement général des banques et leur place dans l'économie. Une banque a trois terrains de jeu traditionnels :

  • Financement des particuliers (prêts pour achat d'une voiture ou d'un appart')
  • Financement des entreprises (achat de machines par exemple)
  • Finance de marchés


Dans l'autre sens :
  • Un particulier n'a d'autre choix que de se financer via les banques
  • Une entreprise peut choisir entre :
    • Un financement bancaire
    • Un financement en fonds propres (un investisseur met de l'argent au capital)
    • Un financement via les marchés (émissions d'obligations) : en pratique, cela est réservé aux très grosses entreprises, surtout en France (c'est plus ouvert aux US)
Par ailleurs, que fait une banque ? Elle transforme du temps court en temps long. L'argent que vous laissez en dépôt, vous pouvez le retirer (théoriquement, sauf bank run) quand vous voulez (temps court). Mais si la banque vous prête 100.000€ sur 20 ans pour acheter un appart', elle ne peut vous réclamer le remboursement au bout de 5 ans (temps long). Pour faire cela, elle a recours à la création monétaire (qui permet de prêter plus que ce qu'elle n'a en dépôt - pour schématiser) et elle est fondamentalement instable. C'est pour cela que si les déposants veulent tous retirer leur argent en même temps (bank run), elle explose en vol. Ou si elle se finance sur les marchés et que ceux-ci ne veulent plus lui prêter, même résultat (c'était le cas de Dexia).

Notons que la "finance de marchés" peur recouvrer de nombreuses choses : achats d'actions ou d'obligations, ce qui revient à financer les entreprises mais aussi spéculation pour le compte de tiers ou pour son propre compte (prop trading). De même, le financement des entreprises est plus diversifié que le simple prêt : la banque peut financer le compte clients de l'entreprise (factoring) : en clair, si une entreprise émet une facture devant être payée à 60 jours, la banque (ou sa filiale en général) avance l'argent immédiatement à l'entreprise. 

Financement des PME : abandonné

Commençons par le financement des PME et une anecdote. Je travaillais pour le compte d'une PME il y a 3 ans environ. Le patron avait fait 2/3 boulettes mais avait remis sa boîte d'équerre (sacrifices sur son salaire perso, licenciements, abandon de gamme de produit). N'empêche que, vu les erreurs passées et vu qu'il vendait majoritairement à la grande distribution, elle avait beau être rentable, la boîte était très mal barrée. Je reçois avec lui la représentante de HbiipppC pour avoir une ligne de crédit. Je lui fais l'article des mesures prises, de  la profitabilité retrouvée. Au bout de 10', elle m'arrête. "Monsieur Quint, voilà comment ça va se passer : vous allez me donner vos 3 derniers bilans, je les rentre dans un logiciel qui croise avec les données Banque de France. Le logiciel fait des calculs. S'il dit non, c'est non. S'il dit oui pour 50k€, au vu de votre beau discours, je peux monter à 60 k€". La dame en question avait un job exaltant !

Bref, à part quelques banques régionales (Banques Populaires) notamment, les banques françaises ont renoncé à connaître les PME. Et si on ne connaît pas une PME, son patron, ses projets, à moins d'être cinglé, on ne la finance pas. Les patrons que je conseille ont bien compris la chose : ils savent que leur banque ne leur prêtera pas, à moins qu'ils n'en aient pas besoin. Exit les PME donc.

Les particuliers ? rackettés

Avec les particuliers, c'est différent. Un paquet de gens, notamment parmi les plus âgés, croient encore que le commercial de l'agence, qui est payé pour lui fourguer du Dynameo ou du Tranquillita avec des frais de garde à se faire dresser les cheveux sur la tête, est un "conseiller". Et puis c'est tellement pénible de changer de banque. Autant les "conseillers" bancaires changent avec une rapidité effarante, autant les clients, eux, ne bougent pas. Les procédures se sont simplifiées mais bon, si un client change 1 ou 2 fois dans sa vie de banque, c'est le bout du monde. Alors les banques en profitent pour appliquer des frais élevés sans aucune transparence. Si vous râlez, ils les font sauter. Mais comme 90% des clients ne râlent pas ... D'où le modèle qui s'était tranquillement installé depuis 15 ans : tondre le particulier, drainer son épargne, faire des bénefs sur les marchés financiers.

Et pan la crise dans ta tête

Sauf que voilà la crise. Les marchés financiers se révèlent trop risqués, les régulateurs (souvent à raison, parfois à tort) serrent le kiki des banques. Les PME ? Trop tard, foutu sauf pour ceux qui ont gardé le marché (les banques qui n'ont pas pris la grosse tête de ze international market). Que reste-t-il ? Des clients captifs, une marque, des conseillers jouissant encore auprès d'un certain public d'une image qu'ils ne méritent plus depuis longtemps. D'où l'idée des banques de fourguer tout et n'importe quoi au client. Le surnom de "supermarchés bancaires" des banques françaises n'aura jamais aussi bien porté son nom. Assurances de tout poil, abonnements mobiles. Et demain ? aspirateurs ? tablettes siglées Crédit Agricole ? why not ...

I'm all lost in the supermarket, I can no longer shop happily 
I came in here for that special offer, guaranteed personality 
I wasn't born so much as I fell out, nobody seemed to notice me 
We had a hedge back home in the suburbs over which I never could see 
I heard the people who lived on the ceiling scream and fight most scarily 
Hearing that noise was my first ever feeling, that's how it's been all around me 
I'm all lost in the supermarket, I can no longer shop happily 
I came in here for that special offer, a guaranteed personality 

The Clash "Lost in the Supermarket"

5 commentaires:

  1. Je dois dire que je suis pas trop au courant de la situation actuelle en France mais en principe le particulier peut se financer ailleurs:

    - le crédit des organismes non bancaires genre carte de crédit qui sont financés par de l'action et de l'obligataire, sans statut bancaire et sans prendre de dépôts (commun aux US).

    - le crédit peer-to-peer sur plateformes qui tronçonnent les crédits en petit bouts avec des particuliers des 2 cotés, la plateforme prend une commission et aucun risque de crédit.

    - pour les produits spécifiques les financeurs internes du fabricant (exemple crédit bagnoles)

    - pour les maisons les systèmes de propriété partielle (le pékin achète x% avec son capital de base, l'organisme reste propriétaire de (1-x)% de la maison et le pékin paye un loyer de (1-x)% calibré sur les loyers du secteur locatif pur. a l'occasion le pekin qui a des fonds paye un peu pour augmenter x (et réduire d'autant la partie locative). lors de la revente on partage le prix de vente a hauteur du x%.

    Il faut quand même aussi mentionner la fonction système de paiement des banques: l’opération des comptes courants, virements, cartes, chèques, etc. C'est rasoir mais critique, et c'est bien pour ça que ça chagrine de laisser les banques faire faillite. Si l'on séparait dépôt/paiement et crédit tout serait plus simple (le dépôt plutôt modèle Paypal, le crédit modèles ci dessus) -- plus besoin de garantir le risque crédit des établissement de dépôts avec l'argent des contribuables.

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  2. @cig : les crédits des organismes types COFINOGA & co a été limité par la loi Lagarde et tant mieux vu les taux proches (ou calés sur) de l'usure. Pour le reste, il y a effectivement les banques de fabricants de voiture (tel PSA finance que l'Etat a du renflouer ...) mais ça ne marche pas sur le plus gros morceau (l'immo qui représente près de 10% de l'épargne des français !).
    Pour le P2P, ça reste marginal et très peu facilement accessible au pékin moyen. Pour le système de propriété partielle, je ne connais pas à vrai dire !

    Pour la séparation, personne n'envisage une séparation dépôts/crédit (au contraire de dépôts/activité spéculative). Il ne faut pas oublier que les banques ont, aussi, la clef de la création monétaire. Difficile de confier ça à n'importe qui. Par ailleurs, si on laisse faire des pseudo-banques comme la banque Peugeot, on se retrouve face au même problème : il le faut le renflouer avecl'argent des contribuables. Si on laisse le crédit se développer au moyen de tiers (même sans création monétaire) basés aux Bahamas ou ailleurs, on risque d'avoir des milliers (millions) de français qui sautent dessus (taux attractifs), se fassent gruger, se tournent vers l'Etat (vous ne nous avez pas assez protégé !) et obtiennent satisfaction (c'est couru d'avance).

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  3. Je pense que le renflouement de Peugeot est un problème de politique industrielle: ils ont renfloué pour soutenir Peugeot le fabricant/les emplois cocoricos, etc, non parce que la liquidation de PSA Finance, ou PSA en entier, eut été systématiquement problématique au niveau du système financier. D'ailleurs encore un dossier que j'ai pas suivi, mais que ce serait-il passé sans aide, je suppose que PSA finance aurait été liquidé sans problème, au frais des actionnaires/obligataires, et PSA bagnoles se serait retrouvé racheté par Volkswagen (ou similaire) pour 1 euro, et au final avec le gros des emplois qui persistent, mais sur une base plus solide et viable, grâce aux économies d’échelle du groupe en partageant les plateformes et autres trucs techniques, et en mettant la French touch sur la carrosserie, les sièges moins tape-culs, et peut être le diesel.

    Donc quand on réfléchit comment on fait pour avoir une finance robuste, le cas PSA donne un exemple de structure non problématique, ou le contribuable n'est pas *obligé* d'intervenir. Que les politiciens le fassent quand même pour des raisons non-économiques n'infirme pas l'argument.

    Je m'étonne que personne n'ai copié le crédit peer-to-peer en France à une échelle comparable aux US/UK/DE, ou c'est encore petit mais avec une certaine visibilité. Problème légaux ou bureaucratiques?

    Je veux bien admettre être personne, mais je suis pas non plus tout seul à soutenir l'idée de la suppression des banques mélangeant dépôt et crédit, ya même un article Wikipedia (que je n'ai pas écrit!) en français dans le texte:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/100_%25_monnaie

    La création monétaire est une bonne remarque, certes, mais les banques n'y sont pas indispensables non plus, ce sont justes de vieilles habitudes. La BCE peut faire l'opération équivalente de plein de façons, par exemple en achetant un ETF du CAC40 (et les équivalents communautaires et obligataires, l'utilisation d'index évite d'avoir à faire des choix d'investissements actifs), en émettant des obligations ECB directes au tout venant (à but purement monétaire, pour les distinguer des projets d'eurobonds destinés à financer les budgets des états membres), ou même un rôle fiscal (allocation hélicoptère directe aux ménages par tête de pipe, et inversement, TVA monétaire ECB, par exemple).

    Bon celà n'est aucunement politiquement acceptable aujourd'hui, mais ça ne doit pas nous empêcher d'inventer demain en attendant, non? :-)

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    1. @cig : pour PSA Finance, bien sur, c'était dans le but de sauver Peugeot mais enfin cela est revenu à sauver une banque (licence bancaire), avec l'argent du contribuable, et sans rincer l'actionnaire comme d'hab.
      PSA Finance, je ne sais pas ce que ça serait devenu. Le pb est que ça finance l'achat de je ne sais combien de millions de voitures. Ca aurait entrainé Peugeot dans sa chute oui. Et Peugeot aurait surement été racheté effectivement. Peut-être par VAG ce qui n'aurait surement au final pas été plus mal, sauf pour les actionnaires et la famille Peugeot (mais bon, c'est le jeu), l'orgueil national, et le job d'Arnaud Montebourg. On comprend mieux le zèle qu'il a mis à sauvr PSA Finance.

      Tout seul à défendre le modèle peer-to-peer non. Mais quand l'article Wiki cite les promoteurs, il donne comme nom Allais, Friedman et Tobin (marrant comme assemblage). Ca sent un peu la poussière ! Ca n'est pas une idée très répandue sur les plateaux TV ou débats radios, c'est ce que je voulais dire. Pourtant, elle n'a rien de délirant (même si perso, comme je l'ai dit, je ne la supporterai pas personnellement) et s'il y a un moment pour remettre les choses à plat, c'est bien maintenant !

      C'est vrai que c'est largement faisable. L'Etat peut seul faire de la création monétaire (Friedman a VRAIMENT soutenu ça ???). Mais donner les clefs de la création monétaire 100% à l'Etat, moi, ça me fait flipper. Quoique si c'est la BCE, passe encore (ça serait la BdF, on se mettrait sous 2 ans à imprimer du papier comme des malades ...). Et les banques pourraient être 100% money et le credit peer-to-peer, oui. Mais c'est vrai que sur une opé de crédit sur 20-25 ans (immo), la notion de "légitimé"/stabilité est hyper importante (contrairement à une voiture vu les sommes et les durées). Il y a donc peu d'institutions qui peuvent être gages de cela. Et surtout inspirer suffisamment confiance pour que l'individu lambda d'y lance. Vous allez me dire : et alors ? Lamba contracte son prêt auprès d'un P2P X. Si X coule, lambada garde les $$. Mais lambda va aussi avoir peur qu'on vienne lui récupérer la maison. On touche là à des choix de ve fondamentaux et intimes où lambda va trouver infiniment plus rassurant d'aller chez BNP ou Crédit Agricole. Encore une fois très dfférent d'une bagnole ou d'un achat classique financé par COFINOGA ou autres trucs dont le client se fout de savoir qui est derrière.

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  4. Un site à découvrir à la marge du sujet traité ici :
    http://www.555jeudirouge.fr/en_savoir_plus_sur_le_mouvement_555_042.htm

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