BO du Blog

mercredi 23 janvier 2013

Monographie d'un single : REM - "Try not to breathe"


REM - Try not to breathe (1992)

http://www.youtube.com/watch?v=_jpptsy2qbU

Try not to breathe”, c’est la tombe de mon grand-père. La vraie est en marbre, coincée dans un cimetière entre un Ibis, un Jardiland et une voie ferrée. J’étais très proche de mon grand-père et quand ma mère me demande pourquoi je ne vais jamais sur sa tombe, je lui réponds que celle-ci n’évoque rien pour moi, que si je veux convoquer son souvenir, je n’ai qu’à écouter cette chanson et, dès les premières notes, son sourire apparaît. Il y a bien sûr une question temporelle puisque je découvrais cet album quand le cancer qui devait l’emporter quelques mois plus tard a été diagnostiqué. Mais il y a aussi une proximité troublante dans les paroles. « I will try not to breathe. This decision is mine.  I have lived a full life.  And these are the eyes that I want you to remember”. Ma grand-mère était morte depuis 2 ans et ils avaient vécu ensemble pendant 45 ans. Il avait perdu le désir de vivre. “I will try not to burden you. I can hold these inside. I will hold my breath.  Until all these shivers subside, just look in my eyes”. Oui, mon grand-père est parti silencieusement, sans se plaindre. « I will try not to worry you. I have seen things that you will never see”. Oui, il avait vu des choses que j’espère ne jamais voir et qu’il gardait pour lui : 2 ans de « drôle de guerre » et 5 ans prisonnier en Allemagne. Je redoutais son jugement quand j’ai été exempté de service militaire. Mais il m’a juste dit qu’il avait fait assez d’armée pour plusieurs générations.

Un grand nombre de chansons de REM parlent à mon âme, comme celle-là. La formule est un peu grandiloquente mais résume bien la chose. Quelle communauté d’âme entre Michael Stipe, le fils de militaire balladé dans tous les Etats-Unis au gré des affectations de son père et découvrant son homosexualité et moi, hétéro, fils de la classe moyenne française, ayant grandi dans la même maison jusqu’à 18 ans ? Il y a une fêlure, un doute, une incertitude permanente qui traverse nombre de chansons de REM et qui rejoint mes propres doutes, fêlures, incertitudes. « Nightswimming », toute de sobriété voix/piano, magnifiant un moment suspendu entre nuit et jour, entre enfance et âge adulte. « Daysleeper », la vie d’un homme qui travaille en horaires décalés et est le témoin lointain des tumultes du monde. « Disappear », une chanson un peu cryptique sur la quête du sens de la vie. « Supernatural Superserious », plus récente et plus rock, est une évocation plus nette de l’homosexualité de Stipe et des difficultés rencontrées par celui-ci à l’adolescence à la découverte de celle-ci.

Et pourtant, comme tant d’autres groupes, REM a connu la notoriété sur un malentendu. L’air entêtant et faussement joyeux de « Shiny Happy People », inspirée par le massacre de Tien-An-men, prise par la majorité des gens au premier degré et que n’aime pas son auteur. « Losing my religion » : Là encore, aidé par le clip vidéo, beaucoup de gens ont pensé qu’il s’agissait de foi en Dieu alors que l’expression veut dire, dans le Sud des Etats-Unis, « perdre son calme ». Et que la chanson parlait d’un amour non réciproque et que Stipe compare à « Every breath you take » de Police. 

La plupart des grands groupes ou auteurs sont connus pour de mauvaises raisons. Bruce Springsteen est là pour en témoigner avec « Born in the USA ». Peu importe, au fond. L’essentiel est que chacun y trouve ce qu’il veut y trouver, que les chansons fassent écho à nos sentiments. Le style éminemment poétique de Michael Stipe, les thématiques qu’il aborde, me parlent, par-delà le style musical qui, lui, varie. Et c’est tout ce qui compte.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire